Pour tout ce qui est psychologique, c'est à dire tout ce que l'on peut penser à son sujet, tout ce qui a trait à : qui ou comment nous sommes, ce n'est
pas ce qui est, ce qui arrive, ce qu'il se passe qui nous gâche la vie, nous afflige, c'est ce qui n'est pas, ce qui n'existera jamais. Le non-existant.
Qui que nous soyons, quel que soit ce qui se passe sur le plan mental, psychologique, nous sommes heureux. C'est ce qui vient se poser en sus ou à côté, ce qui est imaginé, l'idée d'autre chose - le sens que l'on donne à ce qui est - qui gâche tout.
Dès que nous prenons conscience de nous dans le temps, pas un temps réaliste, mais un temps existentiel, et que nous imaginons autre chose que ce qui est, c'est fichu !
Se penser, c'est se penser autrement.
Nous ne sommes persécutés que par des utopies, des chimères. Ce qui n'existe pas est notre ennemi no 1. Ce qui est, ce qui existe, psychologiquement parlant, est sans problème.
Sans compter que notre effort pour dénier ou tordre la réalité pour la rendre conforme à ce qu'on voudrait va tracasser notre conscience.
Une pensée arrive, elle arrive maintenant. En tant que phénomène actuel, impermanent, elle n'existe pour personne. Cette pensée exprime quelque chose, maintenant.
En tant que manifestation actuelle impermanente d'un sens , elle n'existe pour personne. Personne, pas de problème.
Mais ce sens devient vrai ou l'objet de la pensée devient réel, en permanence, pour quelqu'un de permanent, nous-mêmes puisque nous y croyons.
Et pourtant, cet objet de pensée, comme tous les objets de pensée, est irréel. Ce sens, comme tous les sens exprimés par des pensées, est hypothétique, virtuel, irréel. Penser, parler consiste à créer des objets, des représentations mentaux. Penser, parler fait toujours référence à ce qui n'est pas, ici et maintenant. Cela s'appuie sur la mémoire des mots et sur des souvenirs. Même quand on parle de quelque chose de présent, on se transporte dans le passé pour en faire, grâce aux mots, un générique, une représentation hors du temps.
Comme nous l'avons dit : nous pensons que Dieu est éternel, Dieu est donc éternel, pour nous, pendant le temps très court où nous y pensons. Notre croyance est
forte, le temps que dure notre pensée. Si nous ne pensons plus jamais à Dieu, il n'y a plus de question.
Et toutes ces représentations, en tant que représentations, ces souvenirs, en tant que souvenirs, sont irréels. Prendre cette représentation elle-même pour la
réalité (représentation d'un Dieu éternel), être celui qui se base dessus - ce que fait le sujet du sens - est l'erreur.
Le sens ou l'objet doivent prouver leur réalité ou leur existence. En effet, nous pouvons tout aussi bien imaginer des choses chimériques que des choses expérimentables, porter des jugements faux
que des jugements plus justes.
C'est pourquoi, nous devrions nous poser la question : quand ? Quand comptons-nous vérifier l'existence de ce que nous imaginons ou la justesse du
sens ? Dans combien de temps exactement ?
Quand comptons-nous trouver les choses morales ou psychologiques dont on nous parle, et telles qu'on nous les décrit, parce qu'on passe son temps à nous les décrire. ? Quand
allons-nous vérifier l'exactitude de ce à quoi on croit ou de ce qu'on avance dans les domaines qui concernent notre existence ?
Si on ne sait pas, si on doute fortement de pouvoir le faire, c'est que nous vivons dans un rêve. Quel peut être le sort d'un sujet soumis à des objectifs
irréalisables parce que toujours imaginaires ? Quel peut être l'effet de désirs psychologiques que l'on ne peut satisfaire ?
Il est vrai que les religions ont un joker formidable : cela ne se passera pas ici-bas, mais dans l'autre monde, sauf que personne n'en est jamais revenu pour dire ce qu'il en est. Imaginaire.
C'est le sujet du rêve, ou du cauchemar, qui a des problèmes.
C'est le fait de penser, et de croire à des objets de pensée irréels qui nous rend malheureux.
Nous sommes là victimes, depuis notre naissance, de tous les rêves, de toutes les chimères qu'on nous a mis dans la tête à grand renfort d'autorité, de sentiments, de persuasion. Transmission par
principe, sans garantie. La pression du conformisme ou de la bonne conscience, la crainte de désobéir sont très forts, en famille comme au travail.
Nous faisons toujours crédit, nous faisons toujours comme si ce qui était postulé était vrai. Ou nous faisons une sorte de tri, de choix affectif, tenant pour
vraies certaines propositions sans les vérifier. Tout ce qui est pensé est irréel. On devrait donc toujours pouvoir baser nos idées sur des expériences réalisables par tous.
Ce n'est donc pas la peine d'utiliser des concepts abstraits - moraux, psychologiques et autres - concernant l'être humain, puisqu'ils sont tous chimériques, ils resteront totalement mentaux, ils
génèrent tous des sujets malheureux.
On dirait que certains psy commencent à l'entrevoir, sans aller jusqu'au bout de la logique, hélas. : «Ce qui est en cause, c'est le processus même de la
communication parentale qui consiste à parler sur l'enfant, plutôt que de parler à l'enfant. Une des clés fondamentales de cette réappropriation, c'est de ne laisser personne parler sur nous, et
de renvoyer ceux qui s'y risquent à leurs propres peurs, à leurs émotions.» (Jacques SALOME)
La psychologie n'est-elle pas, par définition, la «science» de parler sur les gens, sur les différentes catégories de personnes, selon des théories générales ?
Il n'y a de sujet que de sens. Le sujet n'est pas le sujet d'une perception du sensible, d'une conscience de ce qui est, c'est le sujet d'un objet
purement mental.
Il n'y a de sujet malheureux que de sens utopique. Mais imaginez un objet plaisant sans perdre de vue qu'il est irréel et sans du tout espérer que vous l'atteindrez, et ce sera
agréable.
Le sujet moral, psychologique ou social est le sujet d'une fiction qui rend malheureux tout le temps, sauf dans les rares moments où l'on croit qu'on l'a presque atteinte.
Le croyant, sujet du sens, se maintient aussi longtemps que le sens est vu comme vrai, ou vérifiable. Réaliser que ce sens ou cette représentation ne sera jamais
qu'une représentation, de l'imaginaire, ou que la réalité désignée n'existe nulle part met fin à la croyance.
Mais la société repose sur le sujet du sens moral, psychologique ou sociologique. Elle encourage notre imagination, nous fournit sans cesse des objets à imaginer auxquels elle donne un certain
sens, qui seront modélisés, maniés, par tous ceux qui travaillent sur la psychologie humaine. Elle fait tout pour nous convaincre que ces objets sont accessibles, que nos représentations sont
justifiées, pour nous mener par le bout du nez.
Ne comparons ce qui est à rien. N'imaginons pas, ne créons pas d'antithèse, de modèle, de référence à ce qui est.
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