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Dimanche 22 mars 2009
 

Il est admis que l'homme a, peu à peu, appris à maîtriser la nature, et à s'en protéger. Ce n'est pas tant qu'il ait découvert de quoi était faite la matière ou l'énergie, mais il a appris à prévoir leurs effets, leur fonctionnement, à les provoquer et les contrôler pour ses besoins personnels.


On a bien dû admettre que cette maîtrise n'était pas sans inconvénients et sans dangers. Les destructions aussi ont beaucoup progressé.

 

Mais l'homme a aussi appliqué sa soif de savoir et de maîtrise à lui-même. Nous ne parlons pas ici des progrès de la médecine ou de la biologie, mais de tout le corpus de connaissances à propos de l'esprit humain, de l'âme humaine, de la nature humaine.


La langue a servi ce projet et a apporté avec elle le mal, le pouvoir et la mort.

 

On a vu que ce qui existait pour nous, ce qui était objet de connaissance ou de conscience était ce qui était nommé. Les mots donnent naissance à un connaisseur et un connu séparés. Un parfum, un son, un objet, une sensation non nommés ne sont pas isolés, identifiés, mémorisés.


Mais les mots ne permettent pas seulement de donner naissance à quelque chose, de le signaler à la conscience, ils donnent aussi à cette chose un certain sens, son sens.


 

Les mots donnent naissance au monde, ils donnent naissance à un certain monde.

Quand ces mots, au sujet de l'homme, désignent des normes, des objectifs, des valeurs, ils désignent en même temps leur opposé, leur contraire. Rien ne serait connu comme étant le mal si le bien n'avait pas été défini, posé. Le mal est une création du bien. Personne ne songe à inventer des concepts de mal. On voit, on conçoit, on commet donc le mal après avoir appris les mots désignant le bien.


Tout le mal est apporté par la langue, inscrit dans la langue. Il n'est pas dans la nature humaine. Quand le mal n'est pas dans la connaissance humaine, il n'est pas non plus dans l'acte, ou l'intention ou le coeur de l'homme.


 

La langue apporte aussi la soif de pouvoir, la jouissance du pouvoir et de la domination.


Pas d'incertitude, pas de trou, pas d'incohérence, pas de contradiction, pas d'échec, pas d'ignorance dans la langue. Il s'y déploie une logique implacable, un déterminisme sans faille. Le rapport du sujet à l'objet est le plus souvent un rapport de pouvoir, de maîtrise totale.
Nous parlons, nous nous identifions au sujet et exerçons sur les objets (compléments, attributs etc) représentant le monde un pouvoir tyrannique.


Quand le sujet est l'homme et quand l'objet est l'esprit humain, l'âme humaine, la nature humaine, nous subissons directement la tyrannie inhérente à la langue, ou celle des autorités en la matière. Le rapport du connaisseur au connu est le même qu'il s'agisse d'une force physique, d'un matériau quelconque ou de l'homme : maîtrise, exploitation, domination.


 

La langue a aussi apporté la mort.

Nous avons vu que le monde de nos pensées était irréel. Nos représentations sont de l'imaginaire. Mais elles sont aussi, et pour la même raison, dénuées de vie.


Si le phénomène de la pensée est une manifestation de la vie, les objets que cette pensée présente à la conscience ne souffrent pas, ne sont pas conscients, n'ont aucune sensibilité, n'aiment pas. Ils sont sans vie.

L'image de mon fils ou de ma fille, n'est pas vivante. Cette image n'est pas consciente de moi, n'est pas sensible à moi, ne m'aime pas.

Des images mortes sont inventées par la société, présentées comme modèles ou comme objectifs.

Etant devenus des êtres du langage, notre rapport aux autres et à nous-mêmes étant entièrement régis par le langage, nous sommes en même temps sous le règne du mal, du pouvoir et de la mort.


Par Jean Louis - Publié dans : Parole
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Commentaires

La langue est effectivement ce "petit muscle qi engendre tant de mal", comme disent les Pères anciens.
On a donné tant de pouvoir au Mal... Plus on lui en donne et plus il prend d'effet... Mais c'est le bien qui est, rien d'autre.
Commentaire n°1 posté par elisabeth le 03/04/2009 à 09h22
Merci pour votre commentaire. J'ai bien peur que le bien dont on parle ne soit qu'une idée. Une idée qui dépend toujours d'un certain nombre de critères, de principes appris. Le simple fait d'utiliser ce mot réactive nécessairement tout ce qu'on sait à son sujet.  
Réponse de Jean Louis le 03/04/2009 à 17h06
Oui, on tombe dans la dualité. On ne devrait pas dire : c'est bien, c'est mal, mais juste C'EST.
Pas d'autre voie pour juste accepter ce qui vient, dans la paix.
Pas facile me direz-vous, mais ça dépend vraiment de ce que l'on cherche à vivre sur cette terre.
Où est la Vérité ?
C'est ma question essentielle.
Bien à vous, Elizabeth
Commentaire n°2 posté par elisabeth le 03/04/2009 à 17h13
Ah, je crois que le refus, la remise en cause des choses intervient dès que nous avons le sentiment qu'elles nous sont attribuées, imputées, qu'elles nous caractérisent,  d'une façon ou d'une autre. Nous sommes alors évalués, jugés, et nous ne pouvons pas ne pas vouloir changer ce qui est. 
Mais la raison de cela, c'est que nous avons fortement adhéré à des valeurs, des idéaux. C'est notre image permanente qui est remise en cause.
Bien à vous.    
Réponse de Jean Louis le 04/04/2009 à 08h33
Cher Jean-Louis,

Peu à peu je découvre tes articles qui m'enthousiasment un peu plus chaque jour.
En ce qui concerne celui-ci je confirme en ajoutant que rien n'existe sans son contraire : jour et nuit, froid et chaud, beau et laid, matière et anti matière, yin et yang, bien et mal.
 
Mais toutes ces complémentarités ne pouvant exister qu'avec l'autre comment savoir si c'est le bien qui a engendré le mal ou le contraire?

Très amicalement, Marie-Claude.
Commentaire n°3 posté par Marie-Claude Peyraud le 21/10/2009 à 00h47
Bonjour Marie-Claude,
Bien sûr, poser le mal, c'est supposer le bien et inversement.
Comment savoir si c'est le bien qui a engendré le mal ou le contraire ?
D'abord, ne pas perdre de vue qu'avant le concept, il n'y a ni bien ni mal.
Ensuite, connais-tu beaucoup de gens qui inventent, promeuvent des concepts de mal ?
De toute façon, les deux vont toujours ensemble, peu importe qui a engendré l'autre.
Je pense que le véritable problème n'est pas que cette dualité existe, c'est inscrit dans
le verbe et quand on voit que les deux pôles sont indissociables, c'est OK.

Le problème est dans le fait que nous avons tendance à croire que nous ne faisons que du bien, qu'il n'y a que du bien, dans les concepts de bien. Ce qui fait que plus nous idéalisons, plus nous sacralisons, plus nous institutionnalisons le bien, plus nous idéalisons, sacralisons, institutionnalisons le mal. Le mal avec bonne conscience.
Amitiés à toi. 
Réponse de Jean Louis le 21/10/2009 à 10h35
 
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