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Jeudi 8 octobre 2009

Un bon moyen de jouir psychologiquement est de s'identifier à un personnage qui accomplit de grandes ou de belles choses, des choses remarquables, ou qui jouit lui-même sensuellement ou psychologiquement.


C'est ce qu'on fait dans nos rêves éveillés, au cinéma en nous identifiant au héros ou à un personnage qui nous plaît, ou dans la vie en nous identifiant à une figure, une personne célèbre vivante quelconque dans le domaine qui nous interesse, ou à un personnage historique ou mythique.


Il faut dire que la culture consiste très souvent à rendre un culte au talent, au génie, aux exploits, au courage, au rôle prophétique, aux vertus, à la sainteté, à l'abnégation de personnages du passé, reels ou mythiques. (Voir France-culture)

On nous à farci la tête de récits et d'apologies de grands hommes depuis notre plus tendre enfance. Et ça continue.


Nous avons cette capacité de jouer, d'imaginer être quelqu'un d'autre, un personnage de notre invention. Parfois, sans lâcher les rênes de la réalité, parfois en nous prenant peu à peu, réellement, pour ce personnage.

Mais cela reste un jeu solitaire.


Le plaisir est bien supérieur quand cette faculté d'identification est maîtrisée et devient un moyen pour subjuguer, diriger les autres. Il est redoublé par le plaisir de la domination. Et c'est ce qui se passe quand on peut jouer l'identification à un homme collectif, et exploiter la croyance générale en la réalité d'un tel homme et l'aspiration générale à le prendre pour but ou modèle.


L'homme collectif perpétue la légende des grands hommes en se présentant à la fois comme un sujet supposé savoir, un juge, un serviteur des grands hommes, et un intermédiaire entre eux et la collectivité. Car un grand homme, tel qu'on le présente toujours, est une forme supérieure et accomplie d'homme collectif. Il incarne des valeurs collectives. Il suffit de changer de valeurs pour changer de grands hommes ou changer de maîtres.


Et c'est en tant que tel que l'homme collectif prétend se hisser au-dessus de la foule : instruire, juger, être fidèle, être un guide. Cela marche d'autant mieux qu'elle a pour modèles, des figures mythiques, et qu'elle croit à la puissance du savoir pour leur ressembler.

Récapitulons : qu'est-ce qu'un homme collectif ?


Il prétend représenter le bien général, il prétend exprimer le sens commun.


L'homme collectif pense que ce qu'il dit «est bon pour ce que les autres ont».
Ce qu'il considère être bon pour les autres – car lui-même s'abstrait - voilà sa justification, sa raison de parler. Son but : convaincre les autres qu'il sait ce qui est bon pour eux.


Il parle au nom des mots – du sens que tout le monde devrait donner aux mots - il parle au nom de la vérité contenue dans les mots – d'une conclusion que chacun doit tirer des mots pour lui-même.

C'est à dire qu'il part de l'idée que les autres donnent le même sens que lui aux mots , trouvent dans ses mots la même vérité que lui et donc qu'ils épousent les conclusions qu'il tire de ce sens et de cette vérité.
Il fait de sa pensée, la loi générale, en faisant du sens qu'il donne à ses mots : la référence.


Il lui faut donc essayer de représenter le savoir, un savoir que chacun doit reconnaître comme étant un savoir : une information partagée par la collectivité ou les gens éclairés.


L'homme collectif est donc censé pouvoir :

- instruire tout un chacun du sens partagé par une élite – notamment les grands hommes - ou les gens éclairés, car il connaît le véritable sens et la véritable valeur du sens.

- juger le sens que certains autres donnent, à tort ou à raison, aux mots, la vérité que certains autres trouvent à tort ou à raison dans les mots. Puisqu'il connaît le véritable sens, la véritable valeur.

- être fidèle aux autorités du passé en se réclamant d'elles, en se prétendant un connaisseur averti de ces dernières.

- guider, éclairer le chemin qui va d'une interprétation erronée ou de l'ignorance à la vérité.


Un tel homme n'existe pas. Malheureux est celui qui y croit et essaie à force de conformisme, d'efforts, de savoir, de parvenir à incarner un tel modèle.


Rien de collectif.

Ce serait croire en l'existence d'objets indépendants des sujets ou supposer que le référent d'un mot – chaque mot désigne, a un référent - est objectif. Mais il n'y a pas de référent objectif, le référent n'est que la pensée du référent. Où trouverez-vous un référent distinct de la pensée du référent ?

Ce que nous percevons, ce sont toutes les choses présentes. Et les choses présentes ne sont rien d'autre que nos perceptions présentes. Il n'y a pas de choses perçues distinctes ou indépendantes de nos perceptions. (la vision de l'arbre ou le toucher de l'arbre est l'arbre. Il n'y en a pas d'autre)

Ce que nous nous représentons, ce sont toutes les choses absentes. Les choses absentes ne sont rien d'autre que notre représentation présente des choses absentes. Il n'y a pas de choses absentes distinctes ou indépendantes de nos représentations. (La représentation d'une action passée ou du désir absent est l'action passée ou le désir à cet instant. Il n'y a rien d'autre)
 

La communication n'aboutit jamais à un sens partagé ou une vérité partagée. Il n'y a donc pas de connaissance possible d'un sens collectif.


Le maître jouit de pouvoir se servir de cette croyance en la réalité de l'homme collectif et des éléments de cette croyance, comme d'une technique pour subjuguer les autres quand il peut leur faire croire en la réalité de son savoir, en la justesse de ses jugements, en sa connaissance des grandes figures et en la pureté de ses intentions.


La jouissance du maître, c'est la jouissance d'une personne qui parvient à faire croire qu'elle incarne ce rôle, et qui sait exploiter cette croyance à son profit.


Il parle au nom de la collectivité, de la société. Ce qui veut dire qu'il exploite cette idée qu'il parlerait au nom des mots en indiquant l'action à appliquer à tout le monde ou l'action que tout le monde devrait accomplir. Il juge ce qui est bon et mauvais pour tout le monde, c'est à dire quel jugement tout le monde devrait porter sur les choses. Il décide des buts à atteindre, c'est à dire qu'il assigne à chacun le but qu'il doit poursuivre et les moyens d'y parvenir.
 

Le pouvoir exercé ? La transmission de ces idées, les effets intellectuels, psychologiques et émotionnels qu'auront sur nous leur adoption. Le fait de nous conduire à nous identifier à lui, pour le plaisir que peut procurer le rêve de dominer les autres, de décider – en nous abstrayant - ce qui est bon pour eux, de vouloir faire leur bonheur. Et le plaisir d'avoir des disciples. Et la confusion continue.


Le maître n'a même pas à prouver qu'il incarne réellement cet homme collectif.


Il ne peut que nous rendre dépendants d'une certaine forme de conformisme. La croyance aux mots, poursuite d'images abstraites, idéales, théoriques secrétées par les mots, c'est le malheur.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres quand le bonheur des autres – intérêts, pouvoir, célébrité – dépend du malheur des uns.


De quoi je me mêle ? Je suis le seul juge de ce qui est bon pour moi, des objectifs que je poursuivrai, des actions que j'accomplirai.


Pourquoi ça marche ? Parce que nous croyons au savoir, c'est le sujet du savoir, toujours insatisfait et en manque, qui mène le jeu en nous. Nous sommes dépendants du savoir même pour des choses qui ne dependent absolument pas d'un savoir.


La grand mauvais tour qu'on a joué aux enfants, a été de leur faire croire que les adultes étaient plus heureux qu'eux, plus libres qu'eux, plus vertueux qu'eux, plus détendus et ouverts qu'eux, plus confiants qu'eux grâce à leur savoir.


Mais la mise en oeuvre d'un savoir, de pensées, mais d'être celui qui applique un savoir, permettent-ils d'être vertueux, ouvert, clairvoyant, heureux, libre, détendu, confiant ?

Par Jean Louis - Publié dans : autorité
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