L'épaisseur et le tourment du je sont proportionnels à l'éloignement et l'importance combinés du but. Ou l'identification au sujet ou au je est proportionnelle à
l'éloignement et l'importance combinés du but.
Ca ne nous touche guère, un vague objectif lointain. On n'est pas très concerné. Ca ne nous soucie pas beaucoup un objectif, même important, à portée de main,
accessible rapidement et facilement. Pas beaucoup d'investissement personnel dans l'action.
Sommes-nous pour quelque chose dans ce qui arrive maintenant ? Avons-nous choisi, voulu cette perception, cette sensation, ce désir, cette pensée qui apparaissent à cet instant
?
Là, ce qu'il y a, nous surprend. Ce qui se passe à chaque instant est involontaire, inattendu.
Comment pourrions-nous « nous vouloir » ou « nous produire » dans l'instant ?
Comment pourrions-nous maîtriser ce qui surgit à l'instant même ?
Quand nous remontons vers l'origine, vers la naissance de chaque fait de conscience, essayant de nous approcher aussi près que possible de l'instant présent, nous ne trouvons personne. Il y a une
attention de plus en plus impersonnelle. C'est de plus en plus vide, personne n'est au rendez-vous. L'instant présent de notre vie échappe à toute volonté personnelle.
Alors le «je» proteste, se défend, réclame son dû. Et pourtant, c'est un fait : choisir son présent, impossible !
Le futur, l'idée de futur vient à la rescousse.
Qu'est-ce que le futur ? Ce n'est que la pensée de quelque chose de différent de ce qui est, et la pensée, plus ou moins nette, de l'enchaînement des événements qui
pourraient y conduire.
La conscience présente, c'est l'absence de l'idée de futur ou l'absence de quelque chose d'autre que ce qui est. Tandis que la pensée de quelque chose de différent crée l'idée de futur. C'est le
but, l'objectif, le projet, la perspective etc
L'ignorance plus ou moins grande des événements qui pourraient y conduire, c'est l'éloignement plus ou moins grand de ce but ou de ce futur. Ce n'est pas un éloignement au sens chronologique du
terme, mais au sens où la prévision est très hasardeuse.
Si l'obtention de quelque chose suppose de réussir de nombreuses épreuves difficiles ou de résoudre un problème compliqué, le but, même proche dans le temps, peut paraître très lointain. A
contrario, un futur même éloigné paraîtra proche s'il est inéluctable. (Imaginez que l'on vous démontre que vous allez mourir dans deux ans)
La pensée présente des : «ce qui pourrait être», ou des «ce qui devrait être» et trace une route plus ou moins claire, plus ou moins droite. C'est cela le futur, c'est un objet
hypothétique, virtuel de la pensée. Sans la pensée de quelque chose d'autre que la conscience de ce qui est, pas de futur.
La pensée n'est jamais satisfaite de ce qui est, elle crée sans cesse de nouveaux buts.
L'éloignement, c'est à dire l'idée de nombreuses conditions à remplir, difficiles à remplir, est un trésor pour le je. En plus de l'objectif final à atteindre, ces conditions représentent
d'innombrables sous-objectifs, une source inépuisable de pensées, d'innombrables petits futurs. Un objectif lointain et important et des mobilisations successives, c'est la garantie d'un
« je » perenne.
«Regarder en arrière est le seul moyen de créer du futur.» (Vivienne WESTWOOD)
« Une fois qu'on a goûté au futur, on ne peut pas revenir en arrière» (Paul AUSTER)
(Demain, est l'opium du peuple, écrivais-je)
Bien sûr, des événements arriveront, c'est évident, mais quel est le rôle de la pensée ? Qu'est-ce que le "je" vient faire là-dedans ?
Il est l'action, la volonté qui doit mener à un certain type de futur, un certain but. Il serait celui grâce à qui celui-ci se réalise.
En effet, pouvons-nous trouver une meilleure, une plus authentique identité personnelle que la conscience ou le sentiment intime d'être l'auteur, l'auteur
qui veut, qui choisit, décide, agit dans l'existence, qui est responsable, qui doit assumer les conséquences ?
Non. C'est la meilleure réponse à la question : « qui suis-je ? » Quand cette conviction est là, profondément ancrée, le sentiment d'être une personne particulière est
là.
La vie quotidienne fournit de nombreuses occasions à « l'auteur qui veut » de s'exprimer. A peine réveillé, on pense déjà à toutes les tâches, toutes les obligations, tous les
rendez-vous, tous les problèmes de la vie familiale, professionnelle, sociale qui nous attendent. Le "je" a l'impression d'être utile, indispensable, important, désiré. Bien sûr, il est rare que
ces rôles le comblent – c'est même souvent une existence ennuyeuse - mais il se sentirait perdu, angoissé, de n'avoir plus aucun but.
Quel futur, quel objet hypothétique ? Toujours celui présenté par la pensée.
Mais choisissons-nous nos buts, notre futur ? Sommes-nous celui qui agit pour atteindre ce futur ?
Qu'est-ce que c'est que cet «auteur qui veut» que nous sommes certains d'être ?
Ces pensées d'un objet futur prétenduement désiré n'apparaissent-elles pas maintenant elles aussi, échappant à toute prévision ? De plus, si elles passent dans les actes, il n'y
a d'acte que maintenant.
Ne sont-elles pas totalement involontaires ? Elles nous arrivent, qu'avons-nous fait pour cela?
Nous ne pourrons jamais faire en sorte que nos pensées soient celles que nous voulons, n'est-ce pas ?
Si elles sont involontaires, comment pourrions-nous nous identifier au je qui va se mobiliser pour atteindre ce but ? Ce qu'il est est, lui aussi, la conséquence de
ce but involontaire, surgissant maintenant, inopinément. Pouvons-nous revendiquer un je involontaire ? Nous reconnaître en lui ?
« La faculté de choisir, de décider, est-ce qui me fait être moi. ...En regardant très profondément, j'ai vu que c'était quelque chose de spontané qui apparaissait et qui n'était pas choisi.
Donc ce qui choisissait était lui-même non choisi. C'était aussi insubstantiel que toute autre pensée« (Greg GOODE)
« L'auteur qui veut » n'est pas voulu. Ce dernier n'est que le produit évanescent d'une pensée particulière involontaire et inattendue.
Il n'est pas choisi par nous parce que la pensée en question n'est pas choisie par nous.
Nous ne pensons pas la pensée : « c'est nous qui avons voulu, décidé, choisi » puisqu'elle survient inopinément comme toutes les autres. Et c'est un phénomène présent chez tout le
monde.
Le sentiment intime d'être l'auteur de cet "auteur qui veut" est absent. Donc pas d'identité personnelle fondée sur l'existence d'un auteur .
ou plutôt Bonne Journée puisque vous ne me lirez que ce matin,
Tout à fait d'accord avec : "CREER DU FUTUR", dans sa totalité.
Et la pensée : "Demain est l'opium du peuple" est faite pour moi. J'en suis la vivante illustration. J'ai une addiction au Futur parce qu'il me permet de me réfugier dans un monde rêvé où j'ai l'illusion de maîtriser le temps et mon avenir.
Bien que consciente de cette erreur j'oublie de vivre le Présent, ce qui exaspère tout mon entourage parce que nous n'habitons plus le même espace temps.
Il faudrait que je me désintoxique de ce besoin de projection dans un avenir qui ne ressemble jamais à mes attentes.
Que de temps perdu à faire des projets qui ne se sont jamais réalisés.
Mais comme ils m'ont permi de supporter un Présent parfois bien lourd !
Très amicalement, Marie-Claude.
Aucun souci, de toute façon, les projets, les projections, le futur arrivent maintenant. Quoi qu'ils soient, quoi qu'ils fassent, ils sont le présent.
L'identification au personnage du scénario aussi a lieu maintenant.
La conscience est action. C'est l'action qui a lieu juste maintenant.
C'est extraordinaire que nous soyons capables de nier le présent - action - pour pouvoir nous transporter - action - dans un autre temps. Parce que pour croire vraiment à notre scénario du futur, nous avons besoin de nier le présent. On ne peut pas, je vous l'assure, en même temps, être conscient d'être là, maintenant, et CROIRE que l'on est un autre plus tard.
jl