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Sens

Samedi 29 novembre 2008 6 29 11 2008 17:30
 

Tendre le bras, couper une tartine de pain, arroser le jardin, caresser le chat....il existe toujours un décalage ou un hiatus irréductible entre la pensée rapide préalable «je décide de tendre le bras», «je décide de couper une tartine» et l'acte lui-même. 

 

Nous pouvons bien nous approcher aussi près que nous voulons de l'acte par la pensée, l'acte sera toujours distinct de la pensée de l'acte. Représentation et réalité, nous l'avons vu, ne sont pas du même monde. Le je de la pensée n'est pas moi et le pain de ma pensée n'est pas le pain. Pas de copié/collé.

Cependant, il se trouve que la réalité sensible de mon corps, du pain, de l'arrosoir et du jardin, du chat, perçu par mes sens, guident subtilement et presque infailliblement mon geste. Mon acte est en communication avec ma co-naissance ou mon expérience.

 

» Approcher sans moi le principe des choses, c'est connaître la loi cosmique, c'est réaliser le Tao. Lorsqu'un moine travaille le bois aux ateliers, il s'incline avec respect devant le Tao de la matière, il agit selon le sens de la fibre et du fil, en accord avec les propriétés des essences qu'il utilise. Avec le bois, comme avec toute autre matière, en vérité nul ne saurait mentir, car la matière, elle, ne ment pas» (NAN-SHAN .- Recueil de la Colline du Sud .- Ed. Les Deux Océans)

 

En revanche, ce n'est pas une réalité sensible qui guide notre action, quand celle-ci n'a pour objectif qu'une chose absente, c'est à dire un sens. Un sens est une construction mentale. Chacun sa construction à partir des briques du savoir acquis. L'action a alors comme seul référent : sa propre pensée. Il n'y a pas de confrontation à une réalité sensible.

Le je de la pensée n'est pas moi mais il n'y a que la pensée du je. L'objectif de ma pensée ne correspond à aucune réalité sensible mais il n'y a jamais que la pensée de l'objectif.

On peut rester toute sa vie enfermé dans ce genre d'univers onirique (croyance en Dieu, en une idéologie, en un futur meilleur etc)

 

«L'homme a inventé le pouvoir des choses absentes.» (Paul VALERY)


On peut se demander alors comment des constructions mentales sans référents peuvent durer et produire de tels effets individuels et collectifs.


La raison en est que ce qui nous meut est la communion, la croyance en un sentiment collectif. Chacun cherche à se fondre dans le collectif. Ou pire encore, il arrive que par besoin d'amour, nous adoptions une valeur proposée par d'autres uniquement dans le but de communier avec eux autour de cette valeur.
 

Déçus, malheureux des limites, des échecs de notre pensée et de l'isolement où elle nous plonge, nous cherchons une issue en dehors d'elle qui fasse cesser cet isolement, une solution qui nous apporte de l'amour :
 

«La fonction de l'ensorcellement, c'est de nous fondre , de nous faire éprouver le délice d'être avec, fusionnés, dans le monde d'un autre, créant ainsi le sentiment d'existence , de plénitude , comme dans l'amour." (L'ensorcellement du monde .- Boris CYRULNIK)


le plus important n'est pas qui est l'autre, comment il est, le plus important est qu'il fonctionne comme "autre" représentant tous les autres.


En fait, l'idée que nous croyons la même chose est une illusion. L'idée que nous percevons la même chose est une illusion. L'idée que nous avons les mêmes représentations est une illusion. L'idée que nous éprouvons la même chose est une illusion. Toutes les consciences d'objet sont différentes.

 

La seule chose qui soit commune dans les mots, c'est le signifiant, tout le reste est divers. Le sens de chaque mot est uniquement propre à soi. Rien de commun, rien de convenu, aucun accord au niveau du sens ou de la connaissance, si ce n'est la reconnaissance de sons.


Mais la communication suppose la croyance inverse. La société est fondée sur la croyance inverse.

La société est fondée sur la communication et la communication est fondée sur la communion.

Elle a besoin que nous croyions qu'une valeur donnée (patrie, citoyenneté etc) ait le même sens pour tout le monde ou, à tout le moins, que tout le monde accepte le sens donné à une valeur par une autorité.

 

Il est évident qu'une idée a du succès, réussit, non parce que beaucoup y croient, mais parce que beaucoup se mettent à croire que beaucoup y croient . Le talent d'un leader consiste justement à susciter cette croyance en une foi commune.

Et cette foi commune est la foi dans l'idée que les autres communient bien autour de la même valeur, ou que les autres y croient avant nous.

Que nous cessions de croire que les autres croient aux mêmes choses que nous, et nous cessons de croire en ces choses. 
 

Nous regardons tous deux le chat. Nous ne voyons pas le même chat, nous ne faisons que croire que nous communions dans le regard du chat. Ou nous ne faisons que croire que nous communions dans la même représentation du mot chat. Quand il y a deux, il y a différence, mais la même croyance illusoire dans la communion..


Nous ne cessons de croire que nos pensées pensent du commun, c'est pourquoi l'absence de référent de nos concepts n'est pas vu.

Par Jean Louis
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Lundi 23 février 2009 1 23 02 2009 13:44
 

Il ne faut pas «se libérer du connu» comme le propose Jiddu KRISHNAMURTI., le connu est souvent très utile. Il faut se libérer du sens, ou plus exactement de l'idée que le sens d'une parole ou d'une pensée est une action qui a lieu ou un état réel du seul fait qu'ils sont postulés.

Le réel, c'est l'action ou l'état effectifs. Ce qui a lieu maintenant, à cet instant - un instant intangible - est, seul, réel.
 

Mais nous avons vu que la pensée des actions, des changements, des transformations ne sont pas des actions, changements, transformations réels. De même, la pensée d'un état quelconque n'est pas un état réel. Ce que postule la pensée sera toujours imaginaire.


Il reste à se demander si l'action, le changement postulés n'ont pas lieu ou n'auront pas lieu ou si l'état n'est pas réel au moment où la pensée le postule, ce qui reviendrait à convenir que si l'imaginaire, en tant que postulat d'une pensée, reste un imaginaire, il correspond au réel, il décrit la réalité présente ou future.
 

Pour le savoir, il faut le vérifier. Se libérer du sens, c'est vérifier un postulat avant d'y adhérer.


Ainsi, nous ne sommes pas libérés du sens. Nous avons perdu notre temps à croire des milliers, des millions de postulats sans les vérifier, sans acquérir personnellement, au moins une certaine idée de leur degré de vraisemblance. Toutes ces années à écouter et croire les parents, maîtres, autorités sur leur bonne mine, leur réputation ou par bonté et les discours établis ont été des années perdues pour notre intégrité.

 

Car ce n'est pas une attitude recommandable d'engager sa vie, de se construire sur la foi dans les paroles des autres et de fuir, ensuite, continuellement, les remises en cause par la vie de ses convictions ainsi constituées. L'enfance, c'est le plus terrible endoctrinement qui soit.

Voilà au moins un aspect du bouddhisme interessant : «On est son propre refuge. Qui d'autre pourrait être le refuge ?» ( Walpola Rahula .- L'enseignement du Bouddha .- Ed. Seuil)

 

 

Il y a quelque chose de terrible, de pervers dans le fait de croire un postulat qui nous engage, c'est à dire qui porte sur ce qui va nous arriver ou sur l'état dans lequel nous sommes, sans du tout s'interroger sur sa vraisemblance et sur notre désir ou notre sentiment intime à son égard.


Illustration : " Toute élévation du type humain a toujours été et sera toujours l'œuvre d'une société aristocratique, d'une société qui croit à de multiples échelons de hiérarchie et de valeurs entre les hommes et qui, sous une forme ou une autre, requiert l'esclavage " (Nietzsche .- «Par delà le bien et le mal»). 
 

Vraisemblance : Une société aristocratique ou très hiérarchisée comme condition indispensable à l'élévation du type humain ? Quelle vérification ? Et quelle vérification sur le «toujours» ?

Désir d'une société pyramidale, très hiérarchisée allant jusqu'à l'existence d'esclaves.


La pensée de l'élévation du type humain ou de l'effet de la société très hiérarchisée n'est pas une action réelle. Et elle ne décrit pas non plus une réalité.

 

Que se passe-t-il en fait dans la parole ? Qu'est-ce qui est réel ? Ce qui a lieu maintenant, (au moment de l'écoute ou de la lecture) c'est l'affirmation d'une relation de cause à effet : qu'une société aristocratique etc C'est aussi l'affirmation d'un jugement, d'une valeur (positive ou négative) : toute élévation, toujours. 
 

Parler ou penser, c'est juger. On n'y peut rien, c'est la nature même du langage. Le réel, c'est ce jugement. Ce qui se passe, c'est que l'auteur investit certaines idées.
L'énergie (la libido dirait Freud) de l'auditeur, par le fait même d'écouter ou de lire et d'admettre le sens, est sollicitée pour s'investir de la même manière, adhérer à l'affirmation.

 

Il est évident que le but poursuivi par l'auteur ou le locuteur est de nous faire investir les mêmes conclusions ou allégations que lui. Notre investissement, l'engagement de notre foi est le but. Communion affective. Activation des passions. La preuve : un examen froid, impartial, des propos leur ôte tout pouvoir. La disparition de toute trace d'affectivité, de sentiment à l'égard de l'auteur produit le même effet. (L'élévation du type humain : merci, je ne vous ai rien demandé. Je m'occupe de mon élévation)

 

Mais un examen froid, impartial des propos d'une forme d'autorité est prise pour une offense par l'autorité qui exige un préjugé favorable voire une confiance aveugle (et bien commode).


On s'investit, on met notre coeur dans l'execution de certaines taches, dans le soin à certaines personnes. C'est normal. Ce qui est problématique, c'est d'investir des conclusions non vérifiées suite à un préjugé favorable ou un désir d'être aimé.

 

Se libérer du sens, c'est ne se sentir engagé en rien par une pensée ou une parole tant qu'on ne l'a pas vérifiée (vraisemblance), c'est se sentir libre de la vérifier ou pas (désir), c'est, tout particulièrement, s'affranchir de toute dépendance psychologique. On est son propre et unique refuge. Ne soyons plus crédules, mais incroyants.

Par Jean Louis
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Vendredi 27 février 2009 5 27 02 2009 08:30
 

Quel sens ? Celui qui conforte l'ego. Le sens qu'on ne vérifie pas possède un secret qui lui permet de se faire accepter.


Il faut comprendre l'origine et la nature de l'ego pour comprendre ses besoins ou son fonctionnement.

 

Chacun d'entre nous doit gérer les sollicitations, interpellations, remises en cause d'autrui, de la société depuis sa plus tendre enfance. Nos réponses doivent être cohérentes, convainquantes. De plus elles s'inscrivent dans notre mémoire et nous pensons, plus ou moins à juste titre, qu'elles s'inscrivent aussi dans la mémoire des autres. D'où la nécessité d'une certaine continuité ou cohérence.
 

Or, dans les propos que l'on tient, les réponses que l'on apporte,  il y a l'idée d'un connaisseur du monde, d'un acteur, d'un décideur. S'il y a connaisseur-acteur-décideur, il doit répondre de ses actes et décisions, assumer les conséquences. Le sens de celui-ci est donc moral au sens large. Même les réponses pratiques ou techniques se teintent de jugement moral.

Morale : «Ensemble des règles que chacun adopte dans sa conduite, d'après l'idée qu'il se fait de ses droits et de ses devoirs.» (TLF)
 

En tant que possesseur d'un libre-arbitre ou d'une volonté propre, l'homme se conçoit comme un être moral.


Ainsi, le postulat qui nous engage, nous engage non pas tellement en tant qu'organisme vivant, ou en tant que mémoire d'un apprentissage technique, mais en tant que responsable d'un choix moral au sens large, en tant que participant à la construction du monde des hommes.

L'ego doit gérer la moralité et la continuité du personnage-soi induit par les réponses face aux remises en cause et défis incessants, interminables de la société.

 

Il est donc rendu d'autant plus nécessaire que le milieu est hostile, que les remises en cause sont sévères. Et sa nature dépend de la nature de ces remises en cause. L'ego est toujours fragilisé. Il redoute toujours les remises en cause futures. Il prépare sa défense en pensant. Il a toujours besoin de se rassurer, de se consolider.


Le secret du postulat, du sens, pour se faire accepter sans examen, pour passer pour une vérité, c'est sa valeur morale. Jamais un sens moral n'a été vérifié pour la bonne raison qu'il est invérifiable. Mais il est indispensable à l'ego.

 

Si nous donnons un peu d'argent à un SDF, c'est, par exemple, pour lui permettre de manger. Le but est précis, pratique, limité. On peut évaluer l'utilité, l'efficacité du geste.


Bientôt, la satisfaction du besoin est oublié ou passe au second plan. Car ce qui compte, c'est d'appliquer une idée dont on a fait une valeur, une valeur à laquelle on tient car elle contribue à la crédibilité de notre personnage. Et puis finalement, l'action elle-même n'est plus nécessaire, on se contente de réveiller l'idée, d'imaginer son application, on ne fait que penser. La gratification, l'effet bénéfique sont les mêmes pour l'ego.

 

Quand on donne à un acte, une dimension transcendante, on en fait un système. Un système moral, en tant que système, théorie d'ensemble, ne pourra jamais être vérifié. Ce sera toujours une vérité abstraite, théorique et une question d'opinion.


C'est une perversion d'avoir bâti tout un système à partir de certaines actions, système dont on revendique la paternité et la suprêmatie. C'est une méthode que les enseignants spirituels , les guides moraux et psychologiques utilisent abondamment. Mais ce qui interesse ces théoriciens, ce n'est pas la résolution des problèmes, c'est leur emprise sur les autres.

 

Notre vie se passe à penser ou exprimer des jugements, des opinions sur tout et, notamment, sur nos propres manifestations psychiques et notre comportement.

Mais jamais la justesse ou l'exactitude d'un jugement de valeur ne pourra être démontré, vérifié.

 

Le système moral qui caractérise, définit l'ego sera toujours précaire. Il a peur du jugement - dernier ou pas. C'est pourquoi les pensées automatiques gratifiantes, rassurantes n'en finissent pas.

Toutes ces valeurs, toutes ces idées du bien ont fortement tendance à exister par elles-mêmes, de façon autonome, sans que cela nous dérange puisqu'elles nous permettent de travailler à notre bonne conscience et à la consolidation de notre image.

 

D'ailleurs le pli est tellement pris de penser à des valeurs, selon notre conditionnement, que l'on est sensible à tous les discours bien-pensants,  et victime de tous ces gens qui se font les héros de causes aussi diverses que nombreuses et éloignées de sorte qu'on ne pourra jamais rien vérifier. C'est leur business.


Qu'elles sont nombreuses, lourdes à porter, encombrantes, problématiques et maintenant importunes toutes ces pensées de valeur dont nous avons fait nos convictions.
  Elles sont toutes destinées aux autres puisqu'elles ont les autres comme origine. 

Par Jean Louis
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Mercredi 4 mars 2009 3 04 03 2009 11:44
 

L'ego se reconnaît donc dans des pensées de valeur, les revendique, parce qu'il leur ressemble.


Reprenons une histoire racontée par Jiddu KRISHNAMURTI :

« Un jour le diable se promène dans la rue avec un ami. Tous deux observent une personne qui se baisse et ramasse quelque chose et la met dans sa poche. L'ami dit au diable : «Qu'est-ce qu'il a ramassé ?» «Il a ramassé un morceau de vérité» dit le diable. «C'est une très mauvaise affaire pour vous» dit à son tour l'ami du diable. « Oh, pas du tout.» lui répond le diable. «Je vais le laisser l'organiser»
 

Je la modifie pour les besoins de la cause : nous ramassons continuellement des morceaux de monde : c'est tout ce dont nous prenons conscience, tout ce que nous reconnaissons. Défilé interminable. L'ego en fait immédiatement quelque chose, il en déduit une vérité à son usage et tente, en effet, de la théoriser, de la généraliser.


Car l'ego, c'est un certain type de lien, de fil rouge entre tous les éléments de l'existence. C'est une certaine cohérence, continuité idiosyncrasiques donnés à ces éléments de conscience.

C'est le sens-de-sa-vie.
 

L'ego aime se sentir responsable et acteur du salut du monde, de sa patrie, de son quartier, de sa famille, de lui-même. C'est sa raison d'être, sa fierté. Il veut être au moins fidèle à l'idéal auquel il croit.

Il éprouve aussi le besoin de croire que certaines personnes incarnent plus ou moins son système de valeur pour se prouver qu'il est réaliste. Il peut même se contenter de peu dans sa croyance en quelqu'un et devenir un disciple dévoué.

 

Tant qu'il y a conception d'une valeur, il y a quête et sens de la vie. Quelles sont vos valeurs favorites ?


Le discours de l'ego se réduit à peu de chose. Cela ressemble à : Je suis bien, Je suis bien, Je suis bien. Ou comme l'écrit Richard SYLVESTER à propos du mental :
«Vous voyez, j'ai raison. Vous voyez, j'ai raison «. (J'espère que vous allez mourir bientôt .- Ed. L'Originel)
Ce qui inclut : un autre auquel il s'adresse et une angoisse de ne pas être bien ou de ne pas avoir raison.

On peut d'ailleurs voir que toute expérience, toute connaissance est terriblement semblable à l'expérimentateur ou au connaisseur. Comme s'ils étaient consanguins.
 

Mais tout ce qui est dans le temps (futur, passé), au-delà de l'espace immédiatement perceptible, tout ce qui est relation de cause à effet non expérimenté, est le produit d'une projection de nos schémas de pensée conditionnés et de nos passions, préférences, partis-pris personnels. On ne peut pas fonctionner différemment. Le déconditionnement n'existe pas.


En revanche, l'ego tient à s'attribuer le mérite ou la paternité de ces idées ou actions, à s'en glorifier, à s'identifier à elles. Et cela, ce n'est pas incontournable. Se libérer du sens, ne veut pas dire que tout sens disparaît. Cela signifie que personne n'est engagé.

 

Nos réactions, goûts, idées particuliers, demeurent, mais ils n'ont plus rien de personnel.

Qu'est-ce que signifie particulier, original, mais pas personnel ?

Cela signifie que les éléments de conscience ne sont plus un enjeu.

Ce qui se présente à la conscience, tel que cela se présente, sans rien ajouter. Ce qui n'est pas sans rapport avec la conception de la réalité des Cyniques selon :  

http://www.cosmovisions.com/Nominalisme.htm
 

« Il n'y a de réalité que dans les objets des sens, tels que les sens nous les présentent»


Les éléments de conscience n'ont de signification, de valeur, de portée pour personne. Plus d'enrobage, de comparaison, de mise en perspective par un arrière-plan. La douleur, les échecs, les réussites, les événements, les rencontres, les gestes, les paroles etc n'ont plus de portée morale, ne sont plus pris personnellement.
 

Il y a toujours réception, il y a toujours un logiciel qui traduit les informations dans un certain sens, mais aucun informaticien ne les prend en compte. Pourquoi ? Parce que toute cette mémoire est greffée et que l'ego fonctionne en autonome, pour son propre compte.


Qu'est-ce qui fait que les éléments de conscience ont une signification, une valeur pour quelqu'un, qualifient, engagent quelqu'un ?

Par Jean Louis
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Jeudi 5 mars 2009 4 05 03 2009 12:46
 

Oublions un moment toutes ces histoires d'illumination, d'éveil, de libération.


On ne peut nier que l'on souffre psychologiquement (mal à l'âme), plus ou moins, de façon variable . On ne peut nier que cette souffrance a cru avec les années. On ne souffrait pas ainsi lorsqu'on avait 3, 4, 7 ans.

 

Les problèmes, les sources de souffrance ne sont pas tombés du ciel ou ne sont pas nés de rien. Ils viennent du monde, de la société. Nos facultés mentales ont été mises à contribution, ont servi de terreau pour l'installation de ces problèmes.
 
Ce qui s'est formé peut être effacé. Le mental peut à nouveau être rectifié. 
"Le noeud se fait sur la corde et c'est sur la même corde qu'il se défait" (Jean-Paul MONTANGE)
 
Sauf que l'on ne peut plus utiliser nos connaissances pour le faire.  Elles sont complètement gangrénées par les virus. Nos conclusions, nos convictions, nos valeurs sont gâtées. Elles nous créent des problèmes, des tensions, des troubles à n'en plus finir.

 

Les ressentis, les perceptions, les sensations, les pensées se succèdent dans la conscience. C'est la vie. Tant qu'ils ne sont pas identifiés, ils ne posent aucun problème. Ils ne sont ni bien, ni mal, ni bons, ni mauvais. Ils n'appartiennent à personne.
S'ils commencent à poser un problème, c'est qu'il y a rejet, jugement ou désaccord. C'est le sens du mot problème. Ne vous est-il jamais arrivé de vous réveiller suite à une douleur ou un bruit persistants et d'avoir remarqué que juste avant le réveil, cette douleur ou ce bruit étaient perçus sans avoir de sens et sans concerner personne ?

 

Il faut bien que quelque chose ou une entité s'oppose, qu'il y ait la volonté d'autre chose. C'est pour cette volonté qu'il y a problème. Il y a donc conflit, opposition.

Supposez maintenant que la raison de cette opposition, l'origine de cette volonté d'autre chose soient une aberration ! Imaginez que ces ressentis, sensations, perceptions, pensées qui sont la vie, qui sont fondamentalement innocents, puisque spontanés, qui ne peuvent pas ne pas exister, soient constamment pris à parti pour des raisons absurdes !

 

Imaginez que vous ayez épousé ces raisons aberrantes, absurdes ! ! !


La volonté, ou l'intention, n'est-ce pas, est volonté ou intention de quelque chose. Vouloir rien, c'est ne pas vouloir. Ce quelque chose est une idée, une pensée. Et la pensée est le seul moyen de vouloir. Pour vouloir, il faut penser.

 

Existe-t-il une seule pensée dont nous puissions dire qu'elle est nôtre, qu'elle fasse un avec nous de telle sorte que nous nous reconnaissions en elle complètement ?

Si c'était le cas, pourquoi en ferions-nous un objectif ? On ne peut pas vouloir ce qu'on a déjà. Si elle n'était pas autre, étrangère, venue d'ailleurs, pourquoi apparaîtrait-elle distincte, séparée de nous ?

 

Si quelque chose d'étranger déclenche notre volonté, ce n'est pas nous qui voulons, c'est la pensée. Cette pensée a ce pouvoir parce qu'elle est une valeur, une valeur inculquée. Ce que nous voulons est cette valeur, parce que c'est une valeur.


Or, ce que nous voulons ne peut pas être autre chose qu'une valeur étrangère puisque la preuve, la valeur de cette valeur nous échappent complètement. Nous ne savons pas pourquoi cette valeur a telle valeur et pas telle autre, comment pourrions-nous la considérer comme notre valeur ? (étalonnée, fondée par nous) 
 

Donc ce vouloir n'est pas le nôtre. Ce n'est qu'une réaction conditionnée.

L'idée de soi (sens-de-la-vie) veut régner sans partage. Tout doit être amené à resipiscence.


Ce qui est aberrant, c'est de croire que nous voulons, c'est de croire que nous sommes ce nous qui voulons. Quelle blague !


Se libérer du sens, c'est être libre des valeurs - invérifiables, exogènes - incluses dans ce sens pour ne plus s'identifier à une volonté ou intention.

Par Jean Louis
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Vendredi 21 août 2009 5 21 08 2009 10:53
A  M.C.

Aussitôt nés, on nous a introduits dans le monde du sens pour faire de nous des objets du sens. Se penser, c'est devenir un objet du sens, un objet de pensée.


Mais ce sens – du monde, de la vie etc – n'était pas facultatif, optionnel, discutable. Il nous était imposé, il était présenté comme le but (Sans forcément penser à mal, mais parce que les relations se fondent sur la connaissance et parce que la langue est comme ça, et les gens aussi). Il est resté longtemps la référence ultime parce que les auteurs de ce sens semblaient être des référents ultimes. .


En grandissant, nous avons discerner ses limites, ses faiblesses et nous avons commencé à le remettre en cause, cherchant ici, là, et ailleurs, un sens de la vie, un sens de nous-mêmes plus satisfaisant, plus solide, sans pouvoir le trouver, mais sans jamais nous décourager.


On en est même arrivé à se présenter, assez fièrement, comme des chercheurs de vérité !! des marcheurs sur le chemin de la sagesse !! etc


Ce que nous ne voyons pas, ce que nous n'avons plus jamais remis en cause, c'est le fait de devoir se définir par rapport à un sens. Nous sommes convaincus que le sens nous permet d'exister, ou que sans lui nous n'existerions pas.


C'est une façon d'interpréter le célèbre cogito de Descartes, qui ne fait, au fond, que formuler le principe fondamental de notre existence.


«Je pense, donc je suis» étant interprété comme : si je pense, alors j'existe. Si je ne pense pas, je n'existe pas. Si je pense, c'est impermanent, on ne peut en tirer une conclusion permanente. C'est la pensée qui me permet d'exister.
 
Ah oui, mais bien sûr, surtout certaines pensées. Il faut que la pensée soit vraie.


Donc si je pense conformément à la vérité que l'on aura réussi à me transmettre, j'existe de façon légitime. C'est ainsi que nous sommes, depuis très longtemps, devenus dépendants de l'existence de la pensée et de certains concepts pour exister. Et donc de certaines autorités. « Hors de l'Eglise, point de salut. disait-on. Voyez le panorama.


Alors qu'il aurait fallu, qu'il faudrait dire : je suis, donc je pense (j'ai la faculté de penser) Si je ne suis pas, ce n'est pas la pensée qui va me donner, à l'instant même de son apparition, naissance. (La pensée de qui ?)


Ainsi, en rapport avec un sens, avec de la pensée (peu importe laquelle, vraiment) nous vivons la vie d'un connaisseur, connaisseur d'un sens, de concepts. Nous sommes des sujets (ou des objets) du sens parce que l'existence de ce sens ou des concepts est considérée comme indubitable.

(Être libéré, c'est être libéré de cette croyance en l'existence des concepts)


Peut-on donner un sens à la vie sans que ce sens soit le sens de soi-même ? Ce sens vient de soi, et il a soi comme objet, raison d'être, but. Soi est le fil rouge, le sens même de la conscience du monde ou de la vie. Et le sens de soi ou de moi , c'est moi. Pas de moi hors du sens du moi.


Dis-moi quelles sont tes pensées, et je te dirai qui tu crois être.

Je suis une drôle d'araignée qui me tisse moi-même avec la toile que je sors de moi-même !.

Car cela voudrait dire qu'en absence de sens, de pensée, de repères, nous devrions nous volatiliser sur le champ. Néant ?. Pas d'existence ?

Mais comment la pensée, le sens pourraient-ils exister si je n'existe pas ?
 

En fait, ce sont ces concepts qui n'existent pas. C'est ce connaisseur qui n'est pas réel. Le monde de la pensée est irréel. Le connaisseur de ce monde est irréel. Pourquoi ne tombe-t-il pas dans le vide ?


Parce que nous sommes le sol. Je suis, donc je pense. «Je suis» lui permet d'apparaître et de faire son tour de piste.


Si la croyance dans l'existence des concepts disparaît, c'est notre identification au connaisseur qui disparaît. C'est sa mort, pas la nôtre.
 

« Le mental ne parvient pas à envisager le fait qu'il puisse y avoir une vraie intelligence, une intelligence transcendante, qui ne soit pas le produit et le résultat d'une pensée ou d'une compréhension conceptuelles. Il ne peut concevoir le fait qu'il puisse y avoir une sagesse qui ne se manifeste pas sous forme de pensées, sous forme d'une connaissance acquise et accumulée. La pulsion ou l'aspiration spirituelle authentique sera toujours une invitation au-delà du mental «

(ADYASHANTI .- Conscience pure et méditation véritable .- Ed. Ariane)


« Celui qui, piégé par la force de l'illusion, entretient une pensée laborieuse sur le monde est en fait toujours dans le projet de quelque chose. Ce projet forme un voile entre lui et le monde, un écran fait de ses désirs et de ses peurs.» (NAN-SHAN .- Recueil de la Colline du Sud. - Ed. Les Deux Océans)

Par Jean Louis
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Samedi 28 novembre 2009 6 28 11 2009 11:14

La vie, le monde ont pris pour l'enfant arrivant sur terre le sens que son entourage leur a donné. Ce n'est certes pas lui qui, de lui-même, tout seul, leur a donné un sens. Ce sens s'est formé, peu à peu, à travers les mots qui nommaient les choses, les paroles qui les expliquaient. Chaque enfant est placé par son entourage dans un cadre.


Ainsi, pour chaque enfant, les adultes connaissent le sens du monde et de la vie, ils en font un tableau et le lui enseignent. Mais ce n'est pas un tableau parmi d'autres, un sens possible, c'est le sens, la réalité : il ne le compare pas à d'autres sens, et il ne le compare pas à une réalité de référence.
Le sujet du sens se forme en référence à ce qu'il tient pour la réalité. Il est complètement conditionné, enfermé dans ce tableau.

Tout cela, la littérature psy en a longuement parlé.


Mais au-delà de ce processus, une structure sous-jacente se met en place.

Puisque l'enfant croit que le sens qui découle du langage est le monde et la vie eux-mêmes et non une traduction possible, la remise en cause de ce sens particulier est exclue, inimaginable et la remise en cause des auteurs de ce sens, les adultes, également.


Comme dirait HAMLIN : « La représentation, contrairement à la signification étymologique du mot....ne représente pas, ne reflète pas un objet et un sujet qui seraient sans elle : elle est l'objet et le sujet, elle est la réalité même. La représentation est l'être et l'être est la représentation. »


C'est à dire que l'enfant croit que le monde, la vie ont un sens, un sens préexistant. Et par conséquent, il dépend complètement des adultes qui le possèdent.
 

En réalité, c'est parce que le langage a un sens, une cohérence, une logique, que l'enfant se met à croire que le monde et la vie qu'il décrit en ont un. C'est le langage qui lui préexiste, pas le sens du monde qui est créé à l'instant. C'est la langue, en tant que telle – peu importe laquelle - qui est un donné sacré dont l'importance et la valeur pour l'homme ne sont pas discutables.


Comme disait NIETZSCHE : « Je crains que l'on ne puisse nous débarrasser de Dieu tant que l'on croira à la grammaire »


De quelle intention, de quelle décision, de quel choix êtes-vous capable quand vous ne vous prenez plus pour le sujet d'une phrase ?
 

Or, s'il est vrai que, dans le détail ou superficiellement, les propositions contenues dans les paroles semblent se vérifier, s'il est vrai qu'à un niveau pratique, certaines expériences sont possibles, il n'en reste pas moins que l'arrière-plan, les conceptions d'ensemble, le sens général de ces paroles sont des plus subjectives, partiales. C'est une construction ou une élaboration illusoire d'ailleurs fortement imprégnées d'affects, de sentiments, d'émotion, eux aussi inaccessibles à la critique.

Voir la dose d'investissement, de passion dont les hommes sont capables pour leurs convictions.

Cela signifie que les jugements de valeurs, les engouements, les détestations etc imprégnant cette conception générale seront aussi la vérité.


Quel système de pensée, même génial, n'a pas été extrêmement relativisé et démystifié ? Alors à plus forte raison celui de notre entourage. Laissons un peu le romantisme ou la vénération.


Puisque ce sens profond, déduit, extrapolé plutôt qu'explicite, est vu comme la vérité, nous allons le chercher toute notre vie, et le chercher auprès d'autres personnes. Nous sommes terriblement dépendants de l'idée que le monde, et surtout la vie, ont un sens. L'existence du sujet en dépend. Toute notre activité mentale ou presque consiste à le reconstituer.


Etant donné les conditions de sa formation, ce sens est irréductible, on n'en changera pas, ou alors superficiellement. Le sujet du sens ne changera guère. C'est inscrit pour la vie. Le sujet du sens tourne dans la cage du sens, dans l'espace par lui circonscrit. Il ne peut imaginer qu'il existe autre chose. Le sens c'est la réalité et son sujet se croit réel.


Et comme un sens est un certain nombre de conditions, de facteurs, de lois à l'oeuvre, l'existence d'un ordre, puisque cela va quelque part et que c'est accessible à la raison et à son connaisseur, c'est une demande, une exigence qui s'impose à l'enfant. Pas d'échappatoire, il faut les satisfaire puisque c'est la vie.


Il faudrait donner à ce sens, un autre sens sans en changer, découvrir un autre statut au sujet sans en changer, accéder au non-sens en voyant les limites et la non-vérité de ce sens.


Quand on a réalisé que l'oasis dans le désert est un mirage, on ne cesse pas pour autant de voir une oasis, l'image est inchangée, c'est le sens de l'image qui n'est pas le même.


Citations extraites de : Conscience pure et méditation véritable d'ADYASHANTI (ed. Ariane) (Chapitre : la profondeur)


La conscience peut être conscience non seulement des pensées mais aussi du vide, du silence dans lesquels elles apparaissent et disparaissent.


« Votre conscience va tout simplement au-delà de ce mur de connaissances et parvient à un état très silencieux. Dans ce silence, vous réalisez que vous ne savez rien, simplement parce que vous ne vous référez pas au mental pour son savoir acquis. Cette quiétude demeure un mystère pour le mental »


«  A mesure que vous laissez derrière le savoir acquis, vous constatez que vous délaissez votre sentiment d'identité familier. Le moi n'existait que dans l'accumulation de connaissances et d'expériences »


«  Lorsque vous comprenez que vous pouvez laisser derrière chaque définition du moi et que vous êtes toujours, vous commencez alors à voir que ces pensées ne sont dès lors pas ce que vous êtes »

«  Si ce « vous » est susceptible de disparaître ainsi, et de reparaître aussitôt que vos pensées lui donnent une existence, comment peut-il être réel ? »


« Un mental intelligent comprend donc ses propres limites ; qu'il soit capable d'une telle prouesse est merveilleux »


Si on cherche à se connaître, à se reconnaître, à se trouver, à se savoir, on ne peut qu'utiliser le système de sens qui est le nôtre et qui est le fruit de notre conditionnement socio-culturel particulier. Mais comme il n'y a rien à savoir, notre nature, en dehors du sujet conditionné, étant vide de concepts, il n'y a aucune vérité possible nous concernant, dans tous les repères, références, paroles, idées, raisons, dogmes etc que l'on peut rencontrer.


Toute la société, toutes les religions, toutes les sciences humaines etc ont besoin que nous nous prenions pour des personnes pour s'adresser à elles et elles ont besoin de personnes identifiées. Laissons-les à leur soliloque obsessionnel. Si le système de pensée religieux ou socio-culturel a des problèmes, ce n'est pas à nous de prendre sa défense et de nous sacrifier pour lui alors qu'il ne pense qu'à ses interêts. Nous ne sommes pour lui, qu'un élément nécessaire à sa théorie.


Accepter, reconnaître que soi n'est pas un objet de savoir. Par conséquent, il n'y a pas lieu de devenir quoi que ce soit non plus. Cela n'aurait pas plus de pertinence.

Si l'être est au-delà du sens, des concepts, si notre vie n'a pas de sens, il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais d'autorité pour nous l'enseigner.


Ne te connais pas toi-même, c'est t'inventer un "toi".

« Lorsque vous voyez ce que vous êtes vraiment, aucun concept ne s'applique plus»


«  Le véritable « je suis » est si incroyablement vide. Il est tellement libre de tout ce que vous aviez cru être. Il n'a aucune limite ni définition » C'est : « une sagesse qui ne se manifeste pas sous forme de pensées »

Par Jean Louis
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