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Lundi 28 septembre 2009

Qu'est-ce qui nous empêche de tout laisser tel quel ? Le sentiment d'y être pour quelque chose.


Une absence totale d'implication dans ce qui arrive, ou de rapport, de lien avec ce qui arrive, permettrait d'être impartial avec ce qui arrive. Ce qui n'interdit nullement une action qui découlerait tout naturellement de la nature de ce qui arrive, même si ce qui arrive peut avoir des conséquences pour soi.


Par exemple, une moto double très tardivement un véhicule qui vient en sens inverse. Nous freinons pour ne pas la percuter. Nous n'avons rien à voir avec cette manoeuvre de la moto, pas de remise en cause. La vision de la situation a commandé notre geste.


Le conducteur n'est pas impliqué, sauf s'il est un peu «macho» et offusqué qu'on puisse l'obliger à freiner, ou s'il se prend pour un moraliste et est contrarié par la mauvaise conduite du motocycliste.

Qu'est-ce qui nous empêche de tout aborder sans nous sentir impliqué, même et surtout par nos désirs, nos pensées, nos émotions ? Le sentiment que notre image, notre idée de nous-même est en jeu.


D'ailleurs quel scandale pour nous, parfois, de constater qu'un enfant ne semble pas du tout se sentir responsable, impliqué dans certaines de ses actions ou dans certaines situations ! Ce n'est pas l'acte qui nous offusque le plus, c'est l'insouciance – l'apparente amoralité - de l'enfant, son absence d'émoi ou de moi.
«Il n'y avait que cela, la vie qui arrive. Rien. Le non-savoir, la candeur» disait Liza HYDE.


Il n'y a pas de possibilité de tout laisser tel quel quand un moi ou un «je» se manifeste en tant que but, enjeu.

Et c'est le cas lorsque l'objet de conscience a du sens pour le moi.


Après tout, il y a beaucoup de choses dont nous sommes conscients, beaucoup de choses que nous percevons, qui sont comme le motocycliste. Pas d'implication, pas d'enjeu, pas de mobilisation d'un soi.
Autrement dit, que je sache, toutes ces choses dont nous sommes conscients et qui ne nous dérangent en rien, ne nous définissent pas, ne nous qualifient pas, ne nous caractérisent pas. Elles ne disent pas qui nous sommes. Elles ne nous nomment pas.


Ce n'est pas de l'indifférence, c'est quelque chose d'impersonnel. Nous sommes tranquilles à cet égard. Il n'y a pas de nous, mais il y a conscience. C'est laissé tel quel.


A moins que nous n'en faisions une histoire : « Tout ce qui arrive, un bouton de rose qui s'ouvre – et les pensées vont en faire toute une histoire : oh il est si beau, c'est si romantique» (Unmani Liza HYDE .- Je suis la Vie même .- Ed. L'Originel)


Quand un certain sens s'en mêle, il nous emmêle. Ce sont des pensées incluant une certaine idée de soi, des pensées introduisant des valeurs humaines, positives ou négatives, d'un genre ou d'un autre, des pensées dessinant une certaine image de soi, des pensées mettant en cause soi. Elles inventent un but, un enjeu pour soi, pour peu que nous y adhérions. Pensée vraie, moi vrai.


Si ce dont on prend conscience peut être interprété comme un enjeu pour notre désir principal – oh il ne faut pas que je pense, oh il ne faut pas être comme ça, oh ça c'est bien etc - cela doit être corrigé ou adapté pour être conforme. Réapparition du moi en tant que volonté d'être conforme au moi idéal.


U.G. disait : «L'objectif suprême que la société nous a désigné est précisément celui qui doit disparaître...(..)...Eliminez le principal désir, et tous les autres retomberont dans l'ordre naturel et ne poseront plus de problème pour vous ou pour le monde» (Le mental est un mythe .- Ed. Les Deux Océans)


Le moi est toujours à la merci de ce jeu instable des raisons, ne pouvant jamais coïncider avec son idéal.
Et «cette tentative même pour être en sécurité et sous contrôle est ce qui maintient le sentiment de séparation» (Unmani Liza HYDE .- Die to Love ) C'est le moi et ses intérêts renaissant.


Tribulations bien familières. Pour contrebalancer cela, le moi est très riche d'interprétations, de théories, de culture, de philosophie, d'expérience, de considérations diverses à travers lesquelles il filtre tout ce qui arrive. Isolement dans une tour d'ivoire.


Mais le moi en cause a-t-il choisi, façonné le sens qui le remet en cause ? Non !
Or, ce sens seul prétend que le moi y est pour quelque chose.

Et en tant qu'identifié à ce moi remis en cause, nous n'avons pas choisi ou façonné le sens qui nous remet en cause. Là, nous n'y sommes pour rien. Donc si quelqu'un est remis en cause, ce n'est pas nous.


D'ailleurs, nous ne trouverons jamais aucun enjeu, aucun but pour un moi, ailleurs que dans la socio-culture. Que je sache, cette socio-culture ne vient pas de nous.


Ce n'est qu'une pensée qui parvient à ses fins en prétendant que quelqu'un est en cause et que c'est nous. Mais ce moi n'est qu'un complément, un pronom ou un sujet dans une phrase. La mécanique de la langue, tout simplement. Cette langue-là ne prend pas racine en nous. Sans cette mécanique, que devient le moi ?


A la vérité, nous l'avons vu dans l'article : «Qui suis-je ?», la conscience ne connaît aucun moi, pas d'objet de conscience qui serait moi. Ce qu'il y a, c'est la conscience d'une reconnaissance, d'une sorte d'aveu quand nous nous rendons à cette pensée.


Quelle gigantesque sottise cette idée que ces mots – je, moi, il, me etc - désigneraient quelque chose de réel !

Pas de but endossé, pas de "je" pérenne. Pas de volonté de présenter ou de sauvegarder une certaine image de soi, possibilité de tout laisser tel quel.


Pas d'objet objectif, indépendant des sujets, servant de référence. C'est une illusion. Pas de sujet impliqué, engagé dans ce qui arrive non plus. C'est une autre illusion. Ni objectivité, ni subjectivité.

Tout ceci pointe vers des phénomènes psychiques et propose quelque éclairage, mais ces phénomènes sont à observer par chacun directement.

Par Jean Louis - Publié dans : Moi
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