L'ego se reconnaît donc dans des pensées de valeur, les revendique, parce qu'il leur ressemble.
Reprenons une histoire racontée par Jiddu KRISHNAMURTI :
« Un jour le diable se promène dans la rue avec un ami. Tous deux observent une personne qui se baisse et ramasse quelque chose et la met dans sa poche. L'ami dit
au diable : «Qu'est-ce qu'il a ramassé ?» «Il a ramassé un morceau de vérité» dit le diable. «C'est une très mauvaise affaire pour vous» dit à son tour l'ami du diable. « Oh, pas du tout.» lui
répond le diable. «Je vais le laisser l'organiser»
Je la modifie pour les besoins de la cause : nous ramassons continuellement des morceaux de monde : c'est tout ce dont nous prenons conscience, tout ce que nous
reconnaissons. Défilé interminable. L'ego en fait immédiatement quelque chose, il en déduit une vérité à son usage et tente, en effet, de la théoriser, de la généraliser.
Car l'ego, c'est un certain type de lien, de fil rouge entre tous les éléments de l'existence. C'est une certaine cohérence, continuité idiosyncrasiques donnés à ces éléments de
conscience.
C'est le sens-de-sa-vie.
L'ego aime se sentir responsable et acteur du salut du monde, de sa patrie, de son quartier, de sa famille, de lui-même. C'est sa raison d'être, sa fierté. Il veut
être au moins fidèle à l'idéal auquel il croit.
Il éprouve aussi le besoin de croire que certaines personnes incarnent plus ou moins son système de valeur pour se prouver qu'il est réaliste. Il peut même se
contenter de peu dans sa croyance en quelqu'un et devenir un disciple dévoué.
Tant qu'il y a conception d'une valeur, il y a quête et sens de la vie. Quelles sont vos valeurs favorites ?
Le discours de l'ego se réduit à peu de chose. Cela ressemble à : Je suis bien, Je suis bien, Je suis bien. Ou comme l'écrit Richard SYLVESTER à
propos du mental :
«Vous voyez, j'ai raison. Vous voyez, j'ai raison «. (J'espère que vous allez mourir bientôt .- Ed. L'Originel)
Ce qui inclut : un autre auquel il s'adresse et une angoisse de ne pas être bien ou de ne pas avoir raison.
On peut d'ailleurs voir que toute expérience, toute connaissance est terriblement semblable à l'expérimentateur ou au connaisseur. Comme s'ils étaient consanguins.
Mais tout ce qui est dans le temps (futur, passé), au-delà de l'espace immédiatement perceptible, tout ce qui est relation de cause à effet non expérimenté, est le
produit d'une projection de nos schémas de pensée conditionnés et de nos passions, préférences, partis-pris personnels. On ne peut pas fonctionner différemment. Le déconditionnement n'existe
pas.
En revanche, l'ego tient à s'attribuer le mérite ou la paternité de ces idées ou actions, à s'en glorifier, à s'identifier à elles. Et cela, ce n'est pas incontournable. Se libérer du sens, ne
veut pas dire que tout sens disparaît. Cela signifie que personne n'est engagé.
Nos réactions, goûts, idées particuliers, demeurent, mais ils n'ont plus rien de personnel.
Qu'est-ce que signifie particulier, original, mais pas personnel ?
Cela signifie que les éléments de conscience ne sont plus un enjeu.
Ce qui se présente à la conscience, tel que cela se présente, sans rien ajouter. Ce qui n'est pas sans rapport avec la conception de la réalité des Cyniques selon :
http://www.cosmovisions.com/Nominalisme.htm
« Il n'y a de réalité que dans les objets des sens, tels que les sens nous les présentent»
Les éléments de conscience n'ont de signification, de valeur, de portée pour personne. Plus d'enrobage, de comparaison, de mise en perspective par un arrière-plan. La douleur, les échecs, les
réussites, les événements, les rencontres, les gestes, les paroles etc n'ont plus de portée morale, ne sont plus pris personnellement.
Il y a toujours réception, il y a toujours un logiciel qui traduit les informations dans un certain sens, mais aucun informaticien ne les prend en compte. Pourquoi
? Parce que toute cette mémoire est greffée et que l'ego fonctionne en autonome, pour son propre compte.
Qu'est-ce qui fait que les éléments de conscience ont une signification, une valeur pour quelqu'un, qualifient, engagent quelqu'un ?
Commentaires