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La plupart de nos connaissances ne sont pas des connaissances basées sur des expériences dont les conditions et le résultat peuvent être assumés par nous et
vérifiés par d'autres, mais des croyances.
Dans la vraie connaissance, la source est accessible à tous. C'est la condition de toute vérification et du caractère universel du savoir.
Dans la croyance, la source est une représentation personnelle, individuelle, qui dépend de ses conceptions tirées de la culture. Elle est parfaitement abstraite, symbolique. La croyance est une
pensée sur une pensée.
« Lorsque dans une conversation entre amis de bien la parole jaillit de la bouche, la pensée, spontanée, sourd de l'esprit. Dès qu'il y a enjeu, examen furtif de la
pensée, la discrimination compute, les samskâras s'ouvrent, les germes karmiques entrent en action. C'est la pensée pensée. C'est la souffrance.» (NAN-SHAN .- Au Sud des nuages .- Ed. Les Deux
Océans)
Par exemple : Dieu est une création de la culture. On ne le trouve que dans les paroles et écrits des hommes. On en trouve même plusieurs Pas de connaissance à partir d'une source commune. Chacun
s'en fait une idée à partir des représentations permises par sa propre culture.
A partir des seuls mots, on ne peut, on ne fait qu'imaginer.
En fait, l'essentiel de la culture est fait de croyances. L'essentiel des concepts sont des objets de foi. Nous baignons dans la crédulité, la superstition.
Et ce n'est pas la raison qui nous sauvera. Nous allons voir que dans la croyance, ce n'est pas tant la logique, le raisonnement qui sont en cause, c'est
l'existence des entités désignées par les concepts.
Nous nous sommes construits et nous vivons sur la base de ces croyances, elles nous identifient. C'est pourquoi nous investissons tant d'énergie intellectuelle et affective pour les défendre et
les consolider. Désir d'ego. Le je est adossé à cela et occupé à cela. Il y a mis sa foi.
Ces croyances ont donc comme origine et comme seule garantie la parole des autres. Ce qu'on nous a dit, si on l'a retenu, c'est qu'on l'a cru.
Elles ne sont jamais vérifiées et ne risquent pas de l'être pour la bonne raison que ce ne sont que des opinions. (Pensée pensée)
Puisqu'il ne s'agit que de croyances, puisqu'elles s'appuient sur la parole des autres, le seul moyen pour leur donner du crédit, si on veut pouvoir continuer à exister tel que l'on est, est de
rendre crédible, convainquante, probante la parole des autres. Les autres, l'autre, une idée qui se déplace.
C'est la recherche du supposé consensus, de la supposée communauté de savoir et de jugement. La croyance têtue dans la communauté des concepts.
La croyance au consensus est l'acte de foi nécessaire.
Ce n'est pas vrai parce que nous l'avons vérifié - dès lors nous pourrions gérer cette vérification - c'est vrai parce que c'est reconnu, admis par
certains.
Mais pas de souci, la société et ses représentants s'occupent tout particulièrement de transmettre, de vérifier, de fortifier les croyances auxquelles ils tiennent. Allez, dites comme moi, faites
comme moi !! (Nous y reviendrons)
Et nous voilà dépendant de tas de gens, nous voilà conduits à défendre leur honorabilité, leur crédibilité, leurs qualités puisque nos croyances en dépendent.
Un concept, plus particulièrement un signifié, devient un savoir s'il est commun. Commun, cela signifie que tout le monde doit être d'accord pour reconnaître que la chose désignée est telle que le signifié le postule ou telle qu'un certain sens commun le postule. En employant le mot et tablant sur cette généralisation, on prétend se servir de cette connaissance reconnue par tous.
Comme si on faisait usage d'un savoir. Désir d'ego.
Par exemple : «je pense, donc je suis». La pensée (la chose elle-même) doit être telle que le sens que je donne au mot le postule. Si je peux croire que ce sens est le sens commun, ce sens se
présente comme un savoir sur la chose «pensée».
Croyance dans le consensus, protégée par le fait qu'il n'existe aucune source commune. Le mot ne renvoie qu'à son imaginaire personnel.
Le penseur devient le croyant en ce sens qu'il adhère à la pensée que son sens de « pensée » est le sens de tous, c'est à dire que c'est vrai. Car la vérification est difficile. Qui
peut prétendre connaître cette chose même que l'on appelle pensée ?
A plus forte raison si on utilise des concepts qui prétendent dire qui nous sommes. Jamais vous ne trouverez les choses désignées par ces mots.
Ils ne peuvent pas renvoyer à autre chose que de l'imaginaire. Pas de source commune. Et rien ne permet d'isoler dans la conscience les réalités correspondant aux
concepts. La conscience est un tout. Seules les représentations des concepts sont distinctes, ce sont elles seules que le connaisseur repère comme une grille artificielle plaquée sur la
conscience. Comment prétendre qu'un fait de conscience soit identique chez tout le monde et soit défini par la culture ?
Renoncer à l'idée que le sens des mots est le même pour soi que pour les autres , c'est à dire que les mots que l'on utilise sont communs, c'est renoncer à la dimension collective des
mots.
Renoncer à cette généralisation, à cette dimension collective, c'est renoncer au savoir. Cela veut dire que les mots que l'on utilise, ou que les autres utilisent
n'ont plus ni sens, ni valeurs communs. Tout juste peuvent-ils pointer vers une source commune ou un objet réel quand ils existent.
C'est se liberer de la responsabilité de rendre valables ces concepts pour les autres.
C'est ne plus prendre ce que disent les autres, pour soi, surtout quand ils prétendent parler de soi.
C'est ne plus être engagé par la prétention à la généralisation des mots.
C'est, du même coup, renoncer à l'idée de convaincre qui que ce soit ou la fin de la crainte d'être convaincu par qui que ce soit.
C'est aussi ne plus dépendre de personne. C'est cesser de chercher une hypothétique reconnaissance.
C'est ne plus croire à l'objectivité des connaissances.
Le penseur est un croyant. Le vrai savoir nous laisse en paix. Il ne dépend pas de nous. Et il est sans rapport avec un sujet. La croyance, elle, est une tâche, un souci de tous
les instants.
Seule utilité de ces croyances : servir de signes de reconnaissance, constituer des coutumes. Mais aucun rapport avec la vérité.
« Je ne sais rien. Je suis complètement perdue. La seule chose que j'ai toujours sue, c'est que je ne sais pas....(..)...La reconnaissance de la Vie telle qu'elle est, est la reconnaissance de ce
qui est déjà et a toujours été : le non-savoir. C'est ce que je suis. L'absolu innocent non-savoir» (Liza HYDE .- Je suis la Vie même .- Ed; L'originel)
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