Ma lecture D'U.G.
Uppaluri Gopala KRISHNAMURTI signe ses livres U.G. pour ne pas être confondu avec son homonyme.
U.G. ne se présente pas comme un instructeur ou un gourou. Il ne se soucie pas de transmettre un enseignement. Son message, s'il y en a un, tient en peu de mots.
Il répond aux différentes questions qu'on lui pose et ce sont ces questions- réponses que l'on retrouve dans les ouvrages qui lui sont attribués. Peu de différences entre eux, donc.
Les propos abrupts ou iconoclastes d'U.G. peuvent irriter ou choquer. Il serait dommage d'en rester à cette première impression et de ne pas
approfondir.
" Rencontres avec un éveillé contestataire " est noté : 1
" Le dos au mur " est noté : 2
" Le mental est un mythe " est noté : 3
" La pensée est votre ennemie " est noté : 4
" Coloquintessence " est noté : 5
Tous ces ouvrages sont édités par "Les Deux Océans "
I LA VIE
Il ne s'agit pas ici du vivant et de ses caractères (reproduction, croissance etc) mais de la vie en elle-même, par opposition au non-vivant, de la vie humaine en particulier et de ce
que l'on peut en dire.
- Mystère ou Inconnaissance
"La vie, si je peux utiliser ce mot, la façon dont elle fonctionne est un mouvement dont nous n'avons pas la possibilité de découvrir
ce qu'il est. Toute tentative de notre part de le capturer dans le cadre de la connaissance déjà acquise est vouée à l'échec" (5)
" Cet organisme vivant n'a que faire d'une continuité temporelle mesurée en années. Il fonctionne d'un moment à l'autre. La perception sensorielle fonctionne d'un moment à l'autre. Il n'y a pas de continuité de la vision au niveau du physique; il n'y a pas de continuité de l'auditif au niveau du physique; il n'y a pas de continuité de l'odorat au niveau du physique; il n'y a pas de continuité quand on mange ou quand on touche - tout est déconnecté et disjoint " (2)
Raison pour laquelle la continuité (la nôtre) n'est qu'une idée. C'est ce que nous appelons ordinairement "notre vie" (c'est à dire notre histoire).
On peut voir que c'est uniquement parce que l'on se projette constamment dans l'avenir ou le passé que l'on a ce sentiment de continuité.
Pour connaître la vie qui nous anime, il faudrait connaître l'instant présent :
«S'il existe un présent, vous ne pouvez pas en faire l'expérience. Vous n'expérimentez que votre connaissance du présent et cette connaissance est du passé. Alors à quoi bon tenter de faire l'expérience du maintenant qui ne peut faire partie de votre existence consciente ? Le maintenant n'existe pas pour vous sinon en tant que concept. " (1)
Non-dualité absolue du présent ou de da vie.
- Vitalité
Par vitalité, il ne faut pas entendre seulement l'énergie qui nous anime, mais aussi la liberté, la fluidité qui caractérise l'être, et son amour, sa confiance innée. Voir les petits enfants et la difficulté de les canaliser.
" la vie essaie de détruire le barrage, cette structure morte de pensée et d'expérience qui n'est pas dans sa nature. Elle tente de sortir, de forcer la clôture. Mais vous ne voulez pas de ça.; sitôt que vous apercevez quelques fissures, vous vous procurez du plâtre et vous les comblez.» (1)
L'exemple de la colère :
" La colère est énergie, une explosion d'énergie fantastique. Quand vous essayez de la réprimer, vous réprimez la vie elle-même, dans son expression directe. La
colère n'est problème que quand vous essayez de contrôler ou de réprimer cette énergie. Laissez l'organisme s'en occuper et vous verrez que vous n'allez pas commettre ces vilénies dont vous vous
croyez capable " (2)
Nous avons des idées artificielles sur la façon dont on devrait se comporter. En fait :
" C'est la pensée qui vous fait frapper quelqu'un - votre enfant, par exemple - et non la colère " (http://www.inner-quest.org/UG_Fr.htm) (Auto-justification par la pensée)
II INSTRUCTEURS, GUIDES
- Pourquoi y a-t-il des instructeurs, des guides dans l'existence ? Pourquoi avons-nous recours à eux ?
" Vous êtes vivant. Dès que vous introduisez la question : "comment vivre ?" vous avez fait de la vie un problème. Comment vivre a rendu la vie
insignifiante. Dès que vous posez cette question, vous vous tournez vers quelqu'un pour la réponse et vous devenez dépendant. Et ce monsieur-là vous fait marcher ". (3)
" Comment puis-je vous faire comprendre cette chose si simple. Il n'y a pas de comment....Ce comment demeure en rapport avec les réponses fournies par d'autres que vous; vous avez donc à rejeter toutes ces réponses." (1)
On pose la question "comment" après avoir admis un certain "savoir" ou objectif transmis par la société ou certains instructeurs. Le savoir
venant des autres, on demande comment aux autres. Un vrai savoir personnel ne susciterait pas de "comment".
- Un rapport pernicieux
" Le désir de libération est la cause de notre problème. Vous tenez à vous voir libre. Celui qui vous dit : "Vous n'êtes pas libre" est celui-là même qui vous parle d'un état de "libération" qu'on doit rechercher. Mais la recherche est la servitude, le refus de liberté" (3)
"Vous ne pouvez vous résoudre à envoyer au diable et les solutions et ceux qui vous les font miroiter. Le passé entier de l'humanité vous étouffe - qu'il disparaisse et il ne reste plus que le courage d'être." (2)
Ce désir de libération (ou, peut-on dire, de devenir quelque chose d'autre) est notre esclavage fondamental. C'est le fruit de l'évolution de
l'espèce humaine et de notre conditionnement culturel. Tous ceux qui entretiennent ce désir, le confortent, l'alimentent, renforcent la servitude. La libération est pour demain. La servitude est
maintenant.
- Transmission de quoi ?
" Les saints essaient de vous enseigner et ils sont toujours ainsi dans le domaine de la dualité ; tandis que le sage...est dans l'état de
conscience indivise. Il ne sait pas qu'il est libre, il n'est donc pas question pour lui de libérer les autres.....Pouvez-vous expliquer à quelqu'un qui n'a jamais eu d'expériences sexuelles à
quoi ressemble une telle expérience ? " (1)
" L'homme qui a prêché l'amour était corrompu, parce qu'il a créé une division dans sa conscience....Cet homme qui nous a parlé d'amour est responsable, parce que l'amour et la haine vont ensemble....Ce n'est pas la faute des disciples, les disciples sont le produit de l'enseignement.....Qui dit amour du prochain dit dualité. Là où il y a division il y a destruction." (2)
Parler de l'amour, de la
charité, de la foi etc, c'est les décrire, les théoriser, en faire un savoir. Cela suscite un détenteur du savoir, un juge. Ce détenteur du savoir, ce juge sont corrompus parce qu'ils
font des hommes, une pensée. Ils engendrent la division et la violence à leur égard.
- Rien à attendre des détenteurs du savoir
" Problèmes et solutions sont interdépendants. Du fait que vous vous servez de telle ou telle réponse pour en finir avec vos problèmes, ces problèmes subsistent. Les nombreuses solutions préconisées par les dévots, les psychologues, les politiciens ne sont pas vraiment des solutions. C'est évident. Si elles étaient légitimes il n'y aurait plus de problèmes." (3)
" L'instrument dont on se sert pour se libérer de la chose appelée "esprit" est l'esprit. Il n'y a rien d'autre qui s'appelle esprit, autre que ce
que vous faites pour vous libérer de l'esprit. Mais un jour s' il vous apparaît par quelque étrange chance ou miracle, que l'instrument dont vous vous servez pour tout comprendre n'est pas
l'instrument, et qu'il n'y a pas d'autre instrument vous serez frappé comme par la foudre de l'éclair " (4)
III L'IDEAL
- La condition humaine
" La culture vous a insufflé ce désir d'être autre chose que ce qu'on est, cette aspiration à être autre, à être meilleur. Voilà le tour que votre héritage tout entier vous a joué.....vous
devenez un rouage dans la machine à maintenir la continuité du système. Vous en faites partie intégrante..... Vous êtes dans un état de névrose parce que vous voulez deux choses contradictoires
en même temps. D'un côté vous voulez être autre que ce que vous êtes; c'est une nécessité sociale pour pouvoir en faire partie et aider au maintien de la continuité de la structure sociale. Mais
d'un autre côté vous ne voulez pas changer. " (2)
" Vous vous débattez sans arrêt, courant après quelque chose qui n'existe pas et qui ne signifie rien du tout mais qui vous donne l'impression que rien d'autre
n'est important pour vous que l'action. Et il n'y a même pas la réalisation de l'objectif, seulement la fuite en avant " ( 2)
Si on court après un idéal, un modèle, c'est que l'on considère qu'ils sont la vérité, qu'ils donnent leur véritable sens au monde, à la vie. C'est ainsi que l'on se crée un
devenir.
La condition humaine, c'est cette poursuite qui doit rester interminable et vaine.
Une société est fondée sur un mythe, une perspective générale motivante. Nous ne savons pas vivre sans donner un sens à notre vie ou sans chercher à lui donner un sens. Une société ou une civilisation ne peut pas non plus perdurer sans une espérance collective qui cimente les relations entre les communautés et les individus. Les modèles utopiques, les normes, les idéaux sont les expressions nécessaires de ce mythe. Ils permettent d'entraîner les hommes sur la voie du rêve collectif.
Pourtant, la conscience demeure de l'irréalité de ce rêve et de
l'absurdité de cette quête. Mais nous ne savons pas y renoncer et nous avons perdu de vue notre vraie nature.
- Dialectique chère à nos élites
L'idéal implique le non-idéal, voire le crée. La vertu suppose le vice, sinon il n'y aurait pas de vertu. Croire en l'existence de la vertu, c'est croire en l'existence du vice. Dans l'esprit,
quand il y a la vertu, le vice est là, à côté, qui produit son effet, exerce son pouvoir.
" Tant que vous pratiquez les vertus, vous êtes plongé dans le vice. Ils vont de pair. Si vous avez la chance de vous libérer de cette poursuite de la vertu, de cet
idéal à réaliser, alors votre système va aussi se vider du vice. Vous ne serez plus un homme du vice...un tel être qui pratique la douceur, et la gentillesse et qui pratique les vertus est un
danger public, une menace " (2)
" L'homme de religion veut pratiquer les vertus, et ce faisant il nourrit sa colère et menace la société..... (voir l'histoire des
religions et particulièrement celle des monothéismes sans se laisser abuser par les quelques personnes de bien à part) Ce n'est que quand vous aurez rejeté cet idéal, quand vous vous en
serez lavé et purifié, que vous serez véritablement en paix " (2)
" Oubliez la société idéale, l'être humain idéal. Contentez-vous de voir comment vous fonctionnez. C'est cela qui importe. Ce qui prévient la pleine
floraison de notre organisme dans son unicité, c'est notre culture. Elle a situé l'erreur - l'homme idéal - avant l'homme." (3)
" Quand vous ne cherchez plus à devenir autre chose que ce que vous êtes, le conflit intérieur n'est plus. Si intérieurement vous n'êtes plus en conflit, il vous devient impossible de l'être avec
la société " (2)
- Faux idéal égal vraie souffrance
"Ce que vous savez est toujours relié à ce que vous voulez être. Ce que vous voyez ici, en vous, est à l'opposé de ce que vous
voudriez être, de ce que vous désirez être, de ce que vous devriez être. Qu'est-ce que vous voyez ici ?
Vous voulez être heureux, alors vous êtes
misérable. Vouloir être heureux est la cause de votre misère. Ce que vous voyez ici est à l'opposé de votre but, votre désir d'être heureux, votre idée de bonheur. Vous voulez sentir le plaisir
sans arrêt, voilà ce qui amène la souffrance." (2)
IV EGO ET RECHERCHE
- Ego ou volonté : l'exemple du plaisir
" Chaque sensation a sa durée à elle, son intensité à elle, mais vous allez vouloir l'intensifier ou l'amoindrir, la prolonger ou vouloir y couper court, selon que
vous la jugiez plaisante ou non. Cette volonté n'est là que quand vous vous posez séparément de la sensation de plaisir, et que vous commencez à cogiter sur la manière dont vous pourriez la faire
durer plus longtemps, à faire durer votre instant de bonheur. Vous avez maintenant conçu la situation, et maintenant que vous avez une idée de votre plaisir, un désir de faire quelque chose va
inévitablement s'ensuivre pour qu'il se prolonge au-delà de sa durée naturelle : vous vous êtes créé un problème.....Naturellement vous allez demander : comment faire pour ne pas s'en occuper
sans que la pensée intervienne dans le processus ? Il n'y a pas de réponse, il n'y a pas de comment cela peut se faire. Si quelqu'un suggère un moyen de le faire, vous êtes pris dans le même
cercle vicieux " (2)
On peut étendre ce principe à la vie tout entière. Tout est réponse au stimulus, tout est spontané, que ce soit au niveau du corps ou au niveau du
mental. L'organisme gère tout cela sans problème. Le problème ne commence qu'avec la volonté de forcer les choses, et la volonté est l'agent d'une idée, d'une
pensée.
" Tout ce que vous voulez amène la souffrance, parce que vous commencez à cogiter. Le vouloir et la pensée. Si vous ne désirez rien dans ce monde, il n'y a pas de
pensée. ce qui ne signifie pas qu'il n'y a pas de pensées " (2)
" Voyez-vous, le système de valeurs est faux.....Vous jetez une quantité d'énergie dans ce business de vous adapter au cadre de ce système de valeurs...Le "vous" que vous connaissez est la puissance du savoir qui vous a été transmis. Il possède la question que vous estimez être la question intelligente. Par l'exigence d'une réponse à votre question votre "vous" cherche à savoir comment se renforcer lui-même...Il n'y a pas d'individu. La culture, la société, appelez cela comme vous voulez, ont créé un vous et un moi pour le seul motif de maintenir sa continuité. Mais en même temps, on nous fait croire que nous sommes devenus des individus. Cette dualité a provoqué en nous une situation névrotique." (4)
Puissance : assurance et motivation ou volonté du détenteur de ce prétendu savoir (savoir inculqué par la société et auquel il
croit ). Ce savoir inspire des questions auxquelles il croit aussi. La prise en considération de ces questions, l'intérêt qui leur est porté, les réponses apportées renforcent l'orgueil de ce
détenteur du savoir qui ne fait que perpétuer les croyances et illusions de la société.
Un tour de magie parfaitement réussi par conséquent :
" La société culturelle nous a créés, en tout et pour tout afin de maintenir la continuité, et le statu quo. Conjointement elle a créé une idée : celle de l'individu. Mais en réalité il y a conflit entre les deux : l'idée de l'individu, et l'impossibilité de fonctionner en tant qu'individu séparé et distinct de la totalité de la pensée et des expériences de l'homme " (4)
en ce que l'individu est une illusion à
laquelle on croit, c'est le produit de la croyance dans les idéaux de la société. D'où les affres pour s'accomplir en tant qu'individu séparé.
Et le soi, l'ego poursuit sa quête :
" Le vous tel que vous vous expérimentez est votre identité. Avec l'aide de la mémoire, l'identité maintient sa continuité. Si elle n'était pas là vous ne savez pas ce qui arriverait.....Ce procédé de la pensée a mis des millions d'années à organiser sa survivance et est prêt à n'importe quoi pour maintenir sa continuité" (4)
" Tout ce que vous voulez accomplir est basé sur le moi. Je dis basé sur le moi et vous pensez aussitôt : attention, à éviter, parce que votre idéal est l'absence du moi. Mais tant que vous agissez en vue du non-moi, vous êtes ancré dans le moi. Quand l'énergie du désir d'aller au-delà du moi n'est plus, alors le moi n'est plus " ( 2)
Jeff FOSTER l'exprime de la manière suivante dans : "La Vie sans centre " (ed. L'Originel)
" Aussi longtemps que vous faites quelque chose pour atteindre un but, vous êtes pris dans la recherche....Aussi longtemps que vous essayez de devenir quelque chose
d'autre que ce que vous êtes, ou même tenter d'être ce que vous êtes ou de devenir ce que vous êtes, vous êtes pris dans la recherche. Vous êtes même pris dans la recherche lorsque vous
essayez de mettre fin à celle-ci, ou non. Il s'agit vraiment de ce qu'on appelle une double contrainte. Vous êtes damné si vous le faites, et damné si vous ne le faites pas...Aussi longtemps que
le "je" peut faire quelque chose, sa continuité est assurée
"
Il ne s'agit pas du vouloir au niveau pratique mais au niveau moral en général.
- Le domaine immense de la lutte
Foi, valeurs, croyant, individualité à abandonner :
" Votre séculaire culture religieuse a mis sous vos yeux l'homme idéal, la femme
idéale, et tente de les couler dans ce moule de perfection. C'est impossible. C'est contre-nature. La Nature crée activement des individus absolument uniques alors que la culture a inventé un
seul modèle auquel on doit se conformer " (3)
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