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Lundi 23 février 2009 1 23 /02 /2009 13:44
 

Il ne faut pas «se libérer du connu» comme le propose Jiddu KRISHNAMURTI., le connu est souvent très utile. Il faut se libérer du sens, ou plus exactement de l'idée que le sens d'une parole ou d'une pensée est une action qui a lieu ou un état réel du seul fait qu'ils sont postulés.

Le réel, c'est l'action ou l'état effectifs. Ce qui a lieu maintenant, à cet instant - un instant intangible - est, seul, réel.
 

Mais nous avons vu que la pensée des actions, des changements, des transformations ne sont pas des actions, changements, transformations réels. De même, la pensée d'un état quelconque n'est pas un état réel. Ce que postule la pensée sera toujours imaginaire.


Il reste à se demander si l'action, le changement postulés n'ont pas lieu ou n'auront pas lieu ou si l'état n'est pas réel au moment où la pensée le postule, ce qui reviendrait à convenir que si l'imaginaire, en tant que postulat d'une pensée, reste un imaginaire, il correspond au réel, il décrit la réalité présente ou future.
 

Pour le savoir, il faut le vérifier. Se libérer du sens, c'est vérifier un postulat avant d'y adhérer.


Ainsi, nous ne sommes pas libérés du sens. Nous avons perdu notre temps à croire des milliers, des millions de postulats sans les vérifier, sans acquérir personnellement, au moins une certaine idée de leur degré de vraisemblance. Toutes ces années à écouter et croire les parents, maîtres, autorités sur leur bonne mine, leur réputation ou par bonté et les discours établis ont été des années perdues pour notre intégrité.

 

Car ce n'est pas une attitude recommandable d'engager sa vie, de se construire sur la foi dans les paroles des autres et de fuir, ensuite, continuellement, les remises en cause par la vie de ses convictions ainsi constituées. L'enfance, c'est le plus terrible endoctrinement qui soit.

Voilà au moins un aspect du bouddhisme interessant : «On est son propre refuge. Qui d'autre pourrait être le refuge ?» ( Walpola Rahula .- L'enseignement du Bouddha .- Ed. Seuil)

 

 

Il y a quelque chose de terrible, de pervers dans le fait de croire un postulat qui nous engage, c'est à dire qui porte sur ce qui va nous arriver ou sur l'état dans lequel nous sommes, sans du tout s'interroger sur sa vraisemblance et sur notre désir ou notre sentiment intime à son égard.


Illustration : " Toute élévation du type humain a toujours été et sera toujours l'œuvre d'une société aristocratique, d'une société qui croit à de multiples échelons de hiérarchie et de valeurs entre les hommes et qui, sous une forme ou une autre, requiert l'esclavage " (Nietzsche .- «Par delà le bien et le mal»). 
 

Vraisemblance : Une société aristocratique ou très hiérarchisée comme condition indispensable à l'élévation du type humain ? Quelle vérification ? Et quelle vérification sur le «toujours» ?

Désir d'une société pyramidale, très hiérarchisée allant jusqu'à l'existence d'esclaves.


La pensée de l'élévation du type humain ou de l'effet de la société très hiérarchisée n'est pas une action réelle. Et elle ne décrit pas non plus une réalité.

 

Que se passe-t-il en fait dans la parole ? Qu'est-ce qui est réel ? Ce qui a lieu maintenant, (au moment de l'écoute ou de la lecture) c'est l'affirmation d'une relation de cause à effet : qu'une société aristocratique etc C'est aussi l'affirmation d'un jugement, d'une valeur (positive ou négative) : toute élévation, toujours. 
 

Parler ou penser, c'est juger. On n'y peut rien, c'est la nature même du langage. Le réel, c'est ce jugement. Ce qui se passe, c'est que l'auteur investit certaines idées.
L'énergie (la libido dirait Freud) de l'auditeur, par le fait même d'écouter ou de lire et d'admettre le sens, est sollicitée pour s'investir de la même manière, adhérer à l'affirmation.

 

Il est évident que le but poursuivi par l'auteur ou le locuteur est de nous faire investir les mêmes conclusions ou allégations que lui. Notre investissement, l'engagement de notre foi est le but. Communion affective. Activation des passions. La preuve : un examen froid, impartial, des propos leur ôte tout pouvoir. La disparition de toute trace d'affectivité, de sentiment à l'égard de l'auteur produit le même effet. (L'élévation du type humain : merci, je ne vous ai rien demandé. Je m'occupe de mon élévation)

 

Mais un examen froid, impartial des propos d'une forme d'autorité est prise pour une offense par l'autorité qui exige un préjugé favorable voire une confiance aveugle (et bien commode).


On s'investit, on met notre coeur dans l'execution de certaines taches, dans le soin à certaines personnes. C'est normal. Ce qui est problématique, c'est d'investir des conclusions non vérifiées suite à un préjugé favorable ou un désir d'être aimé.

 

Se libérer du sens, c'est ne se sentir engagé en rien par une pensée ou une parole tant qu'on ne l'a pas vérifiée (vraisemblance), c'est se sentir libre de la vérifier ou pas (désir), c'est, tout particulièrement, s'affranchir de toute dépendance psychologique. On est son propre et unique refuge. Ne soyons plus crédules, mais incroyants.

Par Jean Louis - Publié dans : Sens
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