
Ma lecture D'U.G.
Uppaluri Gopala KRISHNAMURTI signe ses livres U.G. pour ne pas être confondu avec son homonyme.
U.G. ne se présente pas comme un instructeur ou un gourou. Il ne se soucie pas de transmettre un enseignement. Son message, s'il y en a un, tient en peu de mots.
Il répond aux différentes questions qu'on lui pose et ce sont ces questions- réponses que l'on retrouve dans les ouvrages qui lui sont attribués. Peu de différences entre eux, donc.
Les propos iconoclastes d'U.G. peuvent irriter ou choquer. Il serait dommage d'en rester à cette première impression et de ne pas approfondir.
RENCONTRES AVEC UN EVEILLE CONTESTATAIRE
(U.G. Ed. Les Deux Océans)
" Comment puis-je vous faire comprendre cette chose si simple. Il n'y a pas de comment....Ce comment demeure en rapport avec les réponses fournies par d'autres que vous; vous avez donc à rejeter toutes ces réponses. La question doit se consumer d'elle-même et elle ne peut pas se consumer d'elle-même tant que vous attendez une réponse intérieure ou extérieure. Quand elle se consume ce qui demeure en vous commence à s'exprimer. C'est votre réponse et non celle de quelqu'un d'autre. Et vous n'avez même pas à trouver la réponse car elle est déjà là "
Nous sommes déjà là au coeur du problème.
Il y a lieu, pour commencer, de prendre en compte l'influence d'un "autre" ou des "autres" sur nous. Il y a une dialectique : le "comment", "attendre une réponse". Il faudra élucider cette dépendance.
" la vie essaie de détruire le barrage, cette structure morte de pensée et d'expérience qui n'est pas dans sa nature. Elle tente de sortir, de forcer la clôture. Mais vous ne voulez pas de ça.; sitôt que vous apercevez quelques fissures, vous vous procurez du plâtre et vous les comblez.
Qui n'a pas perçu intuitivement ou qui n'a pas pris conscience que la machinerie mentale (pensées) fonctionnait comme un intrus par rapport à notre véritable nature ? Qui continue son dialogue intérieur quand une nécessité vitale (maladie d'un enfant, risque majeur) se fait jour ?
" S'il existe un présent, vous ne pouvez pas en faire l'expérience. Vous n'expérimentez que votre connaissance du présent et cette connaissance est du passé. Alors à quoi bon tenter de faire l'expérience du maintenant qui ne peut faire partie de votre existence conscience ? Le maintenant n'existe pas pour vous sinon en tant que concept. "
Tout ce qui est de l'ordre de la notion, de la conceptualisation est de l'ordre de la connaissance (significations, relations du mot) Et la connaissance s'est constituée au fil du temps, elle renvoie à un passé d'apprentissage. Concevoir, penser le présent c'est réactiver cette histoire. Toute pensée est mémoire. Tout concept est, aussi comme on l'a vu, abstraction, imagination, dualité. Le présent est la non-dualité.
" Les saints essaient de vous enseigner et ils sont toujours ainsi dans le domaine de la dualité ; tandis que le sage...est dans l'état de conscience indivise. Il ne sait pas qu'il est libre, il n'est donc pas question pour lui de libérer les autres.....Pouvez-vous expliquer à quelqu'un qui n'a jamais eu d'expériences sexuelles à quoi ressemble une telle expérience ? "
L'expérience ne se transmet pas dit le bon sens populaire. (Parce que cette expérience n'est pas du savoir, qui, lui, pourrait se transmettre). Notre vraie nature est le meilleur témoignage qui soit.
Les saints sont dans la dualité parce qu'enseigner, c'est présenter la vérité sous forme verbale. Ce qui implique un penseur différent de la pensée. La sagesse, pour le sage, n'est pas quelque chose qui se puisse formuler, établir. Ce n'est pas de l'ordre du savoir mais de l'être. Il est sage. Cela rejoint, d'une certaine façon, les propos de HOUANG-PO dans ses "Entretiens" (ed. Les Deux Océans) :
" Ne rien trouver à transmettre, c'est ce qui s'appelle transmettre l'esprit.....si vous croyez qu'il existe une méthode qui se puisse prêcher, "vous me cherchez dans le son d'une voix" (soutra du diamant). Si vous croyez que le moi existe, vous en créez le lieu. Il n'y a pas non plus de méthode pour la méthode, car la méthode, c'est l'esprit. "
On pense aussi aux propos de MAHARSHI selon lesquels le silence est la suprême éloquence.
" A moins d'être dans cet état naturel, vous ne pouvez comprendre l'absurdités de vos recherches. Quand vous êtes là, vous saisissez que la recherche est celle du soi, ce soi dont vous voulez vous libérer. Il n'y a pas de vous indépendant de votre recherche. C'est précisément le but qui a créé le vous"
S'il n'y a plus de recherche, il n'y a plus de "soi". U.G. suggère que c'est la recherche elle-même qui crée ce "soi-même". Ce qui laisse supposer, étant donné que nous avons presque toujours conscience d'un "soi", que nous sommes presque toujours en recherche. Que serait un état sans recherche ?
Comment se fait-il que la recherche, caractéristique du soi, soit aussi celle de la disparition du soi ? Comment pouvons-nous renforcer notre soi tout en cherchant sa propre disparition ?
LE MENTAL EST UN MYTHE
(entretiens déroutants avec U.G. - ed. Les Deux Océans)
" Vous voulez saisir le sens de votre vie. Tant que vous persisterez à chercher le but et le sens de la vie, votre activité, quelle qu'elle soit, vous paraîtra dénuée de propos et de sens. L'espoir que vous conservez de découvrir ce sens rend votre état présent dépourvu de signification"
" C'est la pensée qui a créé le problème. Vous continuez d'espérer et de croire que le même instrument pourra résoudre de même vos autres problèmes. Vous espérez contre tout espoir que la pensée vous en tirera mais vous mourrez dans l'espoir comme vous avez vécu dans l'espoir"
Chercher un sens à notre vie nous rend inapte à vivre. C'est attendre, en effet, indéfiniment, que ce sens se fasse jour pour commencer à vivre en fonction de lui.
Chercher un sens à sa vie, c'est partir du principe qu'elle n'en a pas , à notre connaissance, présentement. C'est être, chroniquement, brouillés avec elle. C'est vivre dans l'utopie.
La pensée fait naître l'espoir et le nourrit. (Espoir d'une rétribution dans un au-delà, espoir d'une libération, d'une illumination, d'un lendemain meilleur etc) Mais c'est la pensée elle-même qui nous a convaincus qu'il existait quelque chose d'autre.
"Si vous voulez réaliser un projet "spirituel", l'instrument dont vous vous servirez sera le même que s'il s'agit d'un projet matériel - c'est à dire la pensée. Pour le moment d'ailleurs vous ne faites rien d'autre que penser. Et voici qu'il doit y avoir quelque objectif, quelque sens de la vie".
Comment croire à un Dieu, comment faire de la métaphysique sans penser ? Cette démarche spirituelle est partie d'une pensée et se sert de la pensée pour progresser. Dieu n'existe pour nous que parce que nous y pensons. Y-a-t-il plusieurs sortes, plusieurs natures de pensée. La pensée de Dieu, en tant que pensée, serait-elle différente de la pensée de son percepteur ?
Pourquoi la pensée d'une chose nous fait automatiquement croire que cette chose préexistait à cette pensée, comme s'il suffisait de penser à n'importe quoi pour que nous nous mettions à croire à l'existence de ce n'importe quoi tant que la preuve contraire n'a pas été formellement apportée ? (voir tous les mythes, légendes, superstitions)
La vérité n'est-elle pas que nous courons toujours après de nouvelles pensées, que nous ne pouvons pas nous arrêter de penser ?
" C'est l'existence même qui est importante, ce n'est pas comment vivre. Nous avons créé "comment" qui, à son tour, a créé notre dilemme. Votre mental fabrique des : que manger ? que porter ?comment se comporter ? Le corps n'en a cure...
Vous êtes vivant. Dès que vous introduisez la question : "comment vivre ?" vous avez fait de la vie un problème. Comment vivre a rendu la vie insignifiante. Dès que vous posez cette question, vous vous tournez vers quelqu'un pour la réponse et vous devenez dépendant. Et ce monsieur-là vous fait marcher".
Le corps, dirait MAHARSHI, n'est pas conscient. Il ne pense pas. Il ne se pose pas de question. Il fonctionne indépendamment de notre volonté ou de nos désirs. Vivre est une chose, cela nous a été donné. Le "comment vivre" est d'ordre culturel. C'est une création de la pensée. Mais la pensée n'apporte aucune solution définitive (sauf pour les problèmes pratiques et occasionnels). Au contraire, penser, c'est douter, s'interroger, hésiter, chercher. Il n'y a de pas problème sans pensée. Elle en invente sans cesse. Chaque produit de la pensée est une nouvelle occasion de penser. La pensée refuse de s'arrêter. Il lui faut, sans cesse de nouveaux aliments. Elle se tourne vers ceux qui lui en fournissent.
" En toute occasion, vos actes sont destructeurs des intérêts fondamentaux de l'homme puisqu'ils sont issus de la pensée qui est une chose morte. Forcer la vie à s'adapter à vos idées mortes et à vos hypothèses est votre difficulté fondamentale. Tout ce que vous défendez, croyances, expériences et aspirations, est le produit de la pensée et la pensée est destructrice car elle n'est rien de plus qu'un mécanisme protecteur programmé pour servir ses intérêts à tout prix"
Pourquoi la pensée serait-elle une chose morte ? Elle ne vit pas, n'évolue pas par elle-même, elle n'est pas capable de s'adapter aux changements puisqu 'elle est faite d'éléments codés ( signes, symboles, représentations) et que son sens est arrêté. C'est seulement parce que l'être humain est vivant et change que ses pensées évoluent et se renouvellent.
Si la pensée est là, dès le départ , et détermine de façon programmatique notre comportement, celui-ci ne peut qu'entrer en conflit avec la réalité changeante, que celle-ci nous concerne directement ou qu'elle concerne le monde qui nous entoure.
Mais comment expliquer que la pensée soit un "mécanisme protecteur programmé pour servir ses intérêts" ? Il y a là une action qui paraît presque intelligente.
" Tout acte volontaire quelle que soit sa direction est violence.Tout effort est violence. Tout ce que vous faites avec le concours de la pensée pour créer en vous un état de paix utilise la force et, par là même, est violence. Vous tentez d'imposer la paix par la violence. Yoga, méditations, prières, mantras sont des techniques violentes. L'organisme est très paisible. Vous n'avez rien à faire"
U.G. semble opposer le fonctionnement harmonieux, apaisé du corps au fonctionnement du mental placé sous l'égide de la pensée. Tout ce qui s'apparente à la volonté (effort, exercices, techniques etc ) serait violence contre soi-même. Nous comptons parvenir à un état sans effort par l'effort, à un état serein par la violence.
La paix, la sérénité véritables ont-elles un rapport avec l'idée que nous nous faisons de la paix, de la sérénité ? Nous n'en sommes pas sûrs et pourtant nous luttons pour perpétuer ou faire triompher ces idées.
"Vous n'avez rien à faire" est proprement incroyable.
" Le désir de libération est la cause de notre problème. Vous tenez à vous voir libre. Celui qui vous dit : "Vous n'êtes pas libre" est celui-là même qui vous parle d'un état de "libération" qu'on doit rechercher. Mais la recherche est la servitude, le refus de liberté....
Puisque je suis dans l'inconnaissance et que je n'ai aucun moyen de me voir sinon par la connaissance acquise par la culture, la question d'un éventuel désir ne se pose pas du tout. La connaissance que vous avez de la liberté annule la possibilité même de libération. Quand vous cessez de vous regarder du point de vue de la connaissance acquise, le désir de libération disparaît de lui-même"
Quelle valeur, quelle vérité peuvent bien posséder une connaissance de soi qui doit tout aux définitions, catégories, concepts en cours dans la culture ambiante ? Cette prétendue connaissance n'est que le point de vue d'un milieu culturel. Cette idée selon laquelle on ne serait pas libre n'est que le point de vue d'un milieu culturel. Adopter ce point de vue et les conclusions qu'il implique, c'est s'en rendre esclave. Nous rejetons ce que nous sommes. Nous dépendons désormais de tout ce qui pourrait nous permettre de nous rapprocher de l'état désiré. Cet état étant une création de l'esprit, nous ne l'atteindrons jamais.
Le désir de libération n'est que le produit de ce conditionnement culturel.
Prendre conscience qu'il est impossible de se former la moindre opinion, la moindre idée de soi-même sans recourir aux éléments culturels ci-dessus et que dans ces conditions, la réalité de ce que l'on est nous échappe à jamais. Tous les discours visant à donner un sens préalable ou préconçu à l'homme, à la vie, tombent d'eux-mêmes.
" Ce que je tiens à souligner, c'est que l'ensemble du problème a été créé par la culture. Elle a créé chez l'homme une rupture névrotique. L'homme en un certain point a dévié de sa ligne et fait ainsi l'expérience de la conscience de soi que les autres animaux ignorent"
Ce n'est pas une supériorité sur l'animal, pour U.G., que cette conscience de soi, conscience d'exister. C'est la boîte de Pandore. A cause d'elle, notre vie n'est plus harmonieuse, naturelle, mais régie par des éléments culturels qui agissent de façon obsédante.
" Oubliez la société idéale, l'être humain idéal. Contentez-vous de voir comment vous fonctionnez. C'est cela qui importe. Ce qui prévient la pleine floraison de notre organisme dans son unicité, c'est notre culture. Elle a situé l'erreur - l'homme idéal - avant l'homme....
Votre séculaire culture religieuse a mis sous vos yeux l'homme idéal, la femme idéale, et tente de les couler dans ce moule de perfection. C'est impossible. C'est contre-nature. La Nature crée activement des individus absolument uniques alors que la culture a inventé un seul modèle auquel on doit se conformer"
Le propre de la culture est de créer des modèles fixes. L'instrument dont elle se sert est le langage. Et le langage est constitué de concepts, de catégories. (Voir dans le blog2 l'article "Eveil, veille et rêve " chapitre "Ce que le mot dit")
Il ne peut qu'y avoir conflit entre un être, toujours unique, et le modèle collectif ou le moule dans lequel on veut le faire entrer. Les schémas culturels, les concepts ne sont ni vivants, ni précieux en tant que tels. Ils s'opposent à la vie au lieu de la servir.
Vos problèmes se prolongent en raison des solutions fausses que vous avez inventées. Si les réponses ne sont pas données, les questions n'ont pas de raison d'être....Problèmes et solutions sont interdépendants. Du fait que vous vous servez de telle ou telle réponse pour en finir avec vos problèmes, ces problèmes subsistent. Les nombreuses solutions préconisées par les dévots, les psychologues, les politiciens ne sont pas vraiment des solutions. C'est évident. Si elles étaient légitimes il n'y aurait plus de problèmes."
Lorsque l'on refuse de remettre en cause les solutions proposées par nos maîtres à penser ou nos guides favoris parce que cela reviendrait à remettre en cause ces maîtres et guides eux-mêmes, on en est réduit à attendre, à espérer que quelque changement particulier et mystérieux se produise dans notre situation qui rende efficaces ces solutions fausses.
Notre croyance, notre confiance entêtées en la valeur de nos maîtres nous conduisent à garder indéfiniment nos problèmes. Ce qui tend à montrer que nous avons bien davantage envie de rester avec nos idées fausses et nos maîtres que de résoudre nos problèmes.
LE DOS AU MUR
(Le mythe de la perfection . Commenté par Jean-Michel Terdjman - Ed. Les Deux Océans)
" L'homme qui a prêché l'amour était corrompu, parce qu'il a créé une division dans sa conscience....Cet homme qui nous a parlé d'amour est responsable, parce que l'amour et la haine vont ensemble....Ce n'est pas la faute des disciples, les disciples sont le produit de l'enseignement.....Qui dit amour du prochain dit dualité. Là où il y a division il y a destruction. Il y a dualité dans la compassion - on est bon ou pour son prochain ou pour soi-même -. Votre conscience est divisée. "
Prêcher l'amour, c'est en faire un concept qui est immédiatement associé au contraire de l'amour : la haine. Prêcher l'amour du prochain, c'est poser le prochain comme séparé de soi-même. C'est aussi prêcher le non-amour ou la haine pour soi-même. (Et on a vu les résultats désatreux)
Prêcher, c'est vouloir soumettre les autres à un message. C'est faire de ce message un instrument de pression ou de pouvoir.
" Vous voulez savoir ce que vous êtes. Le problème est là. Vous n'avez aucun moyen de savoir, vous ne pouvez pas le savoir.....Ce que vous savez est toujours relié à ce que vous voulez être. Ce que vous voyez ici, en vous, est à l'opposé de ce que vous voudriez être, de ce que vous désirez être, de ce que vous devriez être. Qu'est-ce que vous voyez ici ?
Vous voulez être heureux, alors vous êtes misérable. Vouloir être heureux est la cause de votre misère. Ce que vous voyez ici est à l'opposé de votre but, votre désir d'être heureux, votre idée de bonheur. Vous voulez sentir le plaisir sans arrêt, voilà ce qui amène la souffrance.
Le vouloir et la pensée vont toujours ensemble. Ce ne sont pas deux choses différentes.
Tout ce que vous voulez amène la souffrance, parce que vous commencez à cogiter. Le vouloir et la pensée. Si vous ne désirez rien dans ce monde, il n'y a pas de pensée. Ce qui ne signifie pas qu'il n'y a pas de pensées"
Plus haut, U.G. nous expliquait que notre connaissance de nous-mêmes devait tout à notre culture particulière. Il ajoute, ici, qu'elle dépend de ce que nous voulons être, ce que nous voulons être ne pouvant qu'être le produit de notre culture. Ce que nous pensons être est le négatif de ce que nous devrions être selon notre éducation et conditionnement particuliers.
Ce que nous sommes (notre conscience de nous-mêmes), c'est ce que nous ne sommes pas. (Voir "De l'enfant à l'adulte" in "Dualité et violence"). C'est un jugement permanent.
Objectiver, c'est introduire une dualité radicale, c'est poser à distance de soi. Objectiver une qualité morale, un état mental, c'est en faire une entité différente de soi. Prendre cette qualité ou cet état pour but, c'est justifier l'idée que notre moralité ou notre état mental est le contraire de ce qu'il devrait être. Vouloir être heureux, bon etc c'est présupposer qu'on n'est pas heureux, bon, c'est qualifier un état d'être qui ne l'était pas auparavant.
La volonté se base sur un savoir, une pensée. La pensée, elle-même, est une conclusion qui suscite la volonté. (Voir aussi l'article " raison d'être")
" Vous voyez, vous avez mis en marche un mouvement de pensée qui détruit la paix qui est déjà là....Tout mouvement de pensée, quelle que soit sa direction quel que soit son niveau, est un facteur de destruction du fonctionnement calme et paisible de cet organisme vivant - qui n'a que faire de vos aspirations spirituelles."
" Tout ce que vous voulez accomplir est basé sur le moi. Je dis basé sur le moi et vous pensez aussitôt : attention, à éviter, parce que votre idéal est l'absence du moi. Mais tant que vous agissez en vue du non-moi, vous êtes ancré dans le moi. Quand l'énergie du désir d'aller au-delà du moi n'est plus, alors le moi n'est plus "
La caractéristique des aspirations spirituelles (ou psychologiques) est de susciter des pensées qui portent sur le sujet lui-même. Elles prétendent imposer leur propre schéma, leur propre but à la personne qui pourrait fonctionner harmonieusement.
Le but sert le moi ou l'ego. C'est toujours une acquisition, une conquête qui ne peut mener qu'à une satisfaction personnelle.
" Cet organisme vivant n'a que faire d'une continuité temporelle mesurée en années. Il fonctionne d'un moment à l'autre. La perception sensorielle fonctionne d'un moment à l'autre. Il n'y a pas de continuité de la vision au niveau du physique; il n'y a pas de continuité de l'auditif au niveau du physique; il n'y a pas de continuité de l'odorat au niveau du physique; il n'y a pas de continuité quand on mange ou quand on touche - tout est déconnecté et disjoint"
Dans l'article "Un seul" (blog2), nous montrons que perceptions et pensées sont discontinues. La continuité est une idée (le sens d'une pensée) impliquant un passé, un présent et un avenir. Cette idée, c'est la permanence d'un moi qui relierait tous ces moments.
" Vous croyez qu'il y a quelqu'un qui pense vos pensées, qui ressent vos sentiments, c'est une illusion"
" Cette volonté de manipuler vos sensations n'est là que quand vous vous posez séparément de la sensation de plaisir, et que vous commencez à cogiter sur la manière dont vous pourriez la faire durer plus longtemps, à faire durer votre instant de bonheur.
Vous avez maintenant concu la situation et maintenant que vous avez une idée de votre plaisir, un désir de faire quelque chose va inévitablement s'ensuivre.....vous vous êtes créé un problème"
" Vous ne voulez pas vous retrouver sans problème. Donc, le problème, c'est vous. Si vous n'avez pas de problème, vous allez vous en fabriquer un. La fin du problème signifie votre propre fin.".
Tant que la sensation, par exemple, n'est pas pensée, il n'y a pas dualité. Avec la pensée de la sensation vient le penseur qui se croit distinct de la pensée. La pensée et le penseur sont conditionnés par des schémas directeurs qui introduisent un problème à propos de la sensation.
Il faut qu'il y ait pensée pour qu'il y ait penseur. Ce qui signifie qu'il n'y a pas de penseur permanent. La fin de la pensée, l'extinction des problèmes signifient également la fin du penseur.
" C'est tellement simple. La structure complexe que vous utilisez (la pensée) est précisément incapable de cette simplicité. Voilà le vrai problème. ..La structure est si compliquée qu'il lui est impossible de considérer pour un instant que ça pourrait être simple. Alors on va comprendre plus tard, pas maintenant. Mais demain, ce sera la même chose "
Où y aurait-il de la complexité s'il n'y avait pas de pensée. C'est dans la nature de la pensée de se subdiviser, de se complexifier à l'infini. C'est peut-être valable pour un appareillage très compliqué. Mais si le problème est simple, plus on y pense et plus on le complique.
Comment un esprit compliqué pourrait-il cesser de projeter sa complexité sur les choses qu'il examine ?
Quand les efforts de la pensée s'avèrent infructueux, elle ne peut que mettre ses espoirs dans de nouvelles recherches, de futures trouvailles .
Tant que la solution n'est pas trouvée, et elle ne l'est jamais, elle est remise à plus tard. Remettre l'action à plus tard, c'est décider de ne pas agir, c'est un évitement. Agir, c'est maintenant.
" La culture vous a insufflé ce désir d'être autre chose que ce qu'on est, cette aspiration à être autre, à être meilleur.Voilà le tour que votre héritage tout entier vous a joué.....vous devenez un rouage dans la machine à maintenir la continuité du système. Vous en faites partie intégrante..... Vous êtes dans un état de névrose parce que vous voulez deux choses contradictoires en même temps. D'un côté vous voulez être autre que ce que vous êtes; c'est une nécessité sociale pour pouvoir en faire partie et aider au maintien de la continuité de la structure sociale. Mais d'un autre côté vous ne voulez pas changer.
Quand vous en avez fini avec cette exigence de devenir autre que ce que vous êtes, le souci de changer le monde disparaît lui aussi...
Vous vous débattez sans arrêt, courant après quelque chose qui n''existe pas et qui ne signifie rien du tout mais qui vous donne l'impression que rien d'autre n'est important pour vous que l'action. Et il n'y a même pas la réalisation de l'objectif, seulement la fuite en avant.
Vous ne pouvez vous résoudre à en voyer au diable et les solutions et ceux qui vous les font miroiter. Le passé entier de l'humanité vous
étouffe - qu'il disparaisse et il ne reste plus que le courage d'être."
En fait, une société est fondée sur un mythe, une perspective générale motivante. Nous ne savons pas vivre sans donner un sens à notre vie ou sans chercher à lui donner un sens. Une société ou
une civilisation ne peut pas non plus perdurer sans une espérance collective qui cimente les relations entre les communautés et les individus. Les modèles, les normes, les
idéaux sont les expressions nécessaires de ce mythe. Ils permettent d'entraîner les hommes sur la voie du rêve collectif.
Malheureusement, un mythe reste un mythe, un rêve reste un rêve. Il se trouve que de vouloir être un personnage imaginaire a quelques inconvénients. Les êtres humains ne sont pas des
créatures imaginaires sinon ce mythe fonctionnerait parfaitement.
Quand nous venons au monde, nous sommes, sauf problèmes particuliers souvent passagers, en parfait état de fonctionnement physique et mental. Et normalement, le petit enfant est heureux de vivre,
même s'il ne sait pas dire bonjour à la dame.
L'idée de changer, de se changer ne peut que se fonder sur des raisons tout à fait relatives, arbitraires (produites par une société donnée à une époque donnée). Il n'est donc pas naturel que
l'être humain, qui transcende les sociétés, ait à changer sa nature pour correspondre à un schéma si artificiel. Sans compter que si la société était une personne, il n'est pas certain que
nous la trouverions fréquentable.
Je dirais donc qu'il y a un conflit entre notre dimension ontologique et notre dimension sociale. Je doute que "l"existence précède l'essence" comme disait Sartre. L'existence précède
le sens, la conscience précède la pensée.
En fait, ce n'est pas au monde d'inventer l'enfant qu'il veut, c'est à l'enfant d'inventer le monde qu'il souhaite et d'en devenir responsable.
LA PENSEE EST VOTRE ENNEMIE
(Ed. LES Deux Océans)
" Le vous tel que vous vous expérimentez est votre identité. Avec l'aide de la mémoire, l'identité maintient sa continuité. Si elle n'était pas là vous ne savez pas ce qui
arriverait.....Ce procédé de la pensée a mis des millions d'années à organiser sa survivance et est prêt à n'importe quoi pour maintenir sa continuité"
C'est un sujet difficile que l'identité, la conscience de soi. On sait que dès le réveil, on se reconnaît. On n'a pas l'impression d'être un autre. Cette reconnaissance quasi immédiate et
globale est ce que nous appelons notre identité. Ce n'est pas un simple souvenir, une représentation duels, c'est une expérience vécue, intime, profonde.
On peut parler de continuité puisqu'il y a reconnaissance voire une certaine permanence de cette expérience.
Mais on peut se demander de quoi elle est constituée et comment elle fonctionne. Au sortir d'un coma qui a effacé la mémoire, il peut arriver de ne plus savoir qui on est. La mémoire a donc
un rôle important dans cette affaire.
Quelle mémoire ? Comment s'organise-t-elle ?
U.G. semble indiquer que ce processus est le fruit d'une très longue évolution.
" La société culturelle nous a créés, en tout et pour tout afin de maintenir la continuité, et le statu quo. Conjointement elle a créé une idée : celle de l'individu. Mais en réalité il y a conflit entre les deux : l'idée de l'individu, et l'impossibilité de fonctionner en tant qu'individu séparé et distinct de la totalité de la pensée et des expériences de l'homme "
Quand nous regardons un bateau ou une voiture, nous savons que c'est une oeuvre collective et que ce n'est pas nous qui les avons fabriqués. Les idées qui sont arrivées dans notre tête sont aussi
le fruit de la collectivité, un fruit qui a mis longtemps à mûrir. Nous en devenons les garants souvent acharnés. Parmi ces idées, il y a l'idée structurante, paradigmatique que nous sommes des
individus : entités distinctes, autonomes, responsables. Comme cette idée est dans notre tête et que nous en sommes les seuls témoins, nous croyons que nous en sommes l'auteur.
Il faut, en effet que nous le croyons, et que nous croyons que c'est nous qui décidons ce que la société avait prévu que nous fassions.
Mais il n'est pas question que nous ayons des idées vraiment différentes, indépendantes et agissions en conséquence. Il n'est pas question que nous soyons des individus distincts, autonomes,
responsables.
" L'instrument dont on se sert pour se libérer de la chose appelée "esprit" est l'esprit. Il n'y a rien d'autre qui s'appelle esprit, autre que ce que vous faites pour vous libérer de l'esprit.
Mais un jour s' il vous apparaît par quelque étrange chance ou miracle, que l'instrument dont vous vous servez pour tout comprendre n'est pas l'instrument, et qu'il n'y a pas d'autre instrument
vous serez frappé comme par la foudre de l'éclair "
Comme si nous étions tombés dans les sables mouvants et que le moindre de nos mouvements ne servait qu'à nous enfoncer un peu plus. Ou comme si nous
étions accrochés à un arbuste au flanc d'une falaise et que le moindre de nos mouvements risquait de l'arracher et de nous précipiter dans le vide.
On ne peut mettre en mouvement l'esprit pour se libérer de l'esprit. Réaliser cela, c'est en prendre brusquement conscience. Mais on ne peut se servir de l'esprit ou de la pensée pour en prendre
conscience.
(Remarque : d'accord, mais la prise de conscience devrait être plus facile si l'esprit est calme et en ordre)
" Voyez-vous, le système de valeurs est faux.....Vous jetez une quantité d'énergie dans ce business de vous adapter au cadre de ce système de valeurs...Le "vous" que
vous connaissez est la puissance du savoir qui vous a été transmis. Il possède la question que vous estimez être la question intelligente. Par l'exigence d'une réponse à votre question votre
"vous" cherche à savoir comment se renforcer lui-même...Il n'y a pas d'individu. La culture, la société, appelez cela comme vous voulez, ont créé un vous et un moi pour le seul motif de maintenir
sa continuité. Mais en même temps, on nous fait croire que nous sommes devenus des individus. Cette dualité a provoqué en nous une situation névrotique."
Poser une question implique de se fonder sur un savoir préalable. La question naît de la réponse que l'on possède déjà, elle n'est
que l'envers, la forme interrogative de cette réponse. Une réponse donnée qui n'aurait rien à voir avec celle que l'on possède ne pourrait être reçue. Si la réponse est reçue, c'est qu'elle
correspond ou confirme la réponse possédée. Le "vous" qui enquête, s'interroge, va donc toujours perpétuer le système de pensée déjà existant, c'est à dire le système de valeurs, le système de
compréhension du monde transmis par la société.
Le "vous" inventé, investi, par la culture sert donc celle-ci. Sa vocation est de retourner dans son giron et de s'y faire une place (poste d'autorité, reconnaissance). Il ne peut la
remettre en cause.
On peut même dire que développer un système de valeurs ou une morale philosophique, que ceux-ci soient conformistes ou anticonformistes, classiques ou révolutionnaires voire scandaleux, est
terriblement conformiste. (A voir dans un prochain article du blog2)
COLOQUINTESSENCE
( U.G., Yvette RIELLE - Ed. Les Deux Océans)
" Toutes les profondeurs psychologiques intérieures, aussi extraordinaires qu'elles puissent être, sont sans valeur parce que c'est la pensée qui les a créées et qu'elle en assure la continuité et le statu quo "
Les caractères et problèmes psychologiques sont le fruit des pensées installées dans l'esprit.
Avis aux psychologues de tous genres qui poursuivent les mirages de la pensée et élaborent des systèmes sur le fonctionnement du psychisme en s'appuyant sur les effets escomptés de faits de
culture.
" La permanence est quelque chose qui n'existe pas et c'est ce désir de permanence qui est la cause de notre souffrance....La vie, si je peux utiliser ce mot, la façon dont elle fonctionne est un mouvement dont nous n'avons pas la possibilité de découvrir ce qu'il est. Toute tentative de notre part de le capturer dans le cadre de la connaissance déjà acquise est vouée à l'échec"
Il est certain, n'est-ce pas, que l'on ne peut que souffrir si l'on espère que ce qui ne dure pas durera toujours ou si l'on s'efforce de maintenir à tout prix ce
qui est mort.
Savoir ce qu'est la vie ? Si c'était possible, nous serions capable de la créer à volonté..
" j'ai réalisé, en ce qui me concerne, qu'excepté les besoins fondamentaux qu'il est nécessaire d'apprendre, nous apprenons de toute façon sans nous mettre dans tout ce processus éducatif...Il y a vraiment peu à apprendre des autres. Tout ce que nous avons besoin de savoir est déjà là"
Nous devons subvenir à nos besoins fondamentaux et à ceux de notre famille. En dehors de cela, l'arrogance des soi-disant éducateurs est immense. "apprendre, dès leur enfance, tout ce qui
ne leur servira pas" chantait Jacques BREL. On pourrait dire, en manière de boutade, que l'ignorance est une invention de ceux qui prétendent savoir mieux que nous ce que l'on devrait savoir
et qui veulent nous l'enseigner. U.G. remet en cause la culture en tant qu'elle suscite des problèmes innombrables, qu'elle nous charge de savoirs inutiles attentatoires à
notre équilibre naturel.
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REMARQUE : si cet article vous donnait envie de lire U.G. , je me permets de vous suggérer de
commencer par : "Rencontres avec un éveillé contestataire" . Ensuite
éventuellement "le dos au mur "
et "le mental est un mythe". Terminer, de préférence, par "La pensée est votre ennemie" .
Les sites ou articles consacrés à U.G. sont suffisamment rares pour être signalés.
Voir particilièrement : http://groups.msn.com/Lespassants/ug.msnw
Videos d'U.G. en anglais ici : http://video.google.com/videosearch?q=krishnamurti&num=10&so=0&start=10
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