(Toujours cette histoire de généralisation)
Êtes-vous un homme collectif ?
L'homme collectif est défini par tous les mots qui auraient un sens collectif. Si on croit au sens commun des mots ou à une valeur collective, on est alors un homme collectif du point de vue de ses connaissances ou du point de vue de ses convictions. Ces mots sont alors des références collectives en matière de connaissance ou en matière d'objectif.
Tous les mots ont vocation à être collectifs.
La vocation collective des mots, c'est l'illusion qu'ils sont un pont, un trait d'union, un moyen de se comprendre ou de se reconnaître. Avec le mot, le locuteur
pense que l'auditeur pense à la même chose que lui ; et réciproquement, l'auditeur pense etc
Avec les mots qui expriment des valeurs positives ou négatives pour l'homme, la pensée que l'autre pense la même chose, c'est la pensée d'une charge
affective, positive ou négative, commune. Communion dans l'affect.
"Car l'angoisse nous contraint à la créativité, et la culpabilité nous invite au respect. Sans angoisses, nous passerions notre vie couchés. Et sans culpabilité,
nous resterions soumis à nos pulsions. L'angoisse n'est digne d'éloge que lorsqu'elle est source de création. Elle nous pousse à lutter contre le vertige du vide en le remplissant de
représentations. Elle devient source d'élan vers l'autre ou de recherche de contact sécurisant comme lors des étreintes anxieuses. « (CYRULNIK)
Le lecteur ne pense pas que l'auteur pense à un autre sens que lui pour ces mots. (Et pourtant !). Nous pensons que CYRULNIK parle de notre
angoisse, de notre créativité etc A concepts collectifs, connaisseur collectif, commun. A valeurs collectives, chercheur, sujet du désir communs.
A tous ceux qui réussissent à susciter notre croyance dans le fait qu'ils savent qui nous sommes, comme CYRULNIK, on peut attribuer cette pensée sous-jacente : Je vous connais. Je sais qui vous
êtes. Je sais ce qu'il faut être, ce que tout le monde devrait être, je suis là pour définir l'homme collectif. Je parle au nom du sens commun des concepts. Je parle au nom des valeurs
collectives, objectifs de tous. Et vous, vous êtes là pour être cet homme collectif.
Comment cette croyance s'installe-t-elle ? Suffit-il de parler ou de penser ?
Avant, on n'aurait pas imaginé être semblables. Il n'y a personne pour être comme ceci ou comme cela sans les mots. Il suffit d'utiliser un mot
connu de tous, pour tout changer, créer des supposés sens et connaisseurs communs.
On ne voit pas que la pulsion, la culpabilité, la créativité etc de l'auteur n'est pas notre pulsion, notre culpabilité, notre créativité. On ne voit pas qu'il y a deux
connaisseurs et deux chercheurs différents.
Sommes-nous même ce connaisseur ou ce chercheur suscité par notre propre sens des mots, notre propre pensée ? Sommes-nous quelqu'un, y-a-t-il quelqu'un en nous qui peut être désigné par un mot ?
Sommes-nous l'objet d'un mot ?
Non, mais chacun d'entre-nous peut constater à cette occasion : vous me faites imaginer une entité que j'imagine que vous connaissez dès que je pense que
vous me pensez. Autrement dit, c'est « je » qui vous imagine, qui pense à votre place. Je est l'autre.
Mais parce qu'il serait commun, ce sens est tenu pour vrai : identification au connaisseur du sens. Et parce qu'elle serait commune, cette valeur est tenue pour
réelle : identification au chercheur.
L'auteur tire parti de cet investissement commun en mobilisant le lecteur, en sollicitant des conclusions et des actions communes. (les verbes notamment) Il fait appel à cet homme collectif,
prend à témoin cet homme collectif, parle au nom de l'homme collectif, tout particulièrement lorsqu'il s'agit de supposées valeurs collectives.
On croit être l'homme collectif, objet de la pensée de l'autre, alors que l'on est l'objet de sa propre pensée.
Ce mot, cette valeur sont des fictions (imaginaires propres, réalités virtuelles). Ils font de nous des objets fictifs, des êtres virtuels.
Cela fonctionne pourtant très bien parce que cela nous prend par notre péché mignon : nous nous identifions à l'auteur, sujet supposé savoir comment faire tout ce qu'il dit sans le faire, et
sujet supposé pouvoir s'unir avec l'homme collectif suggéré tout en restant un sujet supposé savoir séparé. Plaisir d'ego. (Voir «Désirs d'ego, 3»)
Celui qui pense pour tout le monde, qui fait un système, qui parle au nom de tout le monde, parle au nom du symbole suprême de cet homme collectif : la société.
La société, qui n'est qu'un concept, une super-fiction, est le miroir de toutes les croyances en un homme collectif. Il s'agit, pour ceux qui parlent en son nom, de
manier, encourager, le sens et les objectifs que chacun croit être ceux de tout le monde ; en fait de conforter une croyance en un sens et des objectifs les plus généraux et représentatifs qui
soient.
Seulement évidemment, cet homme collectif imaginaire a toujours des problèmes. Les discours à visées collectives ont des problèmes, les valeurs ont des problèmes,
le discours établi a des problèmes, les autorités ont des problèmes quand il s'agit d'expliquer, d'assimiler, d'intégrer les faits, les comportements.
Ce n'est pas vous qui avez des problèmes, sauf si vous prétendez être cet homme collectif, cette pseudo-autorité, c'est la socio-culture dominante. Vous, vous existez réellement, vous
n'êtes par réparateur d'une socio-culture dominante irréelle. Vous en êtes plutôt la victime.
On vous a demandé de donner votre opinion sur les différents thèmes de société à l'école et dans toutes les institutions ou entreprises, mais ce n'était pas pour en tenir compte, c'était pour
vous habituer à la posture collective, vous formatter et vous intégrer. L'école est grandement conservatrice ou réactionnaire et obscurantiste.
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