Le monde vit sous tension. Pas étonnant qu'il se produise des étincelles, court-circuits, explosions, incendies.....
Nous avons essayé de montrer, notamment dans l'article : "La volonté, 3" , que le « je » pouvait être identifié à la volonté ou confondu avec elle. (ou inversement)
On exerce sa volonté pour atteindre un but. L'existence, la prise en compte d'un but suppose une volonté.
Avons-nous pris conscience que nous ne pouvions pas vivre sans avoir un but ?
Dans la conscience, en arrière-plan, en sourdine, ou très présent, toujours, il y a un but. Inimaginable, impossible de vivre sans aucun but. Essayez de le concevoir. Le but, l'objectif semble
chevillé à l'être, inhérent à la vie. Il permet de se mettre en mouvement. Et la vie, c'est le mouvement. Le but crée aussi le futur.
Il y aurait quelque chose de profondément contraire à notre instinct, à notre nature, au bon sens, à la santé mentale de ne pas avoir de but. C'est vrai même quand
ce but, cet objectif concerne qui nous sommes.
Seulement le but se présente nécessairement sous forme de pensée. Pour avoir un but, il faut penser. (Essayez donc d'avoir un but sans penser) Avoir un but, c'est retenir, choisir, conserver,
garder une même pensée : la pensée du but. Changer sans cesse de pensée ne permet pas d'avoir un but.
Dans le but – dans la pensée - il y a l'idée d'une nouveauté, d'un autre état.
Avoir un but concernant qui nous sommes, c'est vouloir changer, modifier, transformer qui nous sommes. Nous nous mettons en mouvement vers une autre forme d'être.
Ce qui signifie que nous n'acceptons pas qui nous sommes. Sinon pourquoi vouloir être autre chose ?
Ne pas avoir de but concernant qui nous sommes, serait s'accepter. C'est pourquoi il est si rare de s'accepter.
La volonté de parvenir au but de cette pensée, c'est la tension. La volonté de rejeter et de transformer ce qui est concernant qui nous sommes (et ce que sont les autres) c'est la tension. La
volonté que ce but devienne vrai, triomphe, c'est la tension. La peur de ne pas y arriver, la peur de s'en éloigner, c'est la tension. La peur d'être jugé, c'est la tension. Et pourquoi pas de
multiples buts, ou un but très important. Des volontés contradictoires ou une volonté forte. Tensions. Le tout se combinant, se cristallisant, c'est la haute tension.
Là, nous sommes vraiment devant un dilemme crucial.
Dans la socio-culture où l'on vit, il est clair que nous avons choisi d'essayer d'être ce que notre pensée, issue de la socio-culture, nous prescrit.
Cela veut dire être quelque chose de défini, d'identifiable, de connu. Cela veut dire être quelque chose de fabriqué, d'élaboré, produit d'un système de pensée ou d'une théorie. Cela veut dire se
contrôler et se confectionner en permanence conformément à une pensée.
Cela veut dire, et c'est profondément ancré en nous depuis que nous fonctionnons ainsi – des millénaires - un mental qui veut toujours savoir ce qui se passe, qui intervient pour mettre
un nom sur toute conscience, juger et déclencher la volonté de correction.
S'accepter, ne pas avoir de but à son sujet, c'est laisser les choses en l'état.
Cela veut dire absence de volonté. Cela veut dire absence de je. Être neutre, ne pas intervenir, c'est, en effet, se désimpliquer. C'est l'idée de mal et de correction qui faisait la corrélation
avec soi. Si tout est laissé en l'état, perçu sans opinion, tout est «désattribué» en quelque sorte, tout est impersonnel. Cela veut dire absence d'un soi fabriqué, ce qui signifie un soi
naturel, non trafiqué ou non falsifié.
C'est l'horreur ? Nous n'existons plus ? Nous pouvons faire n'importe quoi ? C'est plus ou moins ce qu'on entend.
D'abord il est faux de dire que c'est la stagnation. La vie ne stagne jamais, elle change, évolue, c'est un mouvement incessant. Mais pas un mouvement comme nous
l'aurions décidé.
ll est faux de dire que cette volonté, ce je sont personnels. Nous avons trouvé ce but dans la socio-culture.
Il est faux de dire que sans cette volonté de devenir quelque chose de décidé, nous n'existerions pas. Néant. Ce but, cette pensée, cette volonté n'existent pas tout seuls, par eux-mêmes, mais parce que nous existons. Nous pourrions tout aussi bien changer de but, de volonté.
Il est faux de croire que nous pouvons être quoi que ce soit de défini conceptuellement, que ce défini soit véritablement nous.
L'état sans tension, sans effort, est justement l'état que nous désirons et tentons d'atteindre en faisant des efforts.
Ce qui se passe, c'est que nous passons d'un état conçu par la pensée, d'un objectif pensé – toujours dans le futur - à une action immédiate : laisser tout
tel quel, qui a un effet immédiat.
Plus de tension, de volonté , c'est alors ce qui est. Cela ne conduit pas à l'anéantissement psychologique. On prend conscience, en laissant les choses
telles qu'elles sont sans intervenir, que l'activité psychique - les pensées particulièrement - peut se dérouler indépendamment de nous.
Un état de conscience naturel pasible apparaît. Si l'état de conscience paisible n'était pas naturel, le fait d'abandonner toute volonté, tout effort,
toute fabrication, ne conduirait pas à ce résultat.
« Vous ne sauriez comprendre l'incommensurable paix qui est là, en vous et qui est votre climat naturel « (U.G. - Rencontres avec un éveillé contestataire .- ed. Les Deux océans)
« si nous renonçons au contrôle et laissons tout tel quel – notre tendance naturelle est de nous éveiller. Nous sommes biologiquement et psychologiquement programmés en vue de l'Eveil « (ADYASHANTI .- Conscience pure et méditation véritable .- Ed. Ariane)
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