(ou "Sermon sur la montagne" - Matthieu, 5)
Heureux les pauvres en esprit,
car le Royaume des Cieux est à eux.
Heureux les doux,
car ils recevront la terre en héritage.
Heureux les affligés,
car ils seront consolés.
Heureux les affamés et assoiffés de la justice,
car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux,
car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs,
car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix,
car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux les persécutés pour la justice,
car le Royaume des Cieux est à eux.
Heureux êtes-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute
et si l'on vous calomnie de toutes manières à cause de moi.
Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux.
" Pauvreté en esprit", " douceur", "miséricorde" , "coeur pur", " artisan de paix"
Il est absolument clair, incontestable :
- qu'il n'y a pas de réalité de référence universelle pour ces qualités.
- que chacun a sa représentation
ou conception propre de ces qualité, différente de celle des autres.
- que chacun est le seul connaisseur de sa
conception de ces qualités et méconnaît celle des autres.
Les mots cités, plus précisément les signifiants, sont offerts à la vénération en tant que valeurs en eux-mêmes. Ils sont, indépendants, au-delà, au-dessus de la réalité, de la vie réelle. Substantification « les».
Ces qualités sont un modèle, un idéal pour tous. Modèle unique à imiter.
Soumission ou conformité demandée pour être récompensé : car, car, si, si si
Encouragement au rêve, à la croyance, promesse d'une récompense future : ils obtiendront la terre, Fils de
Dieu, sera grande dans les cieux.
Exaltation de ceux qui se conforment à ces exigences : heureux, grande
Rejet, condamnation par défaut, logiquement, de ceux qui insultent ces modèles :
"heureux les" sous-entendu, malheur aux
autres. L'allégresse n'a de sens que du fait des peines endurées à cause des autres , des injustices commises par les autres.
Encouragement, glorification de la passivité, de la docilité : affligés, doux.
Conséquences :
Naissance de l'espoir et donc, de la crainte.
Autorité d'un schéma mental. Conflit interne. Souffrance. L'enjeu devient "soi",
ce qu'on est, comment on est. On devient responsable de son salut ou de sa perte.
La "pauvreté en esprit", la "douceur", la "miséricorde" etc de nos représentations
sont irréelles, imaginaires. Tenues pour vraies par le penseur, elles font de lui
un être d'illusion.
Recherche perpétuelle, interminable de la "vraie" pauvreté en esprit, de la vraie miséricorde etc
Evaluation des autres en fonction de sa conception de ces qualités.
Fierté de soi (voire plus) si on croit être fidèle à ces vérités.
Contrainte sur les autres, châtiment si sa représentation prend le pouvoir.
Division, conflit entre les différentes conceptions de ces qualités.
Facilitation de la tâche des tyrans, car il est bien évident que " l'oppresseur ne se rend pas compte du mal qu'implique l'oppression tant que l'opprimé l'accepte" (Henry David
THOREAU).
Le christianisme est bien la religion du "je", de l'ego. (Comme les autres monothéismes)
Conclusion :
Toutes ces "vérités" sont bien ordinaires n'est-ce pas ?
La "pauvreté en esprit", la "douceur", la "miséricorde" existent-elles en tant que telles ?
Il est évident que ces expressions ou ces mots prennent le sens qu'ils avaient, à
l'époque, ou le sens qu'ils ont aujourd'hui pour chaque auditeur ou chaque lecteur, selon leur culture, leurs connaissances, leur expérience.
Rien que de très culturel et conditionné. Et tout change.
Alors pourquoi vivre sous la coupe de concepts qui auront un autre sens demain,
en souffrir et entrer en conflit pour cela ?
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
" En fait, toutes choses apparaissent d'elles-mêmes dans la conscience qui est toujours
dans une ouverture totale. La conscience ne dit jamais "je veux ceci" ou "je ne veux pas cela" . Elle ne dit rien parce qu'elle accueille en permanence tout ce qui se présente en
son champ " (Francis LUCILLE)
LES BEATITUDES LES BEATITUDES LES BEATITUDES LES BEATITUDES LES BEATITUDES LES BEATITUDESLEE
Commentaires