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L'ego, c'est soi quand on est devenu le penseur de soi - fonction du désir ou idéal principal - en même temps que l'objet de cette pensée. La certitude et
l'aboutissement d'un «je me pense».
Ce qui fait qu'on ne peut pas être, sans être obligé de paraître autre chose que ce que l'on est. On paraît être ce que telle pensée décide.
« Je voulais être quelque chose de différent de ce que je pensais être « (U.G.)
Nous aussi. Mais nous ne sommes pas ce que nous pensons être . Alors vouloir être différent de ce que nous ne sommes pas est tout à fait absurde. Non ?
L'adulte fait tout pour être pensé par l'enfant, pour susciter chez lui une pensée. Manifestations et expressions dans sa direction. Et pas n'importe quelle pensée
: celle qu'il pense l'enfant. Notre pensée initiale, primordiale de l'autre est la pensée qu'il nous pense.
Dans ce jeu de miroir interne né de la croyance dans une communion avec l'autre autour de l'idée qu'il nous pense, l'ego a une impression de puissance ou de pouvoir : je me pense comme je crois
que tu me penses.
Mais d'un autre côté, il est séparé de l'autre à qui il doit sa naissance. En me pensant, l'autre se sépare de moi. Maintenant, s'est installé en moi l'idée d'une relation, non pas interpersonnelle, mais inter-objets-de-pensée : pensée de l'autre - pensée de soi épousant la supposée pensée de soi de l'autre. Séparation.
Or, l'autre me pense effectivement sous la forme d'une demande, d'un désir qu'il veut que je satisfasse. Ma pensée de l'autre est la pensée d'un désir et je me pense comme quelqu'un qui peut
satisfaire le désir de l'autre, répondre à ses conditions. Et cette demande passe par le sens.
Notre pensée initiale, primordiale de l'autre est la pensée qu'il nous pense en nous demandant, personnellement, quelque chose.
De toute façon, pour que l'ego continue, il faut que l'idée de l'autre continue, que l'idée de la demande de l'autre continue, que le désir de satisfaire l'autre
continue. L'autre, en tant que personne particulière, venant à décevoir, changer, disparaître etc il doit être remplacé par Dieu, une cause, la société, le grand amour etc Quelque chose
d'intangible, de constant. C'est une garantie pour l'ego.
Comment peut-on penser, d'ailleurs, que d'envisager des qualités morales, une qualité d'être supérieure, un salut pour soi, l'espoir de se hisser au-dessus du commun n'est pas une ambition
egotiste ? Le but est soi.
L'ego cherit l'idée d'être réuni à l'autre en répondant à la demande. Mais il prétend contrôler ou maîtriser cette union, savoir comment parvenir à cette union, tout en restant lui-même, tout en
continuant à exister par lui-même, en continuant à se penser.
Identité : il veut rester lui-même, tel qu'il croit qu'il a été reconnu, choisi pour être celui qui va satisfaire la demande. Et il veut être identique à l'autre,
il veut s'unir à l'autre, se fondre dans l'autre. Désirer s'unir à l'autre, il en est conscient. Désirer rester lui-même et séparé, il n'en est pas conscient.
Désirer s'unir à l'autre, nous venons de voir comment cela se passe. Comme la demande passe par le sens, c'est croire en la pensée que son sens - le sens de sa pensée, de ses paroles - est le
sens de tous. C'est croire que l'on partage la supposée communauté de savoir et de jugement dont l'autre, l'autorité, aurait la connaissance. C'est la quête éternelle de la conformité au savoir
de la supposée autorité. C'est l'espoir d'être comme elle. Car le savoir suppose d'être appliqué et il permet d'être reconnu.
L'autorité est censée posséder la vérité de l'acception des concepts et la vérité contenue dans ces concepts. Autrement dit, par exemple : la vérité au sujet du
sens du mot amour, et la vérité au sujet de ce que l'amour peut représenter pour nous. L'autorité prétend connaître la vérité sur la réalité désignée par le mot ou sur son référent. Et nous
espérons produire un sens qui s'approche de cette vérité sur l'amour.
Tant que l'on croit en l'existence d'un tel savoir et de son détenteur, cela continue.
Nous parlons ici du savoir-croyance, du savoir inexpérimentable parce qu'il ne concerne aucun objet des sens. Croire ses pensées, c'est croire que les
autres pensent la même chose.
Que se passerait-il avec ce désir de satisfaire l'autre si l'espoir d'une union durable de l'ego avec l'autre était vu comme totalement vain, si on réalisait que
l'ego ne peut absolument pas ne pas rester à jamais séparé ; ou s'il était vu que l'autre et soi n'étaient jamais que nos propres idées, que tout cela n'était qu'un jeu interne ?
A l'école, partout dans la société, dans les conversations, on nous demande de penser pour les autres, de faire comme si on avait à juger ou à prendre des décisions
pour les autres, de jouer le jeu de la généralisation : d'être tout le monde. On nous compromet en flattant notre ego, on nous conditionne pour que nous trouvions tout à fait naturel que l'on
pense et décide pour nous en retour.
C'est un soulagement d'abandonner toute prétention à la généralisation, d'exprimer son ressenti, son point de vue, de rendre compte de sa situation, tout en étant bien conscient que cela n'est
valable que pour soi et sa situation. Les mots sont presque les mêmes, mais notre rapport à eux est différent.
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