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Samedi 23 mai 2009
 

Ce serait une erreur de croire que les mots désignent quelque chose. Ils sont associés à notre représentation des choses, c'est tout. Et cette représentation n'est pas la chose.

 

Nous avons beaucoup de connaissances à propos de tout, mais les choses que les mots désignent, les avons-nous rencontrées ?

 

C'est bien simple. Reprenons l'exemple :
 

Catechisme : Liberté et responsabilité. Extrait :

«La liberté est le pouvoir, enraciné dans la raison et la volonté, d'agir ou de ne pas agir, de faire ceci ou cela, de poser ainsi par soi-même des actions délibérées. Par le libre arbitre chacun dispose de soi. La liberté est en l'homme une force de croissance et de maturation dans la vérité et la bonté. La liberté atteint sa perfection quand elle est ordonnée à Dieu, notre béatitude.»


Les mots liberté, pouvoir, raison, volonté etc : on les connaît ou reconnaît. On les a appris. On sait leur donner un sens. Ensuite, le sens de liberté, de pouvoir, de raison, de volonté, varie un peu avec les individus. Chacun sa représentation. Mais ces représentations sont-elles les choses elles-mêmes ?
 

Nous avons toujours admis que l'on pourrait rencontrer, trouver les réalités désignées par ces mots ; qu'elles étaient là, quelque part, comme des garantes du sens que nous donnons aux mots, des vérités agissant sur nous, nous ramenant à l'ordre. Nous avons même probablement admis que certaines personnes connaissaient mieux ces réalités que nous.


Le sens nous semble toujours refléter plus ou moins fidèlement la réalité de référence.

Là encore, tout repose sur l'idée que cette réalité de référence existe, que la liberté existe indépendamment de notre idée de la liberté, que la raison existe indépendamment de notre idée de la raison qui change avec les individus.  
 

Mais n'est-ce pas le mot qui postule l'existence de la chose qu'il désigne ? Notre croyance en l'existence d'une réalité de référence n'est-elle pas tout simplement la conséquence du fait que ces mots sont connus de tous, ce qui signifierait qu'ils sont légitimes dans leur existence et leur fonction ?
L'autorité des concepts.



Si la chose, la réalité de référence existe, par définition, elle doit pouvoir être expérimentée par tout le monde. Avec le sensible, avec ce qui est accessible aux sens de tout le monde, en principe, c'est possible, bien que, comme nous en avons parlé, cela reste impossible. Cela ne peut être le cas avec la liberté, la raison, la volonté etc.

 

Comment ma liberté, ma raison, ma volonté, qui sont abstraites, pourraient-elles être un objet de connaissance de tout le monde ? Et si ce n'est connaissable que par moi, ce n'est plus une réalité de référence, sauf si je suis identique à tout le monde. Même cela, comment le saurais-je ?


En tout cas, si cela existe à l'identique chez tous les hommes, cela devrait pouvoir être connu par moi. Or, puisque l'objet de connaissance est moi-même, comment un connaisseur peut-il être son propre objet de connaissance ? Si l'objet de connaissance est distinct du connaisseur, cela ne va plus. S'il n'est pas distinct, il n'y a plus de connaisseur.

 

C'est plus simple que cela. Tout ce qui est connu a un connaisseur. Pour qu'il y ait connaissance, il faut que celle-ci soit perenne et définie. Seul la représentation ou le concept du connaisseur l'est.. Rien d'autre n'est connaissable, permanent et défini. Or la représentation ne peut coïncider avec la chose, l'épouser, s'unir à elle.


Quand on est très attentif, très sensible ou très sensitif à quelque chose du monde ou de soi, on voit bien qu'aucun mot ne peut en rendre compte, l'exprimer fidèlement. Ce n'est pas du même ordre. C'est impermanent, labile, insaisissable. La connaissance rend les armes.

La connaissance apportée par les concepts est une connaissance disjointe de la réalité. Elle a sa nature et ses règles propres.
 

«Regardez de plus près : est-ce vraiment un arbre ? Est-ce que cela peut bien saisir ce qu'il est ? Vous voyez, il est vraiment sans nom, n'est-ce pas ? Ce n'est pas un arbre du tout. C'est une expérience qui change avec chacun des moments qui passent,une expérience qui, de ce fait, ne peut être nommée. Le mot arbre, le concept, la connaissance de ce dernier, ce n'est que du passé, c'est donc mort. Cela, quoi que ce soit, est vivant. Il n'est jamais le même d'un moment à l'autre. » (Jeff FOSTER .- La Vie sans centre .- ed. L'Originel)


Pas de réalité de référence connaissable.

Le connaisseur ou la conscience de soi, est lié par toutes ses représentations et tous les affects qui lui sont associés. Il en hérite malgré lui. Lui-même n'a aucune liberté par rapport à elles. Il en est le jouet.
 

Pas de libération possible pour lui. Ces connaissances étant d'ailleurs illusoires, il n'existe même pas. Personne ne peut être libéré. Le sujet-je est lui-même la non-libération.
La Libération, l'éveil font partie des concepts du sujet. C'est la non-libération, puisque cela n'existe pas et que la recherche du sujet est vaine.

Sinon, il n'y a que la Libération, la Libération est tout ce qui est, y compris le sujet et sa recherche, puisque ce n'est dépendant de personne. 
 

«Vous savez, la Libération, l'éveil, l'illumination.... tout cela n'est qu'une vaste plaisanterie ! Il n'y a toujours que cela, et personne ici pour l'expérimenter» (Jeff FOSTER .- La Vie sans centre .- Ed. L'Originel)


«Il n'existe rien de tel qu'une personne illuminée. C'est une contradiction dans les termes» (Tony PARSONS .- Tout ce qui est .- Ed. L'Originel)

Par Jean Louis - Publié dans : Référent
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