
Le sens à donner aux événements, aux écrits, aux discours divers semblent mobiliser toute l'attention de ceux qui s'expriment.
Comme si les choses ne commençaient qu'avec le point de vue, l'opinion que l'on adopte. Les médias transforment la société en champ clos pour ces opinions. Le grand enjeu étant de façonner,
d'influencer, d'éclairer, de former les opinions des uns et des autres.
En amont de l'opinion, qu'y a-t-il ? Existe-t-il quelque chose d'interessant ?
Je vous propose cette petite expérience fortement inspirée d'un propos de Ramana MAHARSHI :
Prenez un verre, remplissez-le d'eau. Regardez le verre d'eau en imaginant qu'un singe est en train de le boire. (A la place du singe, vous pouvez mettre n'importe qui)
Maintenant, essayez de boire ce verre d'eau sans penser à un singe buvant un verre d'eau. ....? ? ?
L'image du singe buvant un verre d'eau s'est trouvée mémorisée et réapparaît aussitôt. Nul besoin d'adhérer à l'idée. C'est automatique.
Il se trouve, n'est-ce pas, que nous avons une mémoire. Il se trouve que cette mémoire fonctionne ou peut fonctionner sans que nous ayons besoin de nous en occuper, sans avoir à décider quoi que
ce soit, sans effort de notre part.
Il se trouve que nous ne contrôlons pas ce que notre mémoire emmagasine.
Il se trouve que nous ne retenons pas seulement ce que nous voulons retenir. Il se trouve même que nous ne retenons pas uniquement ce dont nous sommes ou avons été conscients.
Il se trouve, comme d'innombrables expériences le prouvent, que la mémoire réagit en émettant des images, des idées, des mots.
Il se trouve que ces images, ces idées, ces mots surgissant dans notre esprit, ont tendance à produire des effets, à nous mobiliser.
Nul besoin de notre adhésion.
Notre univers mental ? C'est simple. C'est l'ensemble des images, des pensées, des mots qui nous viennent spontanément à l'esprit au quotidien.
On peut laisser les facteurs divers et variés qui vont influer sur la mémorisation et les réactions de la mémoire aux psychologues qui vont rivaliser de théories ingénieuses, préoccupés
qu'ils sont de démontrer qu'ils ont un pouvoir sur le psychisme humain.
Il suffit de savoir que la mémoire, c'est sa fonction naturelle, réagit aux stimuli et sollicitations de l'existence sous forme de pensées et d'images. Mais nous ne pourrons jamais
contrôler ni les éléments mémorisés au fil de l'existence, ni les conditions d'apparition de ces images et pensées.
Plus grave encore, le processus de mémorisation implique un certain accord de notre part, une approbation qui ne sont pas forcément volontaires, lucides. On ne peut pas retenir quelque chose
que nous rejetons, refusons, écartons.
Don Miguel RUIZ, dans "Les quatre accords toltèques" va plus loin :
" La seule façon de conserver de l'information, c'est d'être d'accord avec elle "
Et cet accord est souvent accordé à la légère ou sans y prêter attention.
Le monde dans lequel nous vivons, ce qui constitue notre univers quotidien : travail, loisirs, médias, environnement, univers culturel etc peuvent être enregistrés en mémoire et ressurgir
sous formes de pensées agissantes ou structurantes .
Pendant que les médias diffusent les avis des uns et des autres prétendant nous informer, il se trouve que les thèmes, les images, les idées fortes de ces émissions se gravent concrètement dans
notre mémoire. Inutile de dire que si des thèmes ou des idées sont ressassées, nous avons peu de chance d'échapper au marquage.
Alors tous ceux qui regardent des films violents, s'identifient à des héros violents, jouent à des jeux-video violents, entendent des chansons violentes n'agresseront pas forcément quelqu'un
physiquement, mais il leur viendra des images violentes, des pensées violentes. Seulement cela ne se voit pas. L'univers mental est invisible.
De la même façon, le pouvoir de la publicité ne réside pas dans le bien-fondé ou la logique de ses messages mais dans le fait qu'ils sont rabachés de façon identique à longueur de journée.
Elle cherche à s'enraciner durablement et profondément en mémoire pour provoquer des réflexes conditionnés ou pour déclencher des pensées inconscientes qui aboutiront à des comportements
instinctifs.
La meilleure façon d'établir son pouvoir, son influence sur quelqu'un, en dehors des institutions et structures qui confèrent ce pouvoir, est de s'en prendre à sa mémoire. D'où les
apprentissages par coeur, les répétitions, les techniques pour marquer les esprits (idéalisation, émotion etc)
Lu ici : http://mandala.skynetblogs.be
Surveille tes pensées, car elles deviennent tes mots.
Surveille tes mots car ils deviennent tes actions.
Surveille tes actions, car elles deviennent tes habitudes.
Surveillent tes habitudes, car elles deviennent ton caractère.
Surveille ton caractère, car il devient ton destin.
Mais n'oublions pas qu'hier est de l'histoire ancienne,
demain est un mystère et aujourd'hui est un cadeau. (anonyme)
Tous les vices, toutes les violences, toutes les injustices, toutes les folies sont dans la société. C'est une source immense et inépuisable d'occasions d'exercer tous ses mauvais penchants, de
réaliser tous ses désirs.
Ainsi, nous sommes comme affranchis du devoir d'examiner la nature et la justesse de nos envies ou idées si ces envies et idées se trouvent déjà dans la société.
Elles apparaissent alors comme des éléments de socialisation, de reconnaissance. Elles sont, de ce fait, quasiment légitimées.
Il est impensable de proposer la société en exemple, de faire de la socialisation un but si on donne à ce mot le sens, non pas d'art des relations humaines, mais de conformité ou
d'adhésion aux forces sociétales ou aux créations de la société.
Sans bien comprendre la façon dont il se forme, sans connaître tous les facteurs qui interviennent dans la mémorisation, nous sommes quand même bien obligés d'admettre que notre univers
mental va dépendre de l'existence que nous menons : les idées et les événements auxquels nous prêtons attention ou auxquels nous accordons de l'importance, les sollicitations du
monde environnant, tout ce que nous faisons et disons. Parce que nous ne maîtrisons ni les processus de mémorisation ni les processus de remémoration, ni nos pensées, nous devons nous
soucier de ne pas nous faire de mal.
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