Recherche

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>
Mardi 22 septembre 2009

Nous avons vu que la pensée ou la parole nous transportaient dans un temps et un lieu virtuels où il se passait des événemets virtuels et où nous accomplissions des actions virtuelles.


Mais il y a aussi du présent dans la parole et la pensée. Bien sûr celui de l'énonciation, de l'audition ou de la lecture (le sens dont on prend conscience à cet instant), mais pas seulement. Et elles doivent justement leur pouvoir à ce présent. Il ne peut en être autrement puisque la réalité et notre vie, sont ce qui se passe à cet instant.


Nous avons vu aussi qu'en tenant pour vrai cet univers virtuel et en agissant en fonction de lui (film) nous le transformions en réel.


La parole ou le verbe fournissent de multiples moyens d'action sur l'auditeur pour qu'il prenne en compte, d'une façon ou d'une autre, les postulats ou l'univers virtuel créés. L'attention est dirigée vers le postulat, du seul fait qu'il est souhaitable de le comprendre, et nous sommes souvent dupes de l'autre dimension de la parole : les affects qui sont postulés.


Tant qu'un événement, un fait – perception des sens, sensation, pensée – n'est pas nommé, tant qu'il reste un simple phénomène pour la conscience immédiate, il n'est attribué à personne et ne trouble personne.

Dès qu'un mot, un concept est associé à cet événement, ce fait, ce phénomène, ce mot ne reste pas isolé. Il s'insère immédiatement dans du sens, dans une pensée.
Le concept devient un objet pour le sujet dans la pensée, et le sujet est séparé de l'objet tout étant relié à lui de façon définie et supposément définitive.


Or, il se trouve que ce sens, cette pensée sont presque toujours un jugement, une évaluation. Qui dit jugement, évaluation dit affect. Le rapport entre sujet et objet, dans la phrase, est un rapport d'amour ou de haine, d'attraction ou de répulsion. Cela représente un mouvement, une tension.


La pensée, en tant que libellé, est inerte, impuissante. Si elle est méprisée, elle reste lettre morte.
Nous apportons notre énergie, nos sentiments, nos affects à ce mouvement, cette tension purement verbaux pour les animer, et nous nous identifions au sujet. Nous sommes mobilisés, investis pour rejeter le concept ou tendre vers lui, vouloir le changer ou le conserver. Sujet = Je.


Nous possédons, en mémoire, un stock considérable de pensées-jugements, c'est à dire d'affects prêts à surgir, à s'investir, à nous mobiliser. Il suffit de les réactiver.


Il y a de nombreuses façons de réactiver, sur l'instant, nos jugements, nos passions, nos affects. Ficelles du verbe. En voici quelques unes.


1 - Essai de transfusion d'un sentiment de savoir.


« Aujourd'hui, on aide les enfants à développer leur personnalité, à prendre conscience d'un tas de choses. Ils sont plus intelligents, plus vifs, mais plus angoissés. On s'en occupe très bien à la maternelle et à l'adolescence, on les abandonne. La société ne prend pas le relais des parents.» (CYRULNIK)

C'est ce que l'auteur prétend. Invérifiable. Mais vous n'allez pas mettre en doute son savoir. Pour des parents inquiets, prévoir les risque est important.



2 - Essai de transfusion d'un sentiment d'échec.


« La rentrée syndicale est assez mollassonne. Normalement vous faites de grandes déclarations : la rentrée sociale va être chaude « Nicolas DEMORAND (France 5 - 20 sept 09)...

La 5 fait les programmes de la 5, pas ceux des manifestations. Ses critères et attentes sont nuls et non avenus. Mais pour un responsable syndical, le pouvoir de mobilisation des travailleurs est important.



3 - Essai de transfusion d'un esprit retors. On prête à son interlocuteur des désirs, des intentions machiavéliques.


«Ces scrutins organisés par des partis politiques, tout ça, c'est pour se faire mousser» (France inter. 21.09 Interview de Besancenot Une réaction d'auditeur à propos du vote à la Poste.)
La droiture ou l'honnêteté d'un leader politique est importante.



4 - Essai de transfusion du sentiment de posséder une vérité. On place l'interlocuteur en position de savoir, de généralisation très gratifiante. Fausseté, hypocrisie.


«Si tu coopères, tu en seras gagnant ! En effet si tu agis dans ton coin, que tu veux toujours " tirer la ficelle " à toi, tu n'arriveras pas à obtenir ce que tu veux. Dans la vie, il faut faire des concessions pour pouvoir s'entendre, vivre avec les autres. Coopérer, ça enrichit la vie !" (L'heure de la morale en Alsace-Lorraine : par Jeanne-Claude MORI institutrice)


A partir de là, l'enfant adopte le principe de coopération comme une vérité à laquelle tout le monde doit se soumettre et qui lui donne à penser qu'il incarne le bien collectif. Les adultes aiment penser qu'ils détiennent une vérité générale dans un domaine ou un autre.

 

5 - Essai de transfusion d'un sentiment de satisfaction personnelle parce qu'on aurait trouvé une solution.

«Vous avez découvert ceci» «vous avez trouvé cela» «c'est ainsi qu'il faudrait faire selon vous ?» «vous défendez l'idée...» etc Idée que l'on aurait trouvé une certaine vérité.

L'idée que l'on est capable d'être juste, clairvoyant est importante.



6 - Essai de transfusion d'un sentiment de culpabilité ou de médiocrité. On place l'autre dans une situation morale donnée et on lui dicte sa conduite.

 

"On se regarde un jour dans les couples d’en face, et on n’a plus rien à se dire, on ne s’est pas aperçu que, pendant dix ans de vie commune, on a passé son temps à s’occuper de ce genre de petits riens, plutôt que de s’occuper de ce qui était fondamental pour la vie du couple.«

(Philippe AUBERT de l'Eglise Réformée, paru dans la revue "Vivre")
Référence aux ideaux de départ pour un couple.



7 - Essai de transfusion d'un sentiment d'orgueil. On s'attaque à la fierté, à l'image de soi de l'autre.

«Vous n'êtes pas capable de faire ceci» «Je compte sur vous pour faire cela» «Êtes-vous à la hauteur ?» etc



Tout cela est à effet immédiat. Tous ces jugements touchent à des valeurs répandues, admises, jamais reniées. Parents avisés (1), efficacité dans le travail (2), innocence ou pureté des intentions (3), sagesse (4), génie personnel (5), grandeur d'âme ou élévation de l'esprit (6), trempe (7). Autant de valeurs dont le moi est prisonnier, autant de composantes obligatoires de l'image de soi.


C'est à une communion-régression que le locuteur nous convie en simulant la compréhension, l'empathie.

Pourtant, dans l'attention à l'ici et maintenant du locuteur, on voit qu'aucun sentiment n'est ressenti par lui, il n'éprouve aucun de ceux dont il parle. Ils appartiennent au monde virtuel dont il est question. Ils sont ainsi maîtrisés, mis en scène.


En fait, ce sont nos propres affects, réactivés, ressuscités, qui remontent et se manifestent maintenant parce que des valeurs essentielles au moi ont été mises en balance et non ceux du locuteur.


Nous voyons bien qu'il suffirait que l'on soit indifférent à une – ou plusieurs – de ces valeurs, pour que le jugement, l'insinuation n'aient aucun pouvoir sur nous.


Nous voyons bien que tout l'art de l'échange repose sur la manipulation du moi. Grâce à un entraînement, un savoir faire, cela fonctionne presque tout seul.

Ce que l'on retrouve le plus souvent, c'est la flatterie et la provocation.

En restant ouvert à ce qui se passe ici et maintenant - ce qui vient des êtres est vivant ; il n'y a rien de vivant dans le verbe, et pour cause, il est inexistant - en considérant froidement, impartialement les propos de l'autre, en abandonnant tout intérêt personnel, en coupant tout rapport avec le passé, on se libère des pièges du moi dans lesquels le locuteur prenait un malin plaisir à nous faire tomber.

Dans le cas contraire, une volonté de paraître conforme à la valeur se déploie, on se contrefait, et on tombe dans le piège tendu.

Par Jean Louis - Publié dans : Parole
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Retour à l'accueil
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés