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Vouloir, c'est vouloir quelque chose (une action, un objet).
Et ce quelque chose ne peut exister dans le vide. Il est compris dans autre chose.
Vouloir suppose un changement dans le domaine concerné, un changement dans ce qui existe. Vouloir se connaître, s'améliorer ou être comme ceci conduit à un autre rapport à soi-même.
Le domaine doit donc être connu pour qu'on veuille agir sur lui. .
Quand le domaine concerné par le vouloir est "nous", ce «nous» ne peut être qu'un savoir , une mémoire, un
passé. Il a bien fallu le constituer et le garder en mémoire . La volonté intervient a posteriori, dans un domaine déjà
existant.
Est-ce que la volonté peut s'exercer sur le présent ?
C'est absolument impossible ! Le présent n'est pas encore connu. .
Le domaine doit déjà exister pour devenir un objet de changement ou d'intervention. Un présent connu n'est plus du présent.
Les émotions sont spontanées ou involontaires, les sensations sont spontanées ou involontaires, les impressions sont spontanées ou involontaires, les
pensées sont spontanées ou involontaires. (On ne les choisit pas. On ne choisit pas leur contenu, ni leur enchainement. Même en étant centré sur un thème, on ne peut pas prévoir la pensée qui va
survenir.) Elles échappent à la volonté. Le vivant est réaction de chaque instant.
A chaque instant, nous réagissons. C'est une réponse imprévue et inconsciente à un stimulus imprévu et inconscient. Et la volonté n'y peut
rien.
Dans la méditation, on constate bien que tout cela arrive tout seul, et passe. Un vrai cinéma. Impossible de changer le cours du film.
Et pourtant, si nous sommes doués de volonté propre, elle doit s'accomplir. Si elle s'accomplit, ce ne peut être qu'à l'instant présent qui, seul, existe. Nous devrions constater ou avoir
constaté cette action effective sur "ce qui est" à un moment ou à un autre.
En effet, le passé ne peut plus être changé. Le futur n'existe pas encore. On ne peut agir effectivement sur quelque chose qui n'existe pas encore.
Mais nous venons de voir que la volonté ne peut s'appliquer au présent, car il précède toute connaissance nécessaire.
On peut constater, comme nous l'avons décrit en détail dans l'article : " Il s'agit de moi ", que la conscience d'une réaction spontanée identifiée déclenche une pensée
correctrice, une remise en cause de notre nature en tant que réagissant ainsi.
Mais cette pensée correctrice, réformatrice, est, elle aussi, spontanée, imprévue.
Si bien que son intention est également involontaire. Elle n'était pas voulue par nous, intentionnelle. Elle échappe à notre «volonté» en quelque sorte. L'intention qu'implique cette pensée
réformatrice spontanée est forcément automatique, non voulue.
D'autre part, cette volonté qui n'est pas nôtre arrivera toujours trop tard pour modifier notre réaction, réaction toujours spontanée portée un moment plus tard à la connaissance.
Les pensées critiques à propos de "ce qui est", se succèdent (on le voit en méditation), elles maintiennent constamment l'illusion d'une volonté, l'illusion d'un je-veux, d'un soi
individuel.
N'empêche, ce sera pour une prochaine fois, une prochaine fois, une prochaine fois.....
Volonté propre ou acteur ou décideur ou auteur, même illusion :
Pas de volonté qui ne s'appuie sur une pensée. Et pas de pensée issue de notre volonté propre.
Pas de pensée du présent pour agir sur l'instant conformément à la pensée. Le temps de la pensée est toujours un passé ou un futur virtuels.
Nous sommes toujours dans un présent réactif, et le jouet de pensées de changement réactives ou involontaires.
La volonté propre n'est jamais que la pensée d'une volonté propre.
Nous caressons l'espoir de nous changer dans un maintenant futur.. La volonté, c'est à dire la pensée d'un changement, exige que le
moment de l'action soit toujours reporté. Et parfois nous attribuons des modifications dans notre comportement à des décisions que nous aurions prises, une volonté que nous aurions
eue.
La conscience est dépourvue de volonté. La conscience des choses, telles qu'elles sont, prises isolément, est dépourvue de volonté. L'attention à «l'ici et
maintenant» paraît dépourvue de volonté. (Il y a cependant des pensées subconscientes et une volonté résiduelle).
La volonté a besoin de temps. Le temps que nous connaissons est le temps de la pensée. La pensée fait naître la volonté, lui donne un sens et un but.
On ne demanderait pas, d'ailleurs, à un enfant de 2-3 ans de faire preuve de volonté. La volonté n'est donc pas ontologique. Elle ne caractérise pas l'être humain. (Sauf si on considère qu'un petit enfant n'est pas un être humain)
Nous persistons à croire que nous pouvons nous changer, que nous le pourrons un jour, si....
Pourquoi ? Parce que c'est l'expression même du soi individuel. Nous sommes intimement convaincus que nous sommes pleins de défauts, et surtout que nous en sommes responsables. Nous ne
saurions nous accepter tels que nous sommes.
Mais imaginons une seconde que nous soyons totalement dépourvus du désir de changer. Imaginons que nous n'ayons aucune intention de faire quoi que ce soit,
directement ou indirectement, pour nous améliorer, évoluer dans le bon sens. Que se passerait-il avec notre volonté ? Si notre volonté ou vouloir disparaît, que se passe-t-il avec le "je"
?
Le bébé ou le petit enfant réagit spontanément, inconsciemment, à son environnemment.
Il va, hélas, confondre l'adulte avec ses paroles : les mots de l'adulte sont l'adulte. Les mots que prononce l'adulte sont associés aux choses qui font réagir
l'enfant.
L'enfant ne prend pas conscience du monde, il prend conscience des mots, concepts que l'adulte associe aux choses, événements du monde.
Ces mots (d'abord simples signifiants) sont empreints d'émotion . Ils prennent peu à peu du sens en fonction des connaissances de la langue que l'enfant acquiert. Les mots s'insèrent alors dans
un système de sens.
La dualité est dans les mots qualifiants qui sont critiques ou valeurs en rapport avec leur contraire dans le cadre de la pensée qui s'organise.
Dans cette pensée, par construction, par nature, le sujet-je est séparé de l'objet . Mais il est aussi solidement relié à l'objet par le sens : un jugement
introduisant une tension. Développement de la pensée = développement du sujet-je et de l'objet de la pensée..
Le vouloir est cette relation de répulsion (au nom de l'objet désirable) ou d'attirance (au nom de l'objet répulsif) qui s'établit entre le je et l'objet dans le cadre de la pensée dès qu'il y a
identification au je parce que cela permet à l'enfant d'établir un rapport avec l'adulte.
La pensée-je hérite de la dose de faute et de responsabilité que lui confère le sens.
Il y a souffrance parce qu'il y a tension.
Mais en fait, le sentiment de faute, de manque n'est que la conséquence des concepts duels (bien mal) utilisés par l'adulte. La réaction de
l'enfant était complètement innocente, naturelle. Et elle l'est toujours. Ce n'est que la pensée-je, dans le cadre de la culture, qui est en faute. Le bien, le mal, c'est
le sens des concepts, c'est tout.
" - Q : pourquoi le bien et le mal existent-ils ?
MAHARSHI : Ce sont des termes realtifs. Pour connaître le bien et le mal, il doit y avoir un sujet. Ce sujet, c'est l'ego....(..)..Le mal que l'on voit chez l'autre, c'est son propre mal.
La distinction du bien et du mal est à l'origine du péché. " (Ramana MAHARSHI .- Ed. Albin Michel)
Ce qui nous pose un problème, ce n'est pas la réaction, c'est le concept sur la réaction qui introduit des pôles plus et moins.
Ainsi, la volonté a pour but de changer les concepts ou pensées apparaissant dans la conscience. Elle transforme le passé en futur. La réalité présente étant à
jamais inaccessible, c'est sur les concepts, les pensées dont le système de pensée a fait un problème que le «je» veut agir. Tout cela fonctionne en interne. La tension, volonté est inhérente et
indispensable à la pensée et à l'existence du je. L'idée d'une volonté efficace est vaine. La volonté est toujours la pensée d'un action future.
Il y a cette réaction, cette réaction, cette réaction, naturelle, spontanée, innocente, inconsciente, et nulle volonté propre ne peut la changer maintenant,
maintenant et maintenant au moment de son apparition.
Il y a l'apparition d'un concept, d'une pensée et sa prise de conscience. Et aussitôt, il y a cette intention spontanée
d'action (je-veux) sur le concept ou la pensée et nulle volonté propre ne peut la changer maintenant au moment où elle se déploie.
Le je-veux se vante du concept de valeur qui le mobilise. Mais si la valeur de ce concept de valeur est remis en cause, que lui reste-t-il ? Rien. La croyance en
cette valeur, c'est tout ce qu'il avait.
La volonté propre est une histoire qu'on se raconte pour continuer à exister en tant que pensée-je. Car l'entité individuelle s'enracine à travers le chaînage des différents sujet-je des
pensées. Vision panoramique --> ici
Ou volonté et choix.
On connaît les arguments habituels de ceux qui prétendent que nous avons un pouvoir de décision, que nous avons une volonté propre qui émanerait d'une entité-soi. : on peut aller à droite ou à
gauche, on peut lever le bras ou ne pas le lever, on peut choisir le bien ou le mal etc
C'est en parfaite contradiction avec le fait qu'à chaque instant, nous réagissons de façon spontanée et inconsciente à des stimuli imprévisibles et inconscients. La
volonté arrive toujours trop tard pour passer dans les actes.
Que dire de cette décision de lever le bras ou de choisir le bien ?
On ne peut pas décider, choisir avec un esprit vide n'est-ce pas ? Avant toute décision, il faut penser, il faut avoir à l'esprit des éléments de choix.
Toute pensée du monde suppose un témoin humain. Mais ce témoin n'est qu'une image, un zombie, une abstraction.
Chaque fois que nous pensons le monde, nous nous pensons - ou pensons à une forme corporelle, une entité nous représentant - dans le monde. Chaque fois que nous nous pensons, nous nous pensons
dans le monde - dans une scène un décor.
En fait, nous nous identifions à ce témoin, cette image mentale indissociable de toute image du monde, dès que nous tenons
pour vraie la pensée en question. Dès que nous adhérons à son postulat.
Le choix n'existait que pour l'image, l'objet de la pensée, le zombie, dans le cadre de la pensée. Notre conscience est globale, non sélective, non discriminative. Maintenant que
nous nous prenons pour cet objet, nous croyons avoir le choix et décider. Beau choix en vérité !
Toute les pensées qui apparaissent étaient préexistantes en mémoire. On n'a jamais conçu une chose dont l'idée n'était pas
déjà présente en mémoire.
C'est la réactualisation de schémas préconçus. Les termes du choix étaient préconçus, nous n'y sommes pour rien. Nous ne sommes pour rien dans le
choix de cette pensée. Nous ne sommes pour rien dans ce que nous avons mémorisé. C'est une fonction qui échappe à notre volonté.
Notre supposé choix n'est que le fruit des circonstances, de notre état d'esprit, de notre humeur. Une pensée conditionnée apparaît. Nous la tenons pour conforme au réel, nous nous identifions à
l'objet de la pensée et croyons avoir choisi.
Le seul choix qui semble exister, c'est celui de faire ou de pas faire. Mais ne pas faire n'est pas une décision, un acte volontaire. Ce n'est pas vouloir ne pas
faire, c'est être passif, absent, désinvesti. C'est un non-choix. Une non-volonté.
Nous nous languissons de faire un vrai choix, conscient, personnel, d'accomplir une action dont nous serions véritablement l'auteur, la cause uniques. Car
nous sommes constamment appelés à être ce décideur-acteur-auteur par les autres, par la langue. Nous répondons présent au nom, au vous. Nous sommes debout sur l'idée d'une entité-soi
libre. Nous sommes toujours interpellés, tenus pour responsables. Et chaque fois, nous nous faisons avoir. Ce n'est jamais notre véritable choix. Pensée conditionnée.
Nous rêvons donc de pouvoir, un jour, être ce décideur-acteur-auteur, et nous cherchons la solution. Recherche vaine. Aucune pensée n'est nôtre. Aucune pensée n'est vraie. Ce n'est qu'une
métaphore possible parmi d'autres. Ce n'est pas la réalité. Tant que nous ne verrons pas cela, nous continuerons.
L'objet de la pensée auquel nous nous identifions fait partie de la métaphore. Il n'est ni réel ni libre.
Pensez à tendre le bras, mais soyez complètement conscient de cette pensée de tendre le bras, voyez cette pensée clairement, soyez bien conscient d'être celui qui
veut tendre le bras.... et vous ne tendrez jamais le bras.
«Si je pense que c'est juste et bien, et même moralement correct, de plier mon doigt, tout cela n'a en réalité aucun rapport avec le fait même de plier le doigt. Plier le doigt se manifeste à
partir de rien, en tant que rien qui plie le doigt....La pensée : je fais cela est une pensée qui, en réalité, n'a aucun rapport avec l'action qui se produit « (Unmani Liza HYDE .- Je suis la Vie
même .- Ed. L'Originel)
La représentation ou l'image est une composition abstraite. L'action : «plier le doigt» de la pensée n'est pas un pliage de doigt. Il n'y a aucun pliage dans la pensée. Tout ce qu'il y a dans une pensée est irréel.
La pensée «plier mon doigt» est donc tout autre chose que le pliage du doigt
Le monde vit sous tension. Pas étonnant qu'il se produise des étincelles, court-circuits, explosions, incendies.....
Nous avons essayé de montrer, notamment dans l'article : "La volonté, 3" , que le « je » pouvait être identifié à la volonté ou confondu avec elle. (ou inversement)
On exerce sa volonté pour atteindre un but. L'existence, la prise en compte d'un but suppose une volonté.
Avons-nous pris conscience que nous ne pouvions pas vivre sans avoir un but ?
Dans la conscience, en arrière-plan, en sourdine, ou très présent, toujours, il y a un but. Inimaginable, impossible de vivre sans aucun but. Essayez de le concevoir. Le but, l'objectif semble
chevillé à l'être, inhérent à la vie. Il permet de se mettre en mouvement. Et la vie, c'est le mouvement. Le but crée aussi le futur.
Il y aurait quelque chose de profondément contraire à notre instinct, à notre nature, au bon sens, à la santé mentale de ne pas avoir de but. C'est vrai même quand
ce but, cet objectif concerne qui nous sommes.
Seulement le but se présente nécessairement sous forme de pensée. Pour avoir un but, il faut penser. (Essayez donc d'avoir un but sans penser) Avoir un but, c'est retenir, choisir, conserver,
garder une même pensée : la pensée du but. Changer sans cesse de pensée ne permet pas d'avoir un but.
Dans le but – dans la pensée - il y a l'idée d'une nouveauté, d'un autre état.
Avoir un but concernant qui nous sommes, c'est vouloir changer, modifier, transformer qui nous sommes. Nous nous mettons en mouvement vers une autre forme d'être.
Ce qui signifie que nous n'acceptons pas qui nous sommes. Sinon pourquoi vouloir être autre chose ?
Ne pas avoir de but concernant qui nous sommes, serait s'accepter. C'est pourquoi il est si rare de s'accepter.
La volonté de parvenir au but de cette pensée, c'est la tension. La volonté de rejeter et de transformer ce qui est concernant qui nous sommes (et ce que sont les autres) c'est la tension. La
volonté que ce but devienne vrai, triomphe, c'est la tension. La peur de ne pas y arriver, la peur de s'en éloigner, c'est la tension. La peur d'être jugé, c'est la tension. Et pourquoi pas de
multiples buts, ou un but très important. Des volontés contradictoires ou une volonté forte. Tensions. Le tout se combinant, se cristallisant, c'est la haute tension.
Là, nous sommes vraiment devant un dilemme crucial.
Dans la socio-culture où l'on vit, il est clair que nous avons choisi d'essayer d'être ce que notre pensée, issue de la socio-culture, nous prescrit.
Cela veut dire être quelque chose de défini, d'identifiable, de connu. Cela veut dire être quelque chose de fabriqué, d'élaboré, produit d'un système de pensée ou d'une théorie. Cela veut dire se
contrôler et se confectionner en permanence conformément à une pensée.
Cela veut dire, et c'est profondément ancré en nous depuis que nous fonctionnons ainsi – des millénaires - un mental qui veut toujours savoir ce qui se passe, qui intervient pour mettre
un nom sur toute conscience, juger et déclencher la volonté de correction.
S'accepter, ne pas avoir de but à son sujet, c'est laisser les choses en l'état.
Cela veut dire absence de volonté. Cela veut dire absence de je. Être neutre, ne pas intervenir, c'est, en effet, se désimpliquer. C'est l'idée de mal et de correction qui faisait la corrélation
avec soi. Si tout est laissé en l'état, perçu sans opinion, tout est «désattribué» en quelque sorte, tout est impersonnel. Cela veut dire absence d'un soi fabriqué, ce qui signifie un soi
naturel, non trafiqué ou non falsifié.
C'est l'horreur ? Nous n'existons plus ? Nous pouvons faire n'importe quoi ? C'est plus ou moins ce qu'on entend.
D'abord il est faux de dire que c'est la stagnation. La vie ne stagne jamais, elle change, évolue, c'est un mouvement incessant. Mais pas un mouvement comme nous
l'aurions décidé.
ll est faux de dire que cette volonté, ce je sont personnels. Nous avons trouvé ce but dans la socio-culture.
Il est faux de dire que sans cette volonté de devenir quelque chose de décidé, nous n'existerions pas. Néant. Ce but, cette pensée, cette volonté n'existent pas tout seuls, par eux-mêmes, mais parce que nous existons. Nous pourrions tout aussi bien changer de but, de volonté.
Il est faux de croire que nous pouvons être quoi que ce soit de défini conceptuellement, que ce défini soit véritablement nous.
L'état sans tension, sans effort, est justement l'état que nous désirons et tentons d'atteindre en faisant des efforts.
Ce qui se passe, c'est que nous passons d'un état conçu par la pensée, d'un objectif pensé – toujours dans le futur - à une action immédiate : laisser tout
tel quel, qui a un effet immédiat.
Plus de tension, de volonté , c'est alors ce qui est. Cela ne conduit pas à l'anéantissement psychologique. On prend conscience, en laissant les choses
telles qu'elles sont sans intervenir, que l'activité psychique - les pensées particulièrement - peut se dérouler indépendamment de nous.
Un état de conscience naturel pasible apparaît. Si l'état de conscience paisible n'était pas naturel, le fait d'abandonner toute volonté, tout effort,
toute fabrication, ne conduirait pas à ce résultat.
« Vous ne sauriez comprendre l'incommensurable paix qui est là, en vous et qui est votre climat naturel « (U.G. - Rencontres avec un éveillé contestataire .- ed. Les Deux océans)
« si nous renonçons au contrôle et laissons tout tel quel – notre tendance naturelle est de nous éveiller. Nous sommes biologiquement et psychologiquement programmés en vue de l'Eveil « (ADYASHANTI .- Conscience pure et méditation véritable .- Ed. Ariane)
L'épaisseur et le tourment du je sont proportionnels à l'éloignement et l'importance combinés du but. Ou l'identification au sujet ou au je est proportionnelle à
l'éloignement et l'importance combinés du but.
Ca ne nous touche guère, un vague objectif lointain. On n'est pas très concerné. Ca ne nous soucie pas beaucoup un objectif, même important, à portée de main,
accessible rapidement et facilement. Pas beaucoup d'investissement personnel dans l'action.
Sommes-nous pour quelque chose dans ce qui arrive maintenant ? Avons-nous choisi, voulu cette perception, cette sensation, ce désir, cette pensée qui apparaissent à cet instant
?
Là, ce qu'il y a, nous surprend. Ce qui se passe à chaque instant est involontaire, inattendu.
Comment pourrions-nous « nous vouloir » ou « nous produire » dans l'instant ?
Comment pourrions-nous maîtriser ce qui surgit à l'instant même ?
Quand nous remontons vers l'origine, vers la naissance de chaque fait de conscience, essayant de nous approcher aussi près que possible de l'instant présent, nous ne trouvons personne. Il y a une
attention de plus en plus impersonnelle. C'est de plus en plus vide, personne n'est au rendez-vous. L'instant présent de notre vie échappe à toute volonté personnelle.
Alors le «je» proteste, se défend, réclame son dû. Et pourtant, c'est un fait : choisir son présent, impossible !
Le futur, l'idée de futur vient à la rescousse.
Qu'est-ce que le futur ? Ce n'est que la pensée de quelque chose de différent de ce qui est, et la pensée, plus ou moins nette, de l'enchaînement des événements qui
pourraient y conduire.
La conscience présente, c'est l'absence de l'idée de futur ou l'absence de quelque chose d'autre que ce qui est. Tandis que la pensée de quelque chose de différent crée l'idée de futur. C'est le
but, l'objectif, le projet, la perspective etc
L'ignorance plus ou moins grande des événements qui pourraient y conduire, c'est l'éloignement plus ou moins grand de ce but ou de ce futur. Ce n'est pas un éloignement au sens chronologique du
terme, mais au sens où la prévision est très hasardeuse.
Si l'obtention de quelque chose suppose de réussir de nombreuses épreuves difficiles ou de résoudre un problème compliqué, le but, même proche dans le temps, peut paraître très lointain. A
contrario, un futur même éloigné paraîtra proche s'il est inéluctable. (Imaginez que l'on vous démontre que vous allez mourir dans deux ans)
La pensée présente des : «ce qui pourrait être», ou des «ce qui devrait être» et trace une route plus ou moins claire, plus ou moins droite. C'est cela le futur, c'est un objet
hypothétique, virtuel de la pensée. Sans la pensée de quelque chose d'autre que la conscience de ce qui est, pas de futur.
La pensée n'est jamais satisfaite de ce qui est, elle crée sans cesse de nouveaux buts.
L'éloignement, c'est à dire l'idée de nombreuses conditions à remplir, difficiles à remplir, est un trésor pour le je. En plus de l'objectif final à atteindre, ces conditions représentent
d'innombrables sous-objectifs, une source inépuisable de pensées, d'innombrables petits futurs. Un objectif lointain et important et des mobilisations successives, c'est la garantie d'un
« je » perenne.
«Regarder en arrière est le seul moyen de créer du futur.» (Vivienne WESTWOOD)
« Une fois qu'on a goûté au futur, on ne peut pas revenir en arrière» (Paul AUSTER)
(Demain, est l'opium du peuple, écrivais-je)
Bien sûr, des événements arriveront, c'est évident, mais quel est le rôle de la pensée ? Qu'est-ce que le "je" vient faire là-dedans ?
Il est l'action, la volonté qui doit mener à un certain type de futur, un certain but. Il serait celui grâce à qui celui-ci se réalise.
En effet, pouvons-nous trouver une meilleure, une plus authentique identité personnelle que la conscience ou le sentiment intime d'être l'auteur, l'auteur
qui veut, qui choisit, décide, agit dans l'existence, qui est responsable, qui doit assumer les conséquences ?
Non. C'est la meilleure réponse à la question : « qui suis-je ? » Quand cette conviction est là, profondément ancrée, le sentiment d'être une personne particulière est
là.
La vie quotidienne fournit de nombreuses occasions à « l'auteur qui veut » de s'exprimer. A peine réveillé, on pense déjà à toutes les tâches, toutes les obligations, tous les
rendez-vous, tous les problèmes de la vie familiale, professionnelle, sociale qui nous attendent. Le "je" a l'impression d'être utile, indispensable, important, désiré. Bien sûr, il est rare que
ces rôles le comblent – c'est même souvent une existence ennuyeuse - mais il se sentirait perdu, angoissé, de n'avoir plus aucun but.
Quel futur, quel objet hypothétique ? Toujours celui présenté par la pensée.
Mais choisissons-nous nos buts, notre futur ? Sommes-nous celui qui agit pour atteindre ce futur ?
Qu'est-ce que c'est que cet «auteur qui veut» que nous sommes certains d'être ?
Ces pensées d'un objet futur prétenduement désiré n'apparaissent-elles pas maintenant elles aussi, échappant à toute prévision ? De plus, si elles passent dans les actes, il n'y
a d'acte que maintenant.
Ne sont-elles pas totalement involontaires ? Elles nous arrivent, qu'avons-nous fait pour cela?
Nous ne pourrons jamais faire en sorte que nos pensées soient celles que nous voulons, n'est-ce pas ?
Si elles sont involontaires, comment pourrions-nous nous identifier au je qui va se mobiliser pour atteindre ce but ? Ce qu'il est est, lui aussi, la conséquence de
ce but involontaire, surgissant maintenant, inopinément. Pouvons-nous revendiquer un je involontaire ? Nous reconnaître en lui ?
« La faculté de choisir, de décider, est-ce qui me fait être moi. ...En regardant très profondément, j'ai vu que c'était quelque chose de spontané qui apparaissait et qui n'était pas choisi.
Donc ce qui choisissait était lui-même non choisi. C'était aussi insubstantiel que toute autre pensée« (Greg GOODE)
« L'auteur qui veut » n'est pas voulu. Ce dernier n'est que le produit évanescent d'une pensée particulière involontaire et inattendue.
Il n'est pas choisi par nous parce que la pensée en question n'est pas choisie par nous.
Nous ne pensons pas la pensée : « c'est nous qui avons voulu, décidé, choisi » puisqu'elle survient inopinément comme toutes les autres. Et c'est un phénomène présent chez tout le
monde.
Le sentiment intime d'être l'auteur de cet "auteur qui veut" est absent. Donc pas d'identité personnelle fondée sur l'existence d'un auteur .
Les religions, la morale, la psychologie, la société, notre entourage nous invitent plus ou moins clairement à nous changer en vue de notre salut, d'un monde
meilleur, de meilleures relations avec les autres etc
C'est à dire que ce changement est toujours motivé, il obéit à certaines raisons. Le changement, la volonté de nous améliorer commencent donc par un jugement sur
nous-mêmes. (Sinon pourquoi changer ?)
Avons-nous changé, si le changement, aussi infime soit-il, n'est pas une mutation globale, holistique et définitive ?
Dans « L'éveil de l'intelligence » (Ed. Stock) Jiddu KRISHNAMURTI montre bien en quoi cette approche est source de désordre et de souffrance.
Comme nous l'avons dit à plusieurs reprises, il est évident que, pour chacun d'entre nous, le monde n'est pas autre chose que notre conscience du monde. Le monde dans lequel je vis n'est pas la conscience du monde de mon voisin. Et que serait un monde dont nous n'aurions pas conscience ?
« Ma conscience est la conscience du monde. Le monde, c'est ma conscience, et le contenu de ma conscience, c'est le contenu du monde »
Mais ma conscience du monde est fonction de toute mon histoire, mes opinions, mes croyances etc de mes « connaissances » au sens le plus général.
Il n'y a pas un monde extérieur et un monde intérieur. Tout est objet de conscience. (Conscience de l'avion au loin ou celle d'une sensation en fonction de mes connaissances)
Réactualisées, ajustées ou pas, toutes nos pensées, raisons, sont les réponses de notre mémoire.
Donc, quand nous voulons nous changer, que voulons-nous faire ? Voulons-nous un changement global, une autre conscience, ou voulons-nous changer une partie de notre conscience ou de nos
connaissances ?
Si nous voulons nous changer pour certaines raisons, nous ne voulons changer que certains aspects de nous-mêmes.
Pour ce faire, nous nous appuyons sur des raisons qui font partie de notre conditionnement. Ces raisons sont aussi le fruit de notre histoire et des convictions que nous nous
sommes forgés. Un aspect de notre conscience prétend changer un autre aspect.
Ce n'est, éventuellement, qu'un réaménagement interne.
Et encore, puisque nos convictions principales, au nom desquelles nous voulons nous changer demeurent, il y aura, de toute façon, bien peu de changement.
Nous avons le sentiment que l'acteur de ce changement, celui que nous croyons être, est au-dessus de la mêlée, séparé de ce qu'il faut changer, non compromis :
« Quand nous parlons de changer, cela semble impliquer qu'il existe une entité séparée dans le sein de la conscience, mais capable d'effectuer une transformation «
« c'est dans cette conscience que l'homme a donné naissance à une entité qui dit : je suis en dehors de ma conscience. L'observateur dit : je suis autre chose
que la chose observée. Le penseur dit : mes pensées sont autre chose que moi-même »
Mais ce n'est que le pur produit, le prolongement de la raison qui nous motive. Il est indissociable de cette raison : « quand il n'y a pas de pensée du tout, il n'y a pas de
penseur. »
et d'autre part, le but poursuivi, le changement voulu est exactement celui qui est signifié par la raison. Quelle autre intention que celle de la pensée existerait-elle ?
« Dans l'Esprit, il n'y a aucune volition, autrement dit aucune affirmation et négation, à part celle qu'enveloppe l'idée en tant qu'elle est idée «
Corollaire : « La volonté et l'intellect sont une seule et même chose » (SPINOZA .- Ethique Part II – Proposition 49)
« tout le contenu est la conscience et tout effort que je fais pour m'en sortir fait précisément partie du même contenu »
Malgré notre sentiment, l'acteur n'en est pas séparé. Il n'est pas indépendant de notre conscience conditionnée, il l'épouse, il en est partie intégrante.
Ce qui fait dire justement à Alan WATTS : « La partie de vous-même qui veut changer les choses est celle-là même qui aurait besoin d'être
changée »
Cet acteur, suscité par la raison, ne va pas, ne peut pas se changer lui-même. Il ne peut vouloir changer que ce qui est (ou semble) séparé de lui.
Le moi est l'expression, le penseur de la pensée dominante, le maître d'oeuvre apparent de cette vélléité permanente de changement qui n'en est pas un.
« Un fragment entre les autres si nombreux devient l'autorité, le censeur, l'observateur, celui qui examine, celui qui réfléchit....le boss »
La volonté de se changer a besoin de l'existence d'un autre fragment pour exister. Elle est à l'origine de la fragmentation et du conflit.
C'est aussi la grille, la forme de pensée à travers laquelle nous voyons le monde et qui est cause du désordre, parce que nous l'entretenons.
« Le cirque continue quand il y a action de la volonté »
«s'affranchir de la volonté, c'est s'affranchir de cette fragmentation »
« Quand ils (les fragments) ne sont pas en lutte les uns avec les autres, ils ne sont pas des fragments »
»il (la volonté du moi) entretient la fragmentation » pour pouvoir se maintenir et donc aussi le désordre, la souffrance intérieurs et extérieurs.
« S'affranchir de la volonté, c'est s'affranchir de cette fragmentation »
Ce qui rejoint ADYASHANTI quand il suggère d'être totalement permissif avec la conscience : « Vous refusez à l'état de conscience egotique l'unique chose dont il a besoin pour rester dans l'état de transe. Il a besoin de luttes, il doit se battre »
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