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Samedi 29 novembre 2008 6 29 /11 /2008 17:30
 

Tendre le bras, couper une tartine de pain, arroser le jardin, caresser le chat....il existe toujours un décalage ou un hiatus irréductible entre la pensée rapide préalable «je décide de tendre le bras», «je décide de couper une tartine» et l'acte lui-même. 

 

Nous pouvons bien nous approcher aussi près que nous voulons de l'acte par la pensée, l'acte sera toujours distinct de la pensée de l'acte. Représentation et réalité, nous l'avons vu, ne sont pas du même monde. Le je de la pensée n'est pas moi et le pain de ma pensée n'est pas le pain. Pas de copié/collé.

Cependant, il se trouve que la réalité sensible de mon corps, du pain, de l'arrosoir et du jardin, du chat, perçu par mes sens, guident subtilement et presque infailliblement mon geste. Mon acte est en communication avec ma co-naissance ou mon expérience.

 

» Approcher sans moi le principe des choses, c'est connaître la loi cosmique, c'est réaliser le Tao. Lorsqu'un moine travaille le bois aux ateliers, il s'incline avec respect devant le Tao de la matière, il agit selon le sens de la fibre et du fil, en accord avec les propriétés des essences qu'il utilise. Avec le bois, comme avec toute autre matière, en vérité nul ne saurait mentir, car la matière, elle, ne ment pas» (NAN-SHAN .- Recueil de la Colline du Sud .- Ed. Les Deux Océans)

 

En revanche, ce n'est pas une réalité sensible qui guide notre action, quand celle-ci n'a pour objectif qu'une chose absente, c'est à dire un sens. Un sens est une construction mentale. Chacun sa construction à partir des briques du savoir acquis. L'action a alors comme seul référent : sa propre pensée. Il n'y a pas de confrontation à une réalité sensible.

Le je de la pensée n'est pas moi mais il n'y a que la pensée du je. L'objectif de ma pensée ne correspond à aucune réalité sensible mais il n'y a jamais que la pensée de l'objectif.

On peut rester toute sa vie enfermé dans ce genre d'univers onirique (croyance en Dieu, en une idéologie, en un futur meilleur etc)

 

«L'homme a inventé le pouvoir des choses absentes.» (Paul VALERY)


On peut se demander alors comment des constructions mentales sans référents peuvent durer et produire de tels effets individuels et collectifs.


La raison en est que ce qui nous meut est la communion, la croyance en un sentiment collectif. Chacun cherche à se fondre dans le collectif. Ou pire encore, il arrive que par besoin d'amour, nous adoptions une valeur proposée par d'autres uniquement dans le but de communier avec eux autour de cette valeur.
 

Déçus, malheureux des limites, des échecs de notre pensée et de l'isolement où elle nous plonge, nous cherchons une issue en dehors d'elle qui fasse cesser cet isolement, une solution qui nous apporte de l'amour :
 

«La fonction de l'ensorcellement, c'est de nous fondre , de nous faire éprouver le délice d'être avec, fusionnés, dans le monde d'un autre, créant ainsi le sentiment d'existence , de plénitude , comme dans l'amour." (L'ensorcellement du monde .- Boris CYRULNIK)


le plus important n'est pas qui est l'autre, comment il est, le plus important est qu'il fonctionne comme "autre" représentant tous les autres.


En fait, l'idée que nous croyons la même chose est une illusion. L'idée que nous percevons la même chose est une illusion. L'idée que nous avons les mêmes représentations est une illusion. L'idée que nous éprouvons la même chose est une illusion. Toutes les consciences d'objet sont différentes.

 

La seule chose qui soit commune dans les mots, c'est le signifiant, tout le reste est divers. Le sens de chaque mot est uniquement propre à soi. Rien de commun, rien de convenu, aucun accord au niveau du sens ou de la connaissance, si ce n'est la reconnaissance de sons.


Mais la communication suppose la croyance inverse. La société est fondée sur la croyance inverse.

La société est fondée sur la communication et la communication est fondée sur la communion.

Elle a besoin que nous croyions qu'une valeur donnée (patrie, citoyenneté etc) ait le même sens pour tout le monde ou, à tout le moins, que tout le monde accepte le sens donné à une valeur par une autorité.

 

Il est évident qu'une idée a du succès, réussit, non parce que beaucoup y croient, mais parce que beaucoup se mettent à croire que beaucoup y croient . Le talent d'un leader consiste justement à susciter cette croyance en une foi commune.

Et cette foi commune est la foi dans l'idée que les autres communient bien autour de la même valeur, ou que les autres y croient avant nous.

Que nous cessions de croire que les autres croient aux mêmes choses que nous, et nous cessons de croire en ces choses. 
 

Nous regardons tous deux le chat. Nous ne voyons pas le même chat, nous ne faisons que croire que nous communions dans le regard du chat. Ou nous ne faisons que croire que nous communions dans la même représentation du mot chat. Quand il y a deux, il y a différence, mais la même croyance illusoire dans la communion..


Nous ne cessons de croire que nos pensées pensent du commun, c'est pourquoi l'absence de référent de nos concepts n'est pas vu.

Par Jean Louis - Publié dans : Sens
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