La notion de samsara reçoit plusieurs acceptions selon les écoles du bouddhisme. De plus, elle plonge ses racines dans le brahmanisme ou l'hindouisme. En bref,
c'est le cycle des renaissances. dont l'origine est la soif de l'existence :
« Voici, ô moines, la Noble Vérité sur l'Origine de la Souffrance : c'est la soif de l'existence qui conduit de renaissance en renaissance, accompagnée du plaisir et de la convoitise, qui trouve
ça et là son plaisir, la soif du plaisir, la soif de l'existence, la soif de la non-existence» (Enseignements du Bouddha .- Ed. Librio)
Jean-Pierre SCHNETZLER racontait, peu de temps avant sa mort, dans l'émission « Sagesse bouddhiste» qu'étant tout enfant, sa maman l'avait emmené dans une fête foraine. Il y a avait là un manège où les enfants essayaient d'attraper une poupée de chiffon en se hissant sur leurs étriers. On lui demanda s'il voulait faire un tour de manège, mais il refusa. Il lui semblait qu'il était en présence de la façon dont fonctionnait le monde. Plus tard, étant devenu bouddhiste, il comprit que c'était l'image même du samsara.
Le samsara, c'est de la colle.
" Le mal pur, c'est coller à tout. On attache à tout, on colle à tout» disait.Stephen JOURDAIN
Il est bien rare, extrêmement rare, que nous désirions quelque chose parce que nous en avons effectivement besoin et parce que nous savons que cette chose, dont nous avons une véritable expérience ou connaissance, satisfaira ce besoin.
Non, ce qui se passe, c'est que nous désirons une chose parce qu'elle est côtée, valorisée. Nous la désirons parce que beaucoup la convoitent, parce qu'il existe un engouement pour cette chose. Il faut qu'elle s'inscrive dans un discours préexistant qui lui donne de la valeur et auquel on adhère.
Et comme les voyageurs dans les couloirs du metro ont tendance à hâter le pas en voyant tout le monde se précipiter autour d'eux, nous suivons le mouvement, nous
participons à cet engouement. Nous sommes mentalement happés. (La société de marché repose beaucoup sur ce tropisme)
Le samsara, c'est un sentiment collectif, un instinct grégaire, c'est un désir de fusion, c'est de la colle mentale, une psychologie de foule comme l'a analysée Gustave LE BON.
C'est la pression du groupe, c'est l'absence de lucidité, c'est l'aura de l'autorité parce que notre souci primordial est d'être conforme, ou accepté par le groupe.
(Pas d'autorité pour un esprit indépendant)
C'est ainsi que tant de choses dans la vie nous collent, renferment une dose de glu scotchant un soi apparent mais convaincant. On s'attire de la reconnaissance quand on est
«pareil», qu'on aime ou déteste la même chose.
Depuis notre naissance, chaque chose a été nommée pour nous puis nourrie de jugement, de sens. Le monde ou l'existence est une immense échelle de valeurs, ou un
immense patchwork de valeurs différentes produit d'une interminable suite de parti-pris, de préférences ou d'antipathies de la part de tous ceux qui nous ont inculqué le monde et la vie. Nous
avons repris à notre compte les jugements des autres sur les choses et nous entretenons ce patrimoine, cet héritage sans savoir pourquoi, sans le vouloir vraiment.
Nous passons d'une complicité à une autre, d'une implication à une autre, d'un engagement à un autre, d'une adhésion à une autre, d'une compromission à une autre, imprudemment.
Demandons-nous si l'affection ou l'antipathie que nous éprouvons pour les personnes, objets, activités, idées, sentiments viennent bien de nous, ou si ce ne sont
pas des habitudes, un conformisme, une confiance aveugle dans certaines personnes.
Le détachement consisterait à se retirer de tout sentiment collectif, à retirer notre adhésion de tous les jugements de valeur du monde, en fait, à n'adhérer à rien tant que nous n'avons pas
librement et soigneusement examiné les choses.
« C'est seulement dans la vision de tout son fatras personnel, après qu'on l'ait débusqué sans indulgence, mais aussi sans condamnation, en se tenant en retrait par rapport à son activité affective, physique, et intellectuelle dans un état de non implication que pourra être reconnu ce qui ne nous a jamais manqué «
(Ken MAVERICK .- La fracture de l'Être .- Ed. Les Deux Océans)
Mais nous l'avons vu, le degré de reproche ou de louange d'une chose, ne peut être fondé, démontré. Pourquoi on l'aime ou on la hait à ce point -
et non pas davantage ou moins - on ne le saura jamais. Dans ce cas, l'amour et la haine eux-mêmes ne peuvent être justifiés.
Comble de malchance : quand les valeurs en question sont des valeurs morales, humaines - quand elles désignent l'homme, nous - nous ne nous préoccupons même plus de savoir si elles correspondent à quelque chose de réel, nous ne convoitons plus qu'une image, une représentation mentale, nous courons après un mirage de nous-mêmes..
En pincer pour une idée de soi que l'on conçoit, se représente, c'est tomber dans le piège. Idée de quelque chose -objet, activité, plaisir - ou de
quelqu'un - personne ou Dieu - qui nous grandirait, nous éleverait, nous améliorerait, nous augmenterait.
Cette idée, valeur, idéal ne tombent pas du ciel, elles viennent de notre culture, de la société. C'est un héritage. Désirer obtenir ce que l'on convoite, c'est risquer d'être dupe de tout ceux qui semblent pouvoir nous aider et de tout ce qui ressemble à l'objet de notre désir. C'est fusionner avec tous ceux qui convoitent la même chose. Une telle idée a d'ailleurs besoin de s'incarner et de prouver sa légitimité, elle ne peut rester purement personnelle.
C'est l'idée qui conditionne l'expérience. D'ailleurs, si un bien existe en dehors de nous, pourquoi l'aborder avec une idée préconçue ?
Aucune idée au-dessus de soi puisqu'une idée est irréelle. L'intégrité ou l'honnêteté vis à vis de soi, c'est tout, et advienne que pourra.
Détachement conviendrait mieux que le terme indifférence dans cette traduction des propos de MAHARSHI (Ed. Albin Michel) :
«Mais qu'est-ce que l'indifférence ? C'est l'absence d'amour et de haine. Quand vous réalisez le Soi à la surface duquel défilent les phénomènes, pouvez-vous aimer ou haïr ceux-ci ?...En bref, le travail doit s'effectuer et vous devez y participer, participer pour la part qui vous est attribuée... comme un acteur qui joue son rôle dans une pièce - sans amour et sans haine. «
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