Surmoi :
Il se constitue à partir du moi par identification de l'enfant au parent symbolique incarnant l'autorité. Il exerce les fonctions de juge. (Psychologie.com)
Il exerce sur le moi un rôle de contrôle ou de censure. (L'internaute.com)
Bien sûr, le surmoi et le moi, le juge et le jugé, le contrôleur et le contrôlé, le censeur et le censuré, (Le Juge et la Victime d'après Don Miguel RUIZ) tout
cela, évidemment, c'est moi.
Que peut-il sortir de bon d'un conflit, d'une guerre interne permanents ? Rien. Conflit ou guerre ne peuvent qu'être extériorisés, exportés, transposés, projetés. La justesse ou la pertinence des principes du surmoi reste toujours à démontrer. La conformité du moi n'est jamais acquise. Ce qui est, ce qui se passe, c'est la guerre et les souffrances.
Ce qui tient très fort, c'est le rapport, la relation juge-victime. L'investissement se porte sur cette relation toute interne, mentale. Elle accapare les
sentiments. Quelle différence peut-on faire d'ailleurs entre un jugement (partis-pris, goûts etc) et un sentiment ? Dans les deux cas il s'agit d'amour et de haine.
Ce n'est qu'une prolongation de la façon dont les parents ont aimé l'enfant, une façon de faire vivre ce supposé amour.
Tout ceci repose sur la croyance en l'existence des concepts de bien et de mal. Un bien et un mal au-dessus des hommes, indépendants d'eux, transcendants, valables
pour tous, et qu'il faudrait découvrir.
On ne peut penser le bien ou le mal sans penser la société, sans vouloir établir une loi, des règles collectives qui s'imposent à tous, qui sont au-dessus de tous. On ne
peut penser la société sans penser le bien ou le mal pour tous.
Croyance en l'existence du bien et du mal, croyance au Père, à la Loi.
Mais notons bien que c'est toujours quelqu'un en particulier qui pense pour tout le monde. Penser le bien ou le mal, c'est s'ériger en juge universel.
Le concept de société (de peuple, de nation etc) est un cache-sexe pour tous ceux qui rêvent d'autorité, ou pour tous les dictateurs en herbe.
Bien différents sont les concepts de bon et de mauvais qui renvoient nécessairement au sujet. Le sujet pris dans sa totalité garde l'initiative, reste la référence
pour savoir ce qui est bon ou mauvais pour lui. C'est son expérience qui compte, l'expérience de chacun, et non une loi générale.
Ce qui fonde l'égalité entre les hommes, ce n'est pas tel ou tel attribut ou faculté objectifs, c'est le fait que chacun est le seul à pouvoir parler pour soi, c'est la liberté individuelle, c'est l'inconnaissance définitive de l'autre qui exige son écoute.
Au lieu de penser à des sentiments et des comportements positifs issus d'un système moral ou d'un enseignement particulier, et de chercher une
égalité apparente, il s'agit plutôt d'être attentif, de respecter le ressenti et l'expression de chacun, sa liberté intérieure fondamentale. Un droit égal à la considération, quel que soit son
âge, sa catégorie sociale, son sexe, sa couleur de peau etc
Pensons à tout le bien que l'on a fait sans s'être demandé si cela était bon pour le destinataire. C'est qu'il aurait fallu lui demander, tenir compte de son avis. Evidemment, le paradis du bien, c'est le général, la théorie, loin des précisions pour savoir qui est concerné, quand, comment ou en quoi.
Le grand enjeu, au fond, n'est pas la défense de telle ou telle morale, c'est la légitimité de l'usage de concepts pour désigner le bien et le mal.
Un concept est valable pour tous. User de concepts de bien ou de mal c'est être en mesure de dire le bien et le mal pour les autres, ce qui suppose automatiquement que les autres peuvent
nous dire ce qui est bien ou mal.
Pour renforcer ou créer la croyance en la légitimité de l'usage des concepts de bien ou de mal, tous nos modèles, nos grandes figures, tous ceux sur
lesquels s'appuient nos sociétés sont des prédicateurs, des concepteurs de systèmes, des maîtres à penser. (Jésus et autres envoyés...)
Tout système est d'ailleurs, par nature, discrimant. Il sélectionne et exclut. (Voir les Evangiles)
C'est en tant que détenteurs et producteurs de vérités universelles que ces figures sont présentées, mises en valeur. Des
sup-pères-moi. Et nous essayons, à notre tour, d'énoncer des vérités universelles.
Puisque les mots peuvent exprimer des vérités eternelles et universelles, nous en déduisons tous qu'il faut chercher la voie, le salut dans les mots, et donc qu'il y a des mots capables de cela. D'où l'importance accordée à certaines paroles, à nos paroles.
On peut sans cesse se surprendre en train de reprendre à son compte une supposée autorité des différents concepts de bien ou de mal, de prendre les autres à témoin
de son allégeance aux concepts, ou on peut se surprendre en train de confirmer l'autre dans son droit de parler au nom du bien et du mal.
Allons, le signifiant est arbitraire, c'est une simple convention. Le signifié, la représentation est irréel. C'est un pur objet mental propre à soi. Les
mots sont des moyens, jamais une fin.
Toutes les lois, tous les concepts se dissolvent dans l'attention et la pénétration de la réalité.
" Il est impossible de comprendre et de punir à la fois " (Paul VALERY)
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