Vouloir, c'est vouloir quelque chose (une action, un objet).
Et ce quelque chose ne peut exister dans le vide. Il est compris dans autre chose.
Vouloir suppose un changement dans le domaine concerné, un changement dans ce qui existe. Vouloir se connaître, s'améliorer ou être comme ceci conduit à un autre rapport à soi-même.
Le domaine doit donc être connu pour qu'on veuille agir sur lui. .
Quand le domaine concerné par le vouloir est "nous", ce «nous» ne peut être qu'un savoir , une mémoire, un
passé. Il a bien fallu le constituer et le garder en mémoire . La volonté intervient a posteriori, dans un domaine déjà
existant.
Est-ce que la volonté peut s'exercer sur le présent ?
C'est absolument impossible ! Le présent n'est pas encore connu. .
Le domaine doit déjà exister pour devenir un objet de changement ou d'intervention. Un présent connu n'est plus du présent.
Les émotions sont spontanées ou involontaires, les sensations sont spontanées ou involontaires, les impressions sont spontanées ou involontaires, les
pensées sont spontanées ou involontaires. (On ne les choisit pas. On ne choisit pas leur contenu, ni leur enchainement. Même en étant centré sur un thème, on ne peut pas prévoir la pensée qui va
survenir.) Elles échappent à la volonté. Le vivant est réaction de chaque instant.
A chaque instant, nous réagissons. C'est une réponse imprévue et inconsciente à un stimulus imprévu et inconscient. Et la volonté n'y peut
rien.
Dans la méditation, on constate bien que tout cela arrive tout seul, et passe. Un vrai cinéma. Impossible de changer le cours du film.
Et pourtant, si nous sommes doués de volonté propre, elle doit s'accomplir. Si elle s'accomplit, ce ne peut être qu'à l'instant présent qui, seul, existe. Nous devrions constater ou avoir
constaté cette action effective sur "ce qui est" à un moment ou à un autre.
En effet, le passé ne peut plus être changé. Le futur n'existe pas encore. On ne peut agir effectivement sur quelque chose qui n'existe pas encore.
Mais nous venons de voir que la volonté ne peut s'appliquer au présent, car il précède toute connaissance nécessaire.
On peut constater, comme nous l'avons décrit en détail dans l'article : " Il s'agit de moi ", que la conscience d'une réaction spontanée identifiée déclenche une pensée
correctrice, une remise en cause de notre nature en tant que réagissant ainsi.
Mais cette pensée correctrice, réformatrice, est, elle aussi, spontanée, imprévue.
Si bien que son intention est également involontaire. Elle n'était pas voulue par nous, intentionnelle. Elle échappe à notre «volonté» en quelque sorte. L'intention qu'implique cette pensée
réformatrice spontanée est forcément automatique, non voulue.
D'autre part, cette volonté qui n'est pas nôtre arrivera toujours trop tard pour modifier notre réaction, réaction toujours spontanée portée un moment plus tard à la connaissance.
Les pensées critiques à propos de "ce qui est", se succèdent (on le voit en méditation), elles maintiennent constamment l'illusion d'une volonté, l'illusion d'un je-veux, d'un soi
individuel.
N'empêche, ce sera pour une prochaine fois, une prochaine fois, une prochaine fois.....
Volonté propre ou acteur ou décideur ou auteur, même illusion :
Pas de volonté qui ne s'appuie sur une pensée. Et pas de pensée issue de notre volonté propre.
Pas de pensée du présent pour agir sur l'instant conformément à la pensée. Le temps de la pensée est toujours un passé ou un futur virtuels.
Nous sommes toujours dans un présent réactif, et le jouet de pensées de changement réactives ou involontaires.
La volonté propre n'est jamais que la pensée d'une volonté propre.
Nous caressons l'espoir de nous changer dans un maintenant futur.. La volonté, c'est à dire la pensée d'un changement, exige que le
moment de l'action soit toujours reporté. Et parfois nous attribuons des modifications dans notre comportement à des décisions que nous aurions prises, une volonté que nous aurions
eue.
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