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Samedi 13 juin 2009
 

Au-delà de l'aspect physiologique et des capacités d'élocution propres à l'être humain, parler, c'est faire comme son entourage, c'est imiter, participer. C'est se mettre à la place du locuteur originel. On voudrait être l'auteur de ses paroles comme on a cru que l'autre était l'auteur des siennes.


On pourrait croire que la parole est un instrument de liberté et d'affirmation. En réalité, si on y croit, c'est surtout un instrument d'asservissement. C'est l'instrument du sujet, et le sujet ne peut jamais être libre, il est pris dans le sens.

 

Le mot est le moyen privilégié d'échange. Il semble, à voir comme il est investi, que ce soit l'enjeu principal.


Ce que l'on peut déjà constater, c'est que la société a organisé partout des situations, des contextes, des scènes, des rites ou des cérémonies, où des personnes accréditées imposent leur parole à des personnes soumises ou contraintes. Que se passerait-il si chacun de nous avait toujours eu la liberté la plus totale d'écouter qui il veut, quand il le veut, le temps qu'il veut ?
 

L'éducation consiste essentiellement à soumettre l'enfant à un lavage de cerveau intensif en profitant de la malléabilité de son esprit. On le contraint à apprendre et restituer les paroles des autorités sociétales. Pendant tout ce temps, il doit montrer qu'il a bien retenu, bien compris et bien répété ce qu'on lui a dit chez lui, à l'école, au catéchisme etc et qu'il s'y conforme.
Parler c'est rendre compte ou rendre des comptes. Toute une cohorte de personnes supposées savoir sont là pour jouer les juges et les prophètes.

Au bout de deux décennies, la servitude est bien installée.

 

On passera ensuite son temps à chercher, espérer, produire des stéréotypes, repères, clichés, à prendre les autres à témoin de son savoir, de sa conformité. En fait, on rêve d'un savoir qui n'existe pas. On mime, on quête ce savoir sans jamais le trouver. Que cherche-t-on ?


Parler, comme nous l'avons vu, c'est généraliser. Chacun croit pouvoir généraliser ou plutôt, pour la majorité, essaie de généraliser, de s'appuyer sur la dimension collective du sens des concepts pour tirer des conclusions générales. Tout le jeu est là.

Les repères sont des référents dont on ne discute plus.
 

Selon sa place dans la société, on peut plus ou moins prétendre incarner cette prétendue généralité des concepts et dire ce qui est vrai pour tout le monde. Avec des jugements, des sentiments, de l'émotion, cela va encore mieux.


On ne peut échanger qu'en tenant pour acquise une communauté de sens au niveau des référents des mots, qu'en acceptant la portée générale, la dimension collective de tous les mots que l'on emploie - comme des bases successives qui nous permettent d'avancer - alors qu'en réalité, tout ceci est faux.


En fait, nous ne regardons pas les choses en face de façon à pouvoir continuer à croire que l'on communique. C'est l'idée de communiquer qui est sacrée.
 

C'est la grande méprise. On a cru que nous ne partagions pas seulement les signifiants, mais aussi le sens de je ne sais quel référent commun. En réalité, au niveau du sens, il n'y a que des différences. Et quand il semble y avoir un accord, ce n'est qu'un malentendu. Vous pouvez vérifier.


Dans l'échange par les mots, rien de commun sinon des signifiants (sons, gribouillis) retenus et restitués. Tout le reste est propre à chacun. Ce n'est pas complètement étranger, mais c'est parfois très éloigné. En tout cas, ce n'est jamais superposable, jamais semblable. La raison en est que cela reste purement interne, mental, imaginé.

"Soyons clair : vous n'entendez jamais un seul mot de quelqu'un d'autre, quelles que soient les relations d'intimité que vous croyez avoir avec cette personne ; vous n'entendez que vos propres traductions ; ce sont vos mots que vous entendez." (U.G. Rencontres avec un éveillé contestataire .- Ed. Les deux Océans) 
 

L'idée que cette imagination passerait par les mots est une illusion. Ce qui rappoche les représentations, c'est seulement le fait que nous sommes dans le même monde, la même société et que les signifiants sont censés désigner des choses sensibles (quoique souvent, ce n'est qu'une projection d'une création mentale). Nous avons des référents, mais nous n'en avons pas la même représentation, nous ne leur donnons pas le même sens.

Faites toutes les expériences que vous voulez sur ce qui est communiqué, vous verrez.


Ainsi, tout a reposé sur cette croyance en des référents communs auxquels on donnerait le même sens.

 

La parole nous permet de jouer un rôle qui peut être reconnu. Mais personne ne parle, personne ne pense, c'est juste le souvenir réactivé d'une parole supposant un auteur ou émanant de quelqu'un comme au tout début. Une scène primordiale que l'on rejoue. C'est une identification aux premiers locuteurs. Si on regarde froidement, et dans le présent, ce qui se passe, personne ne parle, c'est machinal.


Dans la pensée, comme dans la parole, on imagine que le sens passe, sans altération de l'émetteur au récepteur. Mais ce n'est que notre pensée de l'émetteur et notre pensée du récepteur. Tout se passe dans la même conscience, la nôtre.


Parler, c'est se référer à ses propres représentations, et uniquement à elles. C'est vrai aussi pour les plus émminentes autorités.

 

Tous ceux qui prétendent parler des hommes en s'adressant à tout le monde, et dire la vérité, c'est à dire tous ceux qui prétendent incarner la vérité de l'acception des concepts et la vérité contenue dans ces concepts, sont des imposteurs.

"Nos mentalisations sont des elfes, des fées adorables. Mais si vous leur accordez la moindre parcelle de vérité, elles deviennent des dragons très dangereux. C'est ça qui nous tue. Le mal dont nous souffrons est un mal spirituel. Il consiste à produire des mentalisations et à les investir frauduleusement, sans en avoir la moindre conscience, d'une réalité de type autonome, objectif. Et c'est foutu, c'est le drame."

" L'effet rédempteur de l'éveil est de mettre en lumière - dans le champ entier de la conscience - toutes les mentalisations frauduleusement constituées en réalité.» (Stephen JOURDAIN .- Une promptitude céleste .- Ed. Du Relié)

Par Jean Louis - Publié dans : Parole
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