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Samedi 30 août 2008 6 30 /08 /2008 12:46
 

Que veut dire : le mot n'est pas la chose, ou la carte n'est pas le territoire ?

Pour dire cela, il faudrait savoir ce qu'est le mot, ce qu'est la chose, ce qu'est la carte, ce qu'est le territoire.
 

On ne sait pas ce qu'est la chose ou le territoire. On ne sait pas ce que c'est sans utiliser des mots. On n'a aucune connaissance de cette chose quand l'esprit est vide de mots. Pour qu'il y ait de la connaissance, il faut des mots. (ou des chiffres)

 

 

Alors comment peut-on avancer que la chose n'est pas le mot ?   

Et pourtant, on a bien conscience que se rendre sur un point de la carte, ou avoir le mot «pain», ne permet pas de rencontrer les personnes habitant le territoire ou de se nourrir. En fait, l'ingestion du pain, la rencontre des personnes habitant le territoire donnent naissance à d'autres mots qui ne sont toujours pas la chose.

 

 

La chose, le réel, n'est pas de l'ordre du concevable.

 

 

La seule explication, c'est qu'il existe une co-naissance non conceptuelle, on peut dire aussi non-duelle, ou non consciente selon le sens que l'on donne habituellement au mot «conscience». (Voir l'article : "la conscience de soi"). 

 

  Le mot n'est pas la chose parce que lorsque nous respirons une rose, (et l'odeur est une des expériences les moins intellectuelles qui soit) il se passe quelque chose qui dépasse de beaucoup la connaissance que nous avons du parfum que nous respirons. Car il y a reconnaissance de ce parfum, c'est à dire mémoire ou remémoration. Et cette mémoire est une représentation mentale. Un concept.

 

 

Il en est de même avec les autres sens.

Mon petit enfant se baigne dans la mer. Il prend un plaisir extrême à plonger, à sauter, à s'éclabousser, à éprouver le contact de l'eau. S'il devait vous expliquer, avec le peu de mots , le peu de connaissances, le peu de souvenirs mémorisés et exprimables qu'il a, ce qu'était son bain, quelle pauvreté par rapport à tout ce qu'il a ressenti sans en prendre conscience ou connaissance.

 

  

Il y a tellement de ressentis, d'impressions, de perceptions, de sensations, de climats intérieurs, de niveaux de conscience  qui ne peuvent s'exprimer.

 

 

Mais quel rapport existe-t-il entre cette co-naissance et cette connaissance conceptuelle ? Quel rapport entre la totalité de notre sensibilité au parfum de la rose et notre mémoire ou représentation du parfum de cette rose ? Quel rapport entre l'expérience non-duelle du contact du pain et la conscience duelle de cette croûte ?

 

 

Du point de vue de leur nature, de leur essence, il n'y a aucun rapport. Du point de vue de leur interprétation, ou de leur sens, il doit y avoir quelque rapport.

Il y a un rapport entre l'image sur une photographie et le paysage photographié. Il n'y a pas de rapport entre l'image-papier et la nature de la nature elle-même. 

 

 

Il est sûr que ce que l'on peut dire à propos de l'eau correspond mieux à notre co-naissance de l'eau qu'à notre co-naissance d'une écorce d'arbre. Mais ce que l'on peut dire de l'eau est de même nature que ce que l'on peut dire du parfum d'une rose, c'est une image mentale.

 

 

Ce qui permet, sous-tend cette co-naissance est, sans doute, ce que l'on devrait appeler la vraie conscience. Tous les êtres vivants sont doués d'une certaine forme de conscience.

Or, elle inclut aussi la représentation mentale. Il ne peut pas se faire que le sens de cette représentation soit en contradiction avec l'expérience dont elle prétend rendre compte quand les lois de notre l'organisme donnent un sens à cette expérience .

 

 

Le mot n'est pas la chose. Le mot ne change rien à la chose. En revanche, la chose changera quelque chose au mot si le mot veut la représenter.

 

 

Nous pouvons penser que nous plongeons dans la mer. Nous pouvons penser que nous sommes malades. Nous plongerons peut-être plus tard dans la mer, nous tomberons peut-être malade, mais le plongeon dans la mer ou la maladie ne se produisent pas dans notre pensée. Le monde de notre pensée est irréel. Ce qu'il se passe dans le monde de notre pensée est irréel. Il ne se passe rien en fait.

 

 

Il s'agit tout simplement de réaliser qu'il ne se passe rien effectivement dans nos pensées de tout ce que nous pensons. 

 

 

 

Notre pensée dit que untel est comme ceci, que nous sommes comme cela, que telle relation de cause à effet se produit, que tel événement devrait arriver etc etc Mais, la nature d'untel, notre nature, la relation de cause à effet, l'evénement, ne sont pas réels quand la pensée nous les rend présents mentalement.

 

N'étant pas réels, ils ne peuvent être pris pour la vérité. (A moins que vous ne soyez parvenus, par exemple, à déplacer des objets rien qu'en y pensant).

Si la pensée est au service d'une co-naissance, c'est une transposition de ce qu'il se passe ou s'est passé réellement.

 

 

Même dans ce cas-là, le mot n'est pas la chose, la transposition mentale est irréelle.

 

  

Si, en revanche, il n'y a que le mot et sa représentation, s'ils ne représentent aucune co-naissance effective présente ou passée, (la rencontre d'un dragon, d'un ange, l'expérience de la béatitude, de la miséricorde dont parlent les Evangiles, la rencontre de « l'homme » etc) si la pensée ne renvoie qu'à la pensée, c'est à dire qu'à un monde irréel, nous sommes dans l'imaginaire ou le fantasme purs.

 

On peut comprendre la nature de la pensée sous l'angle du temps. Le temps est toujours la pensée du temps de l'existence d'une chose. Tant que l'on croit en la réalité de ses pensées, on croit en la réalité du temps d'existence des choses contenues dans ses pensées.  

 

En effet, une chose à laquelle nous pensons existe dans notre pensée. Si elle existe, c'est dans le temps. La pensée de son existence est en même temps la pensée du temps de son existence.

Dans cette pensée, la chose à laquelle on pense a une durée de vie illimitée.  

Mais la pensée de cette chose et de son existence illimitée dure le temps de la pensée. Très peu de temps en fait.   
 

Si nous croyons ce que la pensée dit, nous croyons à la durée de vie illimitée de ce qu'elle contient. Nous ne voyons pas que la permanence de ses objets est impermanente.

Si nous n'y croyons pas, nous comprenons que ceci n'est qu'une illusion.


Quand le penseur épouse ses pensées, nous sommes ce penseur. Nous vivons dans un temps et un monde virtuels, irréels. 

 

Peut-on croire, par exemple, en un Dieu qui serait totalement absent ? Il doit être présent donc co-naissable ou plutôt notre (vraie) conscience elle-même. Nul besoin de foi ou d'imagination, c'est la pire des choses. S'il n'existe pas, Il n'existe pas.

 

 

«  Tout chemin de Dieu implique que Dieu n'est pas déjà ici, et maintenant, et c'est le déni de Dieu qui vous regarde droit dans les yeux en cet instant «  (Jeff FOSTER .- La Vie sans centre .- ed. L'Originel)

 

Par Jean Louis - Publié dans : dualite
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