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Pensée

Mercredi 5 août 2009 3 05 /08 /2009 19:26
de bonnes intentions.

Il est certain que si nous portons des lunettes avec des verres rouges, tout aura une dominante rougeâtre. Il est certain que si le prisme à travers lequel nous voyons le monde, la vie, est fait d'idéal et de jugements, tout sera mauvais, décevant. Tout dépend de l'oeil. L'oeil, ce sont toutes les convictions pré-existantes, le système de pensée et de conditions pré-établis. L'oeil est pétri de bonnes intentions.


Les choses arrivent innocemment.
«Les sons arrivent. Rien de plus que ce son. Cette image. Cette sensation physique. Cette pensée. Tout ce qui arrive, arrive maintenant. C'est ce qui est, littéralement. Même si c'est désagréable. Ou ordinaire. Même si c'est ennuyeux. C'est ce qui est. Mais bien sûr, la pensée dira quelque chose de tout à fait différent.» (Unmani Liza HYDE)
 

Ces choses ne savent pas le traitement que nous nous apprêtons à leur faire subir. Ce qu'elles sont, avant ce traitement, nous ne le savons plus.


Penser, c'est avoir une opinion. C'est, d'emblée, se séparer. Vous ne pouvez être conscient d'être séparé du monde qu'en le pensant. Ce faisant, vous émettez un jugement.


La pensée prétend détenir la vérité. Penser, n'a pas à se justifier. La pensée prétend être la vérité de la vie. L'est-elle ? Notre mission principale d'être humain est-elle de penser ? Si oui, nous avons raison de chercher la meilleure pensée et d'en faire notre vérité. Sinon....

Mais avons-nous vraiment envie d'avoir des opinions, de juger ? Quand nous sommes seuls, aimerions-nous ne pas penser ?
 

Avant tout, il y a conscience : conscience de perceptions, sensations, désirs, émotions, pensées, c'est à dire que, avant d'en penser quoi que ce soit, ce ne sont que des événements, des faits de conscience, bruts. Matériaux bruts du mental. Et cela se succède, c'est impermanent.
 

« La forme, qu'elle soit sensation, son, image, crée une apparition dans l'esprit, une distinction dans le vide de l'esprit, une empreinte. L'esprit prend forme, la pensée naît et crée le phénomène. Lorsque le phénomène est vu comme consistant, il y a illusion et création d'un moi, perturbation, souffrance. Lorsque le phénomène est vu come vide, comme un rêve, non retenu par la pensée, le phénomène passe, il y a non-perturbation.» (NAN-SHAN .- Au Sud des nuages .- Ed. Les Deux Océans).


En effet, au moment précis où ce qui passe dans la conscience est pensé, il est attribué à un sujet. Parce que l'opinion, le jugement à propos de ce dont il s'agit, implique que quelqu'un soit concerné, responsable. Enjeu pour je.


Pourtant, la naissance du sujet responsable n'est qu'un effet de la pensée-jugement. Le sujet vient de là. De ce jugement.
Ce qui traverse la conscience, non pensé, non jugé, n'est pour personne, n'est attribué à personne. Ce qui passe dans la conscience non pensé, non jugé, n'a rien d'attristant ou de problématique.

Pas de lunettes, pas de prisme, personne pour voir à travers.
C'est le prisme qui crée l'observateur séparé et les problèmes.


Cette pensée qui intervient à propos d'un événement de conscience particulier est issue des croyances dont nous n'avons pas encore pu nous débarrasser. Attachement à des idées, des personnes.
 

Alors les mots de cette pensée deviennent vrais. Avec eux, à travers eux, vient une vérité collective qui nous fait défaut, par rapport à laquelle nous sommes en défaut, car si les mots sont vrais, ils ont une portée générale. Leur sens s'applique à tous. Ils dessinent un homme collectif crédible qui représente certaines idées. On veut se savoir ou faire, ou être comme tout le monde. Donc dépendance par rapport à cet illusoire homme collectif. Cet homme collectif, accompli, suscite son pendant, l'homme raté.


Vous connaissez bien ce sentiment aux visages divers : tout le monde semble savoir, sauf moi ; tout le monde semble s'entendre et prendre du plaisir, sauf moi ; tout le monde fait ainsi, sauf moi etc (On connaît le tube de Françoise HARDY : «Tous les garçons et les filles de mon âge...») Quand cette idée s'est installée, le sujet est créé et piégé.


«Lâchez tout. Restez calme. Oubliez le monde et faites connaissance avec votre propre mental, le filtre conceptuel, à travers lequel le monde apparent est apparemment expérimenté. Rendez-vous compte qu'il n'existe pas de monde en dehors de votre propre mental. Le mental est le monde., et le monde est le mental. Expérimentez la liberté et le soulagement de lâcher tout ce que vous croyez, tout ce que vous affirmiez connaître. Goûtez la libération qui est le fait de réaliser que vous ne connaissez pas une seule chose, que vous ne pouvez pas connaître une seule chose, pas à propos de ce moment précis, en tout cas « (Jeff FOSTER .- La Vie sans Centre .- Ed. L'Originel)


La pensée est d'autant plus présente, harcelante que nous accordons de l'importance, de la valeur aux mots, aux idées. Elle vient du subconscient et nous submerge. Voyez qui a donné de l'importance ou de la valeur aux mots ou aux idées, qui a prétendu que la vérité s'y trouvait. Voyez de quoi vous dépendez spirituellement.


Tout savoir au sujet de la nature humaine ne repose que sur un supposé consensus. Et ce dernier est une illusion. Il est donc facile, si l'on veut, de le démonter. Les concepts acquièrent de la crédibilité quand ils deviennent collectifs, partagés. Ceux qui caractérisent l'homme n'existent pas. Mais sous l'influence des autorités, on se met à croire que l'on parle tous de la même chose en les employant. L'autorité, c'est cela : elle est censée savoir ce que tout le monde devrait savoir. Organisation de la persuasion.  (et non pas expérience effective et prouvée de...)

Pour le tout, personne n'est nécessaire :

«Les mots glissent à la surface. Pointent vaguement. Qui vous êtes ne peut jamais être défini par un mot. Qui vous êtes ne peut jamais être limité par un mot. Ou éventuellement par un assemblage de mots. Qui vous êtes est simplement le témoin de ce qui arrive maintenant. Cette pièce, le son de cette voix. Cette pensée, cette sensation. Qui vous êtes est simplement le témoin de ce qui arrive. Vous n'en êtes pas séparé» (Unmani Liza HYDE)


Mais la société ne veut pas de cela. Elle veut que nous embrassions quelque cause qui sera effectivement, la cause de notre vision partiale et problématique du monde.


On trouve donc souvent cette idée, qui n'est pas fausse, chez certains enseignants, que l'on est malheureux parce que les choses ne se passent pas comme on voulait, par rapport à une idée préconçue, une attente préalable. Mais cette idée préconçue, cette attente ne sont même pas les nôtres. On ne les a adoptées que pour faire plaisir à l'entourage, pour être conforme. Au fond, on n'y tient même pas. Alors on peut laisser tomber. 


" Celui qui viendra lui expliquer ce qu'est la vie, Nan-Shan l'attend sur la Montagne du Sud avec un vieux gourdin " (NAN-SHAN .- Recueil de la Colline du Sud .- Ed. Les Deux Océans) 

Par Jean Louis - Publié dans : Pensée
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Lundi 14 septembre 2009 1 14 /09 /2009 08:26

Nous savons que les voyages dans le temps existent, nous sillonnons le futur et le passé continuellement sans même nous en rendre compte, mais ce sont des voyages, un futur, et un passé virtuels.

Nous pouvons effectivement agir sur ce qui est présent ici, nous ne pouvons pas agir sur ce qui s'est passé, ni même sur ce qui se passera si cela ne consiste pas à agir sur le présent. Et nous ne pouvons pas non plus observer ce qui s'est passé ou ce qui se passera.


Ce passé et ce futur sont un passé et un futur imaginés, éventuellement sur la base de documents écrits par des témoins.


Mais nous sommes continuellement dans un futur ou un passé imaginaires, et nous vivons la vie de ce voyageur virtuel, ému, mobilisé, convaincu par ce passé ou futur virtuels, par nos pensées du futur ou du passé.

 

Et pourtant, en réalité, nous ne pouvons pas nous échapper du présent. Seul le présent est réel – arrive effectivement – ou le réel est le présent.


Il y a conscience, cette conscience est la conscience du présent. C'est la conscience de ce qu'on ressent, pas de ce que l'on ressentira, ou de ce qu'on a ressenti. On le ressent maintenant. C'est la conscience de ce qu'on perçoit, pas de ce qui ne sera perceptible que dans le futur ou de ce qui était perceptible dans le passé. C'est perçu maintenant. C'est la conscience des événements mentaux, des pensées, pas des pensées futures ou passées.

Et même la pensée d'un événement futur ou d'un événement passé, d'un souvenir ou d'une projection, d'une chose hypothétique survient maintenant, est un objet présent de la conscience. C'est le film que nous voyons. Le film se présente maintenant.


Si nous nous mettons à croire que ce souvenir ou cette chose hypothétique ou du futur, que ce film, est la réalité, nous le croyons maintenant, au moment présent où cette pensée survient, et nous le passons dans les actes maintenant, au moment où cette pensée survient et tant qu'elle reste à l'esprit.
Nous agissons conformément à ce que nous voyons dans le film, comme des spectateurs
qui, voudraient intervenir dans le film ou agir dans la réalité conformément à ce qui se passe dans le film !

 

Donc, si nous sommes la conscience, si c'est la réalité de "qui nous sommes", alors nous sommes rivés entièrement au présent. Le futur et le passé ne sont que la fiction d'un film. Si notre existence est réelle, c'est le présent.


Or nous sommes mentalement toujours dans un futur ou un passé virtuels, imaginaires, et nous agissons, réagissons en fonction de ce futur ou passé virtuel qui défilent actuellement dans la conscience.

 

Être dans le futur c'est anticiper. Être dans le passé......c'est anticiper.

 

Voyons les choses en face. Nous ne pouvons pas prévoir, maintenant, à l'instant, ce qui va se passer dans la minute qui suit : que ce soit sur le plan des événements dits extérieurs que sur le plan des événements dits intérieurs (émotions, pensées, désirs etc).


Tout est inattendu. Nous n'avons presque aucune chance de prévoir ce qui va précisément se passer et nous en sommes conscients. Ce que nous faisons, ce que nous devons faire pour vivre dans ce monde, c'est projeter, imaginer un futur virtuel, possible.
.

Nous nous projetons, nous anticipons avec notre mémoire, nos souvenirs, nos connaissances acquises, tout notre passé. C'est le rôle de la pensée, du voyage dans le futur en tant que voyageur virtuel. Projection à partir de ce qui est censé être su, prévision, attente, confirmation éventuelle.

Anticiper, prévoir, c'est ressusciter le passé. Le passé commande.


Malheureusement, nous nous projetons dans le futur même quand ce n'est pas nécessaire, même quand aucune action n'est en vue.


Toutes les virtualités possibles peuvent se développer : suppositions, désirs ou fantasmes, souvenirs, connaissances basées sur l'expérience ou sur la transmission etc Il n'y a pas vraiment de limites.

Toujours est-il que nous projetons sur la vie un schéma ancien. C'est le seul et unique moyen de prévoir, et souvent ce schéma n'a aucune chance de se réaliser.


Si nous sommes identifiés à ce voyageur, ce spectateur-acteur virtuel du film, s'il n'y a plus que cela, nous sommes le jouet de notre mémoire, nous sommes le personnage dicté par le scénario ou ce monde virtuel, fictif.


En effet, le moi et sa sauvegarde sont en jeu. Car l'anticipation s'appuie sur une vision, une interprétation du monde, de la société, de la vie qui engage le moi.


Le moi s'est construit autour d'un certain nombre de critères très importants : le savoir, prétendre savoir est important pour lui ; l'efficacité, la réussite, sont importantes pour lui ; la moralité est importante pour lui. Ce sont les enjeux principaux à l'origine de tous les jugements qui conduisent à la construction du moi.
Autrement dit, nous pouvons voir que la société s'adresse à celui qui sait, à l'homme fonctionnel et à l'homme social, elle compte sur eux, ce sont principalement ces formes d'humanité qui sont sans cesse sollicitées et jugées. Le moi doit être aussi satisfaisant que possible dans ces domaines.


Le moi qui sait, fonctionnel et moral dépend de la qualité de l'interprétation intellectuelle, sociale et morale de la vie et du monde.


Si l'anticipation issue de cette conception importante pour le moi ne correspond pas à la réalité, est remise en cause par elle, il y a séparation, par rejet, refus de celle-ci et volonté de la tourner dans un sens plus conforme. Ou bien, on essaie de forcer les choses pour qu'elles soient conformes à notre attente.


Mais notre existence réelle est toujours la conscience présente. Il y a donc conflit entre celle-ci, toujours nouvelle, inattendue, et le scénario projeté auquel le personnage croit ou veut avoir affaire ; entre ce que nous croyons être en tant que voyageur ou spectateur-acteur et ce que nous sommes, éprouvons en réalité. Ce que nous sommes, c'est l'état naturel, le présent, la non-séparation. C'est recouvert par ce que nous voulons être.


On ne devrait croire aucune de ses pensées a priori : elles servent à anticiper sur la base du passé, elles ont toujours un statut d'hypothèse. Elles doivent toutes être vérifiées, connectées, finalement, au présent.
Plus les choses sont fixes, immuables, et plus la pensée est adéquate. Le mieux, c'est le dogme : une vérité abstraite, indépendante de la réalité, posée comme éternelle.   

Par Jean Louis - Publié dans : Pensée
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