Une créature vivante réagit à son milieu, s'y adapte, répond à ses solliciations, agressions, modifications. Tout cela se fait naturellement.
L'être humain est une créature vivante particulière. C'est un «amphibie» qui vit simultanément dans deux mondes : le monde sensible, et le monde des symboles. Le premier concerne son organisme.
Le second concerne son esprit.
Les symboles, en tant que symboles ou sens, n'impressionnent pas les sens. Le monde sensible est inconnaissable par l'esprit. Ces deux mondes semblent séparés et irréconciables. D'où la fracture de l'être.
Les réactions de notre organisme au milieu se font naturellement, automatiquement. En général, nous n'avons pas à nous en occuper. Les réactions de notre esprit au
milieu symbolique occupent toute notre existence. L'erreur que nous avons faite est de croire que le monde symbolique est aussi réel, aussi incontestable que l'autre.
Le drame a souvent consisté soit à vouloir que notre organisme obéisse à notre esprit. (U.G. .- Ed. Les Deux Océans) :
«Vous ne sauriez comprendre l'incommensurable paix qui est là en vous et qui est votre climat naturel. Votre effort pour établir en vous un état d'esprit paisible ne fait qu'y introduire le trouble» (Rencontres avec un éveillé contestataire) « «Le corps n'a rien à voir et rien à faire de toutes ces idées que vous avez d'objectifs religieux ou matériels. Il s'en fiche complètement. Il y a bataille constante entre les deux» (Le dos au mur)
soit à tout miser sur le corps.
La Réalisation, c'est leur réunion en soi. Ce n'est pas une utopie. C'est à peu près la situation dans laquelle nous étions quand nous sommes venus au monde. C'est
à dire que c'est notre véritable nature, la seule viable.
« La conscience totale peut être comparée à un état où on aurait la fusion, dans une même vision, de l'unicité de l'eau et de ses multiples apparences... VALERY va
jusqu'à dire que la mystique consiste à retrouver cette sensation élémentaire et, en quelque sorte, primitive : la sensation de l'existence» (Ken MAVERICK .- La fracture de l'Être .- Ed. Les deux
Océans).
" En admettant l'existence du monde, je dois admettre quelqu'un qui le voit et qui n'est autre que moi-même.Laissez-moi trouver moi-même de manière à ce que je connaisse la relation entre le monde et celui qui le voit." (Ramana MAHARSHI .- ed. Albin Michel)
La fracture, la séparation ont comme origine la naissance du "je" et du "tu" et comme axe, leur perpétuation. Le monde symbolique de l'enfant prend sa source dans
la parole de ceux qui s'occupent de lui. Tant qu'il n'y a pas l'idée d'un je et d'un tu, les deux étant indissociables, il n'y a pas de séparation.
La séparation est réalisée dès que la forme corporelle est vue comme une entité physique habitée par une entité mentale ou dès que l'idée d'un je et d'un tu cohabitent dans la conscience.
La séparation est la conséquence d'un harcèlement involontaire par la parole. Ce n'était pas notre envie, notre tendance innée de nous soucier de nous-mêmes, de
nous interesser à nous-mêmes, de nous prendre comme but. Ce n'était pas notre envie, notre tendance innée de nous distinguer des autres, de nous séparer des autres, de nous comparer aux autres,
ni de comparer les autres entre eux.
Tout cela, nous avons commencé à le faire parce que tout le monde nous y poussait en nous prenant pour quelqu'un. Et nous l'avons fait pour être
agréable.
Le je est né pour répondre aux sollicitations de nature symbolique du milieu.
On ne nous demande rien de moins que de consacrer notre vie à nous positionner, à nous définir par rapport au sens de tous les discours, de toutes les paroles qui nous parviennent, nous pressent, nous harcèlent constamment. Comme si ce sens tombait sous le sens, comme s'il était évident, incontestable, légitime. Comme si la vérité parlait constamment par sa «bouche».
S'il y a bien quelque chose de problématique, de confus, de fluctuant, de relatif, d'incontrôlable, de douteux dans cet univers, c'est bien la parole et le sens qu'elle véhicule.
La seule raison, la seule façon d'exister pour le je, c'est en rapport avec les autres. La seule façon d'avoir l'impression d'exister en tant que quelqu'un, c'est
en tant que ce qu'on croit être en rapport avec les autres.
(Hegel a bâti toute une philosophie là-dessus)
L'ego (idée d'un soi permanent) est né en même tant que l'idée d'un autre permanent. Ce soi est pour l'autre.
" Without the assumed separate "other", you have no idea of self" (Unmani Liza HYDE .- Die to Love )
Ridicule de nous demander ce qu'on fait pour les autres. Toute notre existence est dédiée aux autres. C'est vrai même dans la solitude.
L'ego n'est pas seulement une entité médiatrice, un ambassadeur, un avocat, nécessaire à la relation, utilisant la langue pour se définir, il s'est aussi substitué
à nous-mêmes. Il est le socle de notre civilisation (religions comprises) qui ne reconnaît que lui, qui mise tout sur lui, qui attend tout de lui, qui ne glorifie que lui. Il est enfin à un
niveau plus proche le centre d'intérêt presque unique, le but, la seule réalité de référence dans les relations humaines. Et cela est particulièrement visible dès que la moindre démarche
éducative, formatrice, édifiante, socialisante se met en route. Il n'y a qu'à écouter à qui on s'adresse et comment. On se refère toujours à des buts, modèles, critères, exigences sociaux.
On demande à celui qui est interpellé, désigné, nommé, visé, de faire ses preuves, de se justifier, de se comparer, de rendre des comptes, d'être comme il faut etc au nom d'une légitimité fantôme.
Parler au nom des mots, comme si on possédait la vérité du sens des mots, parler au nom de la vérité exprimée par les mots, comme si on savait ce qui était vrai et
bon pour tous, voilà bien la plus splendide imposture qui soit. Voilà le jeu vain mais tragique auquel se prêtent, par exemple, tous ceux qui fouillent, décortiquent inlassablement les livres ou
parlent au nom d'un système et en tirent des vérités universelles qu'ils vont vouloir imposer aux autres.
A qui cela n'est-il pas arrivé de prendre conscience qu'il jouait un personnage en société ? Plus encore, cela nous est peut-être arrivé d'avoir soudain une vision globale, distanciée, désimpliquée de sa vie, de tout ce que l'on fait, parait, et de ne pas se reconnaître, pensant (sans penser) : «ce n'est pas moi, tout cela est une mascarade» ?. Avec ce sentiment très fort que tout ce que l'on fait, on le fait pour les autres, pour le monde extérieur et ses règles. Habitude, somnambulisme.
Si une relation s'instaure entre deux êtres, c'est par l'intermédiaire de la langue et d'un objet de pensée. Le « je » représente cet objet.
L'adulte parle et dit je. L'enfant croit que l'adulte est ce je et l'auteur des paroles.
L'enfant parle en disant innocemment je . Les adultes lui attribuent ces paroles, attribuent au je ces paroles, s'adressent à lui en disant tu.. L'enfant se prend
pour l'auteur de ses paroles. Il se met à exister en tant que je en rapport avec ces paroles. L'objet-je produit recueille l'approbation, la reconnaissance de l'autre, il est
investi.
.
En réponse à ce qu'il comprend des paroles de l'autre le concernant, un objet de pensée est créé que représente le « je », c'est sa position par
rapport à cette compréhension. En fonction des objets-je déjà produits et dont il se souvient, un objet-je est produit qui représente la continuité.
Le je est prisonnier de l'image ou de l'objet qu'il a produit, prisonnier de la reconnaissance des autres qu'il a acceptée, prisonnier de son propre investissement, prisonnier de l'engagement qu'il a pris aux yeux de l'autre.
Et voilà que l'on est lié, engagé sans pouvoir revenir en arrière, par l'idée de soi que l'on croit que l'autre a prise en compte et que l'on a soi-même produite
voire même contresignée.
Le tu, c'est l'idée que nous nous faisons de l'autre en tant que connaisseur de l'idée de soi qu'on a cru produire. Le je, c'est cette idée de soi qu'on a cru donner.
En compensation, le je est le symbole et l'incarnation du pouvoir (voir l'article : »Le mal, le pouvoir et la mort») et du savoir.
La langue est un piège, c'est une immense source de confusion, c'est une puissance maléfique, un dictateur, un oppresseur dès qu'elle prétend parler des êtres. A ce
sujet :
« Pour savoir de quoi il s'agit, il faut en avoir l'expérience et quand on sait de quoi il s'agit, on ne peut rien en dire : ce n'est pas du domaine des idées, des sentiments ni des mots qui ne peuvent que tout embrouiller»
«Une expérience spirituelle ne vaut et ne peut valoir que pour celui qui la vit et ne servira en aucune manière de modèle pour les autres» (Ken MAVERICK .- La
fracture de l'Être .- Ed. Les Deux Océans)
«Un sage ne peut avoir aucun disciple, aucun successeur parce qu'il ne s'agit pas d'une expérience à partager. Pouvez-vous expliquer à quelqu'un qui n'a jamais eu d'expériences sexuelles à quoi
ressemble une telle expérience ?» (U.G. Rencontres avec un éveillé contestataire .- Ed. Les Deux Océans)
Le je et le tu fonctionnent en duo en permanence.
C'est un jeu de miroirs avec cette particularité qu'il n'y a que deux reflets virtuels et aucun objet réel à la source.
Si j'existe pour l'autre, qui est celui que l'autre aime ou connait ?
Je ne peux pas faire autrement que de croire que l'idée que je me fais de moi est l'idée que l'autre se fait de moi. Je ne peux pas faire autrement que de toujours
projeter en l'autre, à tout moment, l'idée que je me fais de moi.
Celui que je crois être, mon idée de moi-même n'est pas différente de l'idée que je crois que les autres ont de moi puisque c'est l'idée de moi que je leur prête. Je n'en ai qu'une.
J'existe pour lui, selon moi, tel que je me conçois. Parce que je ne peux pas penser que l'autre pense à quelqu'un auquel je ne pense pas quant il s'agit de moi.
Et je m'attends à ce que l'autre reconnaisse cette idée de moi, réagisse par rapport à cette idée de moi.
Je change d'idée de moi-même en changeant de partenaire, mais il y a toujours un seul je commun.
Ce qui veut tout simplement dire que si ma conscience est vide de moi-même, si je suis absent de moi-même, s'il n'y a plus de projection, je suis absent aussi de
l'autre, je ne pense pas qu'il ait la moindre idée de moi. Plus :
" If there is no reference point here, there is no reference point there. If there is no identity in here, there is no identity out there. Absolutely alone, beyond
alone - no one" Unmani Liza HYDE .- Die to Love)
Seulement l'idée que j'ai de moi et que je projette dans l'autre dépend de mon idée de l'autre, et cette idée de l'autre est l'idée de la demande de l'autre. Je ne conçois l'autre que sous la
forme d'une sollicitation, d'une attente, d'une demande.
Le «je» n'est pas issu des profondeurs de la conscience, comme une émanation de ma nature fondamentale. Il n'y a pas de «je» et de « tu » hors de la langue. C'est seulement à partir
d'elle, des éléments qu'elle propose, dans le cadre qu'elle offre, qu'ils se sont constitués. Je me suis approprié tous les je. C'est un emprunt à un système extérieur, préexistant. Le je n'est
pas consubstantiel à soi. Ce n'est qu'un implant. C'est pourquoi on ne fait que raconter le monde. Et même quand on parle de soi, on parle de son rapport au monde, de son
usage du monde, pas de soi indépendamment du monde.
«il peut exister des rapports de soi aux autres et aux choses et de soi à soi comme objet éprouvant, percevant et se souvenant, mais jamais de soi à soi sans aucune référence à quoi que ce soit, c'est à dire sans aucune mémoire » (Ken MAVERICK .- La fracture de l'Être .- Ed. Les Deux Océans)
Le monde de l'autre, tel que je le comprends par l'intermédiaire de la langue, est un monde séparé qui m'appelle.
Si mon idée de l'autre est une requête, mon idée de moi, telle qu'elle doit être connue de l'autre, est un moi satisfaisant cette requête.
Et si l'autre n'est que mon idée de l'autre, si cette requête n'est que mon idée de cette requête, c'est moi qui attribue à l'autre cette demande,
ce « deal » particuliers, en fonction de ce que je crois savoir et comprendre de lui.. C'est moi qui imagine ce qu'il peut reconnaître ou reconnaît de moi. L'idée de moi que je projette
sur l'autre est l'idée de ce qu'il faut que je sois pour être reconnu par l'autre.
Je crois être nécessaire, en tant qu'idée de moi, à l'existence de l'autre, puisque cet autre est la requête que j'imagine. Pas de je sans tu, mais pas de tu
sans je.
Ce qui s'appelle voir le monde à partir de soi, sur la base de soi.
Pas de conscience de soi qui ne soit la conscience de soi tenant compte de l'autre ou la conscience de soi satisfaisant la demande de l'autre. Nous sommes toujours ce que nous pensons qu'il est censé se passer en nous pour l'autre.
Autrement dit, il est impossible d'exprimer quelque chose de soi qui ne corresponde pas, qui ne réponde pas à tout ce que l'on croit qu'on nous a demandé à un moment ou à un autre.
Cependant, l'initiative est venue des autres, du monde. Ils ont créé le monde symbolique où tout se passe.
Puisqu'on se retrouve prisonnier de l'idée de soi qu'on a produite (je) et de la reconnaissance par les autres (par son idée des autres) de cette idée, reconnaissance qu'on a ratifiée, encouragée, en partant d'elle, raisonnant sur elle, on est lié par cet engagement vis à vis des autres, obligé de s'identifier au je, de s'en réclamer. Nous nous retrouvons dans la situation d'un menteur qui s'enferre toujours plus dans son mensonge en collant à son personnage.
C'est qu'en effet, nous croyons être l'auteur de nos pensées et de nos paroles et nous engager à travers elles.
Tout ceci repose sur le déni ou l'ignorance du fait que soi est introuvable, non expérimentable directement. Le premier mensonge, c'est de dire je, en
pensant être je sans savoir qui est je.
Autrement dit, partir d'une idée de soi, c'est déjà partir d'un a priori culturel, d'un postulat admis sans examen. Premier cliché.
Toute idée de soi reprise à notre compte est un mensonge fortement inspiré, suggéré, par la société. Une supposition nécessaire pour fonctionner en société.
Il n'aurait pas fallu accepter d'être celui auquel les adultes attribuaient les paroles, les actes, les réussites et les échecs lorsque nous étions enfants.
Il n'aurait pas fallu croire que la langue est conforme à la réalité des choses.
Il n'aurait pas fallu se laisser griser par les avantages, le sentiment d'exister, et surtout de reconnaissance, que procure la langue et le je.
Soi est aussitôt devenu l'idée qu'on a ou qu'on perçoit de soi.
Ainsi, je, ce que le je désigne, suggère, définit etc (comme mon nom d'ailleurs) n'est absolument pas moi. Et on ne saurait m'identifier ou me reconnaître dans ce
je que j'utilise. Ce que je prétends ou dit être n'a vraiment aucune importance.
« Pour moi, le «je» est un pronom singulier à la première personne. J'ai découvert cela étant très jeune. Ceci dit, je ne pense pas qu'il existe quelque je, ou soi, ou n'importe quel autre terme pour désigner ça.» (U.G.)
Tout a toujours été attribué, imputé au je, au sujet, à l'intérieur de la langue, mais je n'ai jamais été cela. C'est juste une proposition, un schéma de fonctionnement de la langue. D'ailleurs ce pauvre sujet est bien figé, bien coincé dans son rapport aux objets.
C'est machinal. C'est le rendu d'un rapport au tu et au monde installé là par la langue. Rien d'autre. Il n'y a que la façon rapace et rationaliste dont fonctionne le monde pour
se précipiter là-dessus en vue de l'exploiter.
De la même façon, on cherchera vainement à localiser ou identifier un tu, un autre, dans notre esprit, indépendamment de l'idée qu'on s'en fait. Tout cela n'est qu'un jeu interne au mental.
Tout repose sur la langue, mais la langue n'a pas la légitimité de son ambition quand on l'a démasquée.
Mais on cherche un nouveau sens parce que le problème est venu d'un sens, et le jeu continue indéfiniment parce que le je mène la danse. Le je peut
faire des milliers de choses utiles, agréables, mais il ne peut pas se suicider, se liberer de lui-même et de tout ce qui lui est associé : responsabilité, culpabilité, histoire, attributs,
savoirs, problèmes, espoirs, dépendance, souffrances etc
«Aussi longtemps que le je peut faire quelque chose, sa continuité est assurée » (Jeff FOSTER .- La vie sans centre .- Ed. L'Originel)
«L'idée qu'une personne illusoire puisse, elle-même, réussir à voir qu'elle n'est pas réelle, est complètement absurde» (Richard SYLVESTER .- J'espère que vous
allez mourir bientôt .- Ed.L'Originel)
Puisque l'autre est mon idée de l'autre, puisque la demande de l'autre est mon idée de la demande de l'autre, puisque ce que je dois être n'est que mon idée
de ce que je dois être en rapport avec mon idée de la demande de l'autre, ce que je prétends être, ce que je veux être, n'a d'importance et de valeur pour personne en réalité. Tout le monde s'en
fiche. Mon idée de l'autre n'est pas l'autre.
Si je ne me projette pas, je n'existe pour personne de mon point de vue puisque je ne sais rien de ce que pense l'autre. De mon point de vue, si je ne me projette
pas, il n'y a pas de moi en l'autre.
D'un côté, la demande éventuelle, l'attente à mon égard de l'autre, n'est que la demande à son idée de moi, que l'attente à l'égard de son idée de moi - qui n'est pas moi - dans le cadre de son système de pensée, idée que je ne peux pas connaître. De l'autre côté, mon idée de cette demande n'est que mon idée, y répondre n'est pas répondre à sa demande. (Nous parlons d'une demande qui aurait pour objet, soi-même).
Plus d'idée de l'autre confirmant ce que je crois être, plus de complicité fantôme, fantasmatique.
Nous ne sommes nulle part. Nous ne sommes pas plus engagés, concernés par une pensée ou une sensation qui passe que par un événement ou un un objet
que l'on peut voir.
Plus rien, ni personne n'existe par rapport à soi ou n'est relié à soi s'il n'y a plus d'idée de soi. Pas de signification personnelle.
« La raison pour laquelle je dis : vous êtes déjà libre, vous êtes déjà libéré, est que déjà la pensée n'est pas personnelle, déjà, le soi est une illusion, dans le sens où ce n'est qu'une autre
apparence dans la conscience» (Jeff FOSTER .- La vie sans centre .- Ed. L'Originel)
«Voir que rien n'a de sens, tend à produire un changement total de perspective. Ce n'est pas une chose déprimante, c'est voir simplement que toute signification
n'est qu'une histoire du mental de la personne»
« Une fois qu'il est vu que je ne suis rien, il est aussi vu que toute expérience se produit seulement pour une personne apparente, et retombe ensuite dans l'Un
sans que cela n'ait aucun sens» (Richard SYLVESTER .- J'espère que vous allez mourir bientôt .- Ed. L'originel)
Personne ici, je ne suis pas sur la photo.
On ne s'accorde pas le droit d'être intègre. Il y a longtemps que l'on a renoncé à être intègre, qu'on a abdiqué, que l'on s'est renié. Être intègre, c'est ne jamais nier sa conscience ou tricher avec elle.
On ne commence à parler d'intégrité que lorsque c'est trop tard, après des années et des années d'exclusion.
L'intégrité n'est pas à l'ordre du jour parce que l'être humain n'est pas à l'ordre du jour. C'est un non-problème. Or l'intégrité renvoie trop à l'être humain.
Niez-la.
Ce qui était et reste important pour la société, la socio-culture, et les éducateurs chargés de les perpétuer, c'est la conformité à des normes, l'obéissance à des valeurs, le résultat obtenu (certains résultats).
Ce qui est important, ce qui a de la valeur, ce sont les idées. Pas les êtres humains qui n'existent pas. On est d'ailleurs prêts à sacrifier ces derniers sur l'autel des idées.
On croit donc que ce sont ces idées, ces concepts qui vont fabriquer, produire de l'intégrité.
Il suffirait de les épouser, d'y être fidèle pour être intègre, ou de chercher à comprendre ce qu'ils signifient pour devenir de plus en plus intègre.
Mais l'intégrité est quelque chose de vivant, ce que ne sont pas les concepts. L'intégrité est une adéquation à soi de chaque instant, alors que les concepts sont figés. L'intégrité est une sorte de réponse personnelle, alors que les concepts sont étrangers.
On subit donc la tyrannie des concepts depuis toujours. On doit passer par eux, les considérer comme des références, des buts, des modèles, on doit leur demander leur avis, on doit les consulter, attendre leur approbation pour vivre, exister, être.
On a dû, on doit apprendre, retenir, incarner des règles de vie en les considérant comme la vérité.
Le système veut les deux : il veut que nous soyons conformes, et il veut que nous soyons parfaitement sincères, investis en étant conformes. (Ben voyons !)
Tout cela parce qu'on n'a aucune confiance dans l'être humain, certainement mauvais ; aucune confiance dans la façon dont il va réagir spontanément. Alors on a bien pris soin de lui inculquer un nombre considérables de prescriptions, de principes, de normes, en les présentant comme les choses les plus précieuses au monde de telle sorte qu'il réagisse de la façon voulue, par automatisme.
Mais il y a beaucoup de désordre, d'incohérence, de contradictions et de nocivité dans toutes ces pensées greffées.
On voit le résultat.
On vit la vie du connaisseur, le connaisseur n'étant pas celui qui choisit ses raisons, mais le produit de la pensée qui survient. Et le contrôle s'exerce sur ce connaisseur, en référence à la connaissance utilisée – contrôle externe et contrôle interne depuis qu'on a intériorisé tout cela. Avec toute la souffrance, toutes les impossibilités, les conflits, divisions qui s'ensuivent.
Tout cela est l'ennemi de l'intégrité. On croit que le monde ira bien en nous obligeant à produire les résultats voulus. On ne se soucie pas des hommes, on ne leur accorde aucune importance puisque le fait qu'ils se falsifient, qu'ils soient intérieurement en conflit n'a aucune importance. Ce ne sont que des pions.
On croit, stupidement, que les idées, les résultats sont vivants, agissants, efficaces, et peu importe comment sont les hommes.
C'est très lourd de conséquences : l'important n'est pas ce que sont les hommes, ce qu'ils ressentent - on s'en fiche - l'important, c'est ce qu'ils produisent comme actes, paroles etc
Peu importe notre ressenti, notre expérience, notre compréhension, nous devons nous forcer à admettre que ces idées sont la vérité, nous forcer à trouver les résultats prévus, nous forcer à cirer
les pompes des grands hommes d'autrefois ou d'aujourd'hui, des autorités, nous forcer à rentrer dans le moule. Nous vivons la vie d'un personnage fabriqué, maintenu avec efforts
et beaucoup d'activité mentale. Pas moyen de voir les choses telles qu'elles sont, et de réagir en conséquence.
Et bien sûr, des années plus tard, les tenants et zélateurs de ce système pernicieux sont les premiers à nous dire que nous sommes faux, hypocrites, non-équilibrés. (Le comble !)
« Toute l'énergie est consumée sous les pressions de la culture et de la société ou d'autres efforts pour s'intégrer dans le cadre du système de valeurs»
«Votre effort pour contrôler la vie a créé un mouvement secondaire de pensée en vous et vous l'appelez « JE ». Ce mouvement de pensée en vous est parallèle au
mouvement de la vie mais il en est séparé, il ne peut jamais être en contact avec la vie. Vous êtes une créature vivante et cependant vous menez votre vie entière dans le domaine de ce mouvement
de pensée isolé et parallèle. Vous vous retranchez de la vie - et c'est contre-nature.» (Uppaluri Gopala KRISHNAMURTI)
C'est ainsi que chaque fait de conscience est traduit, interprété en fonction de ces normes qui nous mobilisent sous le forme d'un je chargé d'incarner un moi faux, fabriqué. Non seulement le je
est irréel, étranger, mais il est la fausseté même si on le prend au premier degré.
Le «je», ce n'est qu'un automatisme, ce n'est pas votre envie.
Pas besoin de passer par quelque concept que ce soit, non seulement pour exister, mais aussi pour être. Être vaut bien plus que n'importe quelle définition ou produit de quelque idée.
Il ne s'agit que de cela, une évidence : le personnage que l'acteur joue sur scène n'existe pas, alors que l'acteur existe. Le personnage vaut bien moins que l'acteur.
Il est clair que si nous nous prenons vraiment pour le personnage, si nous croyons pour de bon être Hamlet – et c'est ce qui a fini par arriver tant il nous est difficile de ne pas nous définir par rapport à des concepts - si nous sommes réduits à n'être que cela, nous sommes à la merci du metteur en scène, c'est à dire de la société. Aucune mise en perspective, aucune échappatoire possibles.
En se détachant – non pas perdre la mémoire - de toutes ces connaissances, de tous ces concepts, de la façon dont nous sommes conscients des choses de la vie, on se détache de l'emprise de ce système. Pas de souci, tout est faux.
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