1 MON PROPRE OBJET
Je suis mon propre objet. Je suis mon propre objet quand je me projette dans le futur et entreprends une action qui a pour but , directement ou indirectement, de me changer. Mais pour savoir si j'ai changé, il faut bien que je me fasse une idée de moi-même. Cette idée doit être différente de celle que j'avais précedemment.
Quels que soient mon mode de vie, ma personnalité, mes intentions, est-ce que je n'essaie pas de me changer, de m'améliorer ? La conscience que j'ai de moi-même ne me satisfait pas. Je m''imagine autre. Comment pourrait-il en être autrement : toute la morale, tous les modèles, échelles de valeur prônés par la société sont un appel à la transformation, l'accomplissement de soi. Elle propose différentes voies.
La recherche de soi n'est, souvent, qu'une forme plus subtile, plus détournée, plus intellectuelle (ou spirituelle dit-on aussi) de ce projet de modification de soi.
Mais alors la question se pose : qui veut modifier qui ?
Qui est celui qui prétend imposer sa loi, diriger les opérations ? Sur quoi se base-t-il pour cela ? Quelle est sa légitimité ? Serait-il parfait, omniscient ? D'où lui vient cette prétention ?
Qui est celui qui doit être modifié ? Est-il aussi insatisfaisant que cela ? Existe-t-il vraiment ou toujours ? Est-il identifié, cerné ? Quand on sait que celui qui agit et celui qui subit sont une seule et même personne, on se demande comment tout cela fonctionne.
Je peux comprendre que j'augmente ma masse musculaire si je veux devenir sprinter, que j'acquiers des connaissances si je veux exercer un métier, que je modifie mon comportement si j'entre dans un milieu aux coutumes différentes etc Toutes ces modifications sont limitées, superficielles ou accessoires.
DUALISME : Mais rien ne va plus si je dois me changer moi-même, sans limites claires, parce que je n'ai pas une bonne opinion de moi-même ou parce que j'ai un idéal, Dans les exemples précédents, je ne m'identifiais pas mes à muscles, à mes connaissances ou à des comportements. Dans le cas présent, j'introduis un clivage, une dualité radicale en moi. Je suis déchiré. Une bonne recette pour être malheureux.
Plus mon action sur moi-même est accentuée et plus cette dualité s'aggrave. Un effort important suppose une résistance forte puisque tout est intérieur.
IL N'Y A PAS DE RECHERCHE DE SOI, D'INTERROGATION A SON SUJET, DE SOUCI DE SON SORT SANS UNE REMISE EN CAUSE DE SOI PAR UN JUGEMENT DE VALEUR.
Car soi, pour être un objet de conscience, doit être un objet de pensée. Le caractère flagrant, évident de la conscience de soi est le résultat d'une pensée affirmative, évaluative, critique.
Un exemple au hasard (parmi des milliers) de pensée évaluative : extrait d'un article de Philippe AUBERT (de l'Eglise Réformée) paru dans la revue "Vivre" :
"On se regarde un jour dans les couples d’en face, et on n’a plus rien à se dire, on ne s’est pas aperçu que, pendant dix ans de vie commune, on a passé son temps à s’occuper de ce genre de petits riens, plutôt que de s’occuper de ce qui était fondamental pour la vie du couple. Il en est de même pour la foi et la spiritualité, pour les relations avec les autres, et pour la structuration de notre propre individu. Zapper n’a jamais forgé une âme, ni même un esprit."
"rien à se dire" " pas aperçu" " petits riens" oublier le "fondamental" "zapper" par opposition à l'idéal d'une vie où on s'occuperait du fondamental, de la spiritualité, de l'âme.
(Mais c'est peut-être parce qu'il voit la vie depuis son idéal que les petites choses lui paraissent sans intérêt et qu'il passe à côté de ce qu'elles peuvent recéler).
La conscience de soi devient conscience aigue, douloureuse d'une vie ratée.
Le pendant indispensable de l'image dévalorisante, c'est le système de valeurs. Un exemple parmi des milliers dans ces lignes de Boris CYRULNIK (extraites de " L'ensorcellement du monde" Editions O Jacob) :
"Car l'angoisse nous contraint à la créativité, et
la culpabilité nous invite au respect. Sans angoisses, nous passerions notre vie couchés. Et sans culpabilité, nous resterions soumis à nos pulsions.
L'angoisse n'est digne d'éloge que lorsqu'elle est source de création. Elle nous pousse à lutter contre le vertige du vide en le remplissant de représentations. Elle devient source d'élan vers
l'autre ou de recherche de contact sécurisant comme lors des étreintes anxieuses. "
Il y a la bonne et la mauvaise angoisse. Il y a des valeurs à ne pas perdre de vue : les représentations, l'élan vers l'autre, la créativité, le respect. Système de valeurs (donc éloge) dont le revers, à proscrire, serait l'inaction et la soumission aux pulsions.
Remise en cause chez AUBERT, appel, exigence chez CYRULNIK. Rejet, critique de certains comportements, nécessité de s'examiner, de
s'évaluer soi-même en fonction de certains critères.Ces deux auteurs se ressemblent et se complètent.
2 L'EN-JE, C'EST MOI, RIEN NE VA PLUS
L'enjeu, c'est moi. C'est ma volonté. Je suis investi d'une tâche, d'une mission. AUBERT et CYRULNIK comme une multitude d'autres personnes prolongent, renforcent les modèles et idéaux déjà présents chez leurs interlocuteurs. Ils dessinent l'image à laquelle il ne faut surtout pas ressembler. Ils suscitent l'inquiétude, encouragent l'effort sur soi. Le conflit interne s'installe. La dualité s'approfondit. .
Qui veut changer qui , demandai-je.. AUBERT pourrait me convaincre que j'ai perdu mon temps à des occupations sans importance. Culpabilité. CYRULNIK pourrait
vouloir que je fasse de cette angoisse, de cette culpabilité une source de création et d'élan vers l'autre (hé, là, gardez vos distances !) .
A moins que ce ne soit cette exigence d'être créatif et porté à l'action qui me fasse jeter un regard défavorable sur mes
occupations.
Ne cherchez pas, l'un ne va pas sans l'autre. L'idéal suscite une conscience de soi douloureuse et crispe la volonté tandis que le jugement de valeur sur soi nous jette dans les bras de l'idéal.
Le schéma est toujours le même et il est sans fin : des aspirations me conduisent à essayer d'agir sur moi-même pour leur être fidèle jusqu'à ce que d'autres aspirations me conduisent à changer les changements que j'avais obtenus. (Il faut se trouver une raison d'avancer. Voir l'article "raison d'être")
Constamment UNE PARTIE DU MENTAL VEUT IMPOSER SA LOI A UNE AUTRE PARTIE DU MENTAL. C'est toujours un jeu interne glorifiant la volonté. Mais c'est un jeu qui perpétue le conflit et la souffrance. PLUS JE ME CHERCHE, MOINS JE ME TROUVE.
3 AU COMMENCEMENT ETAIT LE SENS
Mes pensées ont-elles un tel pouvoir sur moi qu'elles me gouvernent ? Si oui, Comment cela se fait-il, comment agissent-elles ? Pourquoi est-ce que je m'identifie à une image négative de moi ?
Un jeu qui a un immense succès, est le "je" : je veux être : je veux être comédien, je veux être policier, je veux être célèbre, je veux être champion, je veux être le chef, je veux être utile, je veux être enceinte, je veux être mince, je veux être chanteur, je veux être à la mode, je veux être reconnu, je veux être pompier, je veux être un bon croyant....... etc etc etc Je pourrais continuer très longtemps.
L'image morale ou sociale à laquelle je veux correspondre, celle qui me fait rêver, qui me motive est le produit des modèles, des échelles de valeurs, des exigences qui se trouvent en moi. Que je me vois en bienfaiteur de l'humanité ou en chanteur, le processus est le même, je me laisse entraîner par un idéal conditionné. Et tant que je ne serai pas conforme à cet idéal, je peux me juger sévèrement, négativement.
Ce système a été mis en place dès l'enfance.
Aujourd'hui encore, j'accomplis la prédiction qui m'a été faite quand j'étais un enfant : TU SERAS UN OBJET AFIN D'ETRE UN ENJEU POUR LES AUTRES ET POUR TOI-MÊME.
Un objet, c'est une représentation bien définie de moi-même. Quelque chose que je puisse contempler, modifier, décrire. Même dans mes relations ordinaires, je veux
donner une certaine image de moi.
La société (depuis ses structures jusqu'aux relations amoureuses ou familiales) a absolument besoin que je me prenne pour un objet parce qu'un objet (image, représentation, rôle) est identifiable. A ce titre, elle peut lui demander des comptes, agir sur lui, le contrôler, l'évaluer, l'utiliser ou le jeter. Aussi, j'ai , depuis longtemps, repris à mon compte ses exigences en me prenant pour une image, un rôle, une personnalité, une fonction etc.
Au commencement, donc, était le sens; ou pour le dire différemment : il était une fois la CONSCIENCE, l'idée de soi (idée, notion, au sens large) et l'idée du monde. L'enfant se conçoit, vers deux ans, comme une personne distincte, identifiable (stade du miroir de Lacan).
Les adultes donnent un sens au monde qui l'entoure c'est à dire, aussi ,un sens à ce qu'il fait (Ce qu'il faut faire; ce qu'il ne faut pas faire. Ce qui est bien fait. Ce qui est mal fait). Toutes ces idées des adultes se gravent dans la mémoire vierge de l'enfant. On retrouve ce schéma dans les paroles des enfants de maternelle.
" les chasseurs c'est les amis des courses, quand ils ont attrapés les animaux, ils les rangent dans les rayons du supermarché et nous on peut aller les acheter "
" Les vaches mangent de l´herbe parce que si elles mangent du boeuf, elles s´aperçoivent que c´est leur mari. "
Manon regarde un chien muselé dans la rue :
- Mamie, pourquoi on l'empèche de parler ?
Une discussion philosophique en maternelle (grande section) atelier animé par Alain Delsol. Instituteur :
" Le président ça veut dire qu’il donne la parole et aussi il regarde s’il y en a qui font les bêtes un peu " " Ça sert à parler, ça sert à passer le micro, c’est moi le chef du micro." " C’est quand quelqu’un parle, je répète ce qu’il dit pour que les autres écoutent bien ce qu’il dit "
" Un ami c’est un copain, sauf que c’est les adultes qu’on appelle des amis, les petits ils s’appellent des copains "
Les enfants sont très pratiques. La fonction (sens du monde) crée immédiatement le rôle, l'emploi (ce qu'il faut faire). Il n'y a aucun doute dans leur esprit. Pour qu'ils remettent en cause la place, le rôle qu'on voudrait leur voir jouer, il faudrait qu'ils aient d'autres idées, d'autres savoirs. Ce qui n'est pas encore le cas.
Apprendre des adultes comment fonctionne le monde et comment s'en servir "pourrait" être passionnant. Les enfants ont soif d'apprendre. Dans quelles conditions apprennent-ils ? Quel type de rapport entre l'enfant et le rôle qui devra être le sien ? Quels visages, quelles formes peut prendre cet apprentissage ?
Les rapports enfant-adulte se situent aussi sur le plan de l'affectivité, du désir, du jugement moral. Affection donnée ou retirée. Approbation ou
désapprobation. Jugements de valeur.
Des expériences en maternelle (petite section) par Marie-France DANIEL :
" Un enfant : Vous n'avez pas le droit de battre Renée! (Une adulte de l'école)
- Un enfant : Vous êtes méchant!
- Le professeur : Vraiment? Et la poupée? Est-ce que je peux frapper la poupée? (Elle joint le geste à la parole).
Maintenant, les enfants sont ravis, ils crient, rient et frappent eux-mêmes la poupée pour participer à la punition. Ils exultent. L'enseignante lance alors la discussion sur les droits.
- Le professeur : A-t-on le droit de frapper ses petits camarades?
- Les enfants : Non!
Le professeur : Pourquoi non?
- Les enfants : [...] (silence)
- Le professeur : A-t-on le droit de frapper la poupée?
Les enfants : Oui!
- Le professeur : Pourquoi?
Les enfants : [...] (Pas de réponse)
L'enfant mémorise et reprend à son compte tout ce que lui demande l'adulte : ce qu'il faut faire, comment faire, comment se comporter etc pour obtenir approbation et amour. Très souvent, (tout particulièrement dans le domaine moral, n'est-ce pas ?) il ne comprend même pas la raison de ce qu'on lui demande.
Dès la fin de la maternelle, au moins, la pensée est déjà installée chez lui :
Atelier de Anne Lalanne : (à propos de ce qui distingue un être humain d'un robot. Enfants de 5-7 ans)
Réfléchissons-nous de la même manière ? D'abord qu'est-ce que réfléchir ?
On se parle dans le cerveau (Clément)
- Quand on pense (Janna)
Sur le plan affectif et moral, la demande de l'adulte peut s'exprimer de la façon suivante : tu n'es pas, tu dois.
"Tu n'es pas" : L'adulte (qui réagit en fonction de l'idée qu'il se fait du bien, du juste) relève ce qui manque à l'enfant, ses fautes, ses erreurs etc l'enfant n'a aucune image à opposer à l'image négative qu'on lui envoie de lui-même. Il aime ses parents et ses éducateurs et attend de l'amour de leur part. Il s'identifie à cette idée négative de lui-même par amour et pour l'amour.
"Tu dois" : c'est l'idéal, le modèle, ce qu'il faut atteindre. L'idéal a toujours deux fonctions. Une fonction contraignante. Il est exigence, contrainte. . Une fonction séduisante. Il est promesse, rêve. Le rêve d'un amour, d'une union retrouvés avec l'adulte. L'adulte est censé être incarner cet idéal.
L'enfant emmagasine donc toutes ces pensées qui lui indiquent comment marche le monde, comment on peut s'en servir, ce qu'il faut qu'il fasse, ce qu'il ne faut pas qu'il fasse, comment il faut se comporter, ce qu'il faut qu'il acquiert comme qualités, ce qu'il faut qu'il perde comme défauts. Les pensées de cet idéal, de ce modèle lui commandent d'agir sur lui-même. Le divorce d'avec lui-même s'installe.
Pourtant, affective, morale ou culturelle, la demande de l'adulte est SUBJECTIVE sur toute la ligne. Et L'ENFANT EST VICTIME D'UNE TRIPLE ILLUSION TRAGIQUE. IL A UNE IDEE DEFAVORABLE DE LUI-MÊME QUI N'EST QU' UNE CREATION DU MENTAL DE L'ADULTE. SA CONCEPTION DES ADULTES ET DU MONDE EST IDEALISEE. IL EST CONVAINCU QU'EN FAISANT DES EFFORTS, IL ATTEINDRA CET IDEAL.
Il était parti d'une situation où, avec sa seule conscience, dépourvu d'illusion, de doute, de préjugés, il était heureux d'être au monde et d'être
lui-même.
(Pour aller plus loin, voir l'article : " L'histoire du sens " blog2
http://inconnaissance.unblog.fr/2007/06/
4 IDEAL ET RÊVE
Mon IDEAL est plus grand que moi. C'est une cause qui me dépasse. Tout ce qui me semble plus grand que moi se met à ressembler à mon idéal.
Par nature, le représentant officiel d'un IDEAL ne peut être effacé, humble, anodin au point de passer inaperçu; d'où les cérémonies, les protocoles, les fastes, les signes extérieurs de majesté.etc.
Si je dis "plus grand que moi", cela signifie qu'il y a comparaison entre deux termes : une certaine idée de moi et l'IDEAL. Mais qui compare ?
Un IDEAL doit être identifié. Il ouvre des perspectives et suscite un acteur. L'IDEAL et le "je" (l'acteur) sont indissociables.
L'IDEAL n'est pas un simple mode d'emploi du monde ou de la vie, un rapport d'expérience. Plus il est grand, plus il a de prix, plus il m'est cher. Plus il m'est cher, plus je dois m'y consacrer,lui faire don de ma personne.
L'IDEAL EST A LA FOIS UN MYTHE SEDUISANT, UNE REFERENCE ET UNE EXIGENCE.
Le mythe peut être politique, religieux, moral, social, personnel. En tant que référence, il sert de repère, il donne un sens à la vie, une raison d'être, il permet l'échelle de valeurs. En tant qu'exigence, il sollicite une réponse, une action, un effort de ma part.
L'IDEAL fonctionne donc comme un savoir qui me permet de me diriger dans la vie, dans le monde, de me gérer. Il m'inspire les corrections à apporter, les changements de cap. Ce savoir s'exprime sous forme de pensées.
Toute critique se refère à ce qui devrait être, à un modèle, un IDEAL ,de même que tout idéal renvoie à un état de fait critiquable qui le légitime. Autrement dit, je ne peux pas m'évaluer sans faire usage des valeurs en cours dans la société (et que j'ai intériorisées) et je ne peux pas penser aux valeurs ou idéaux en vigueur dans la société sans me sentir, aussitôt, insatisfaisant.
Nous avons vu, dans l'article précédent, que ces idéaux suscitent un conflit en soi. Ils introduisent la dualité, c'est à dire qu'ils permettent un dialogue interne : le "je" a un interlocuteur.
Après les enfants de maternelle, écoutons les propos d'enfants de l'école primaire. Atelier d'Alain DELSOL (Pratiques philosophiques) :
" Ce que je trouvais bien chez Laurie c’est qu’elle donnait la priorité à celui qui a jamais parlé, elle sait se faire respecter. Ce que je trouvais moins bien, c’est qu’elle n’écoute pas toujours les autres et elle ne les regarde pas beaucoup parce qu’il y en a qui faisaient parfois les idiots. Et je trouve qu’elle ne dit pas trop de réfléchir avant de parler"
"Je trouve que c’était bien parce qu’elle était attentive, elle écoutait tout le monde. Puis,
elle a su écrire vite et comprendre bien ce que tout le monde a dit"
" Je vais dire ce que j’ai retenu. Alors il y a deux thèses, l’imagination c’est bien ou ce n’est pas bien. La troisième thèse ce serait l’imagination c’est bien et pas bien, est-ce que quelqu’un serait du même avis ? Et puis, Paul il a dit quelque chose de très bien " la vie ce n’est pas si simple que l’imagination ". Et c’est vrai, je le reconnais l’imagination ça nous permet quand on est triste, d’être heureux, voilà, autrement la discussion ça avance "
Les critères de bien et de mal s'installent par rapport auxquels les enfants se situent ou situent les autres enfants. " Elle n'écoute pas toujours les autres " " Elle ne dit pas trop de réfléchir avant de parler" : manifestement, ils ne sont déjà plus eux-mêmes, ce sont les adultes qui s'expriment par leur bouche. Les enfants intériorisent ces idéaux parce que ce sont les idéaux des adultes, pas parce qu'ils y ont réfléchi et y ont adhéré.
Un des enfants conclut :
" Je trouve que je me suis amélioré par rapport à la dernière fois. D’abord j’ai fait attention à la question de départ sur l’intelligence puis Constance elle les fait répéter quand ils disent des choses qui ne sont pas claires, mais j’ai encore du mal pour faire des résumés, c’est compliqué "
Bel exemple de dualisation en cours, c'est à dire de soucis et de culpabilité en perspective.
Quand on met en place une structure mentale violente chez les enfants, il ne faut pas s'étonner et se plaindre, ensuite, qu'ils deviennent violents et que la société soit violente.
Valorisées par l'adulte, toutes ces exigences serviront bientôt de prétexte aux enfants pour condamner et rejeter leurs camarades pour peu qu'ils ne semblent pas s'y conformer.
Supposons que je passe un entretien d'embauche. J'ai, devant moi, un employeur qui me pose des questions sur moi-même, sur ma formation, mes compétences. Je lui répondrai en fonction de l'image que je me fais du collaborateur qu'il recherche et des qualités qu'il doit avoir. Je cherche à incarner ce personnage. Je joue un rôle. Cette image, ces idées sur ces qualités sont en moi et non pas à l'extérieur. Le personnage que je joue n'en est que le produit . Mon IDEAL de l'employé, agissant sous forme de pensées, suscite le "je" correspondant. IDEAL et "je" forment un couple nécessaire, la mission, la raison d'être du "je" étant de servir cet idéal.
MAIS LE "JE" S'EPROUVE EN TANT QUE TENSION, IL N'EST JAMAIS SÛR DE CORRESPONDRE A L'IMAGE SOUHAITEE.
Je retrouve ce même schéma, de façon générale, dans ma vie.Si je ne me sens pas pleinement légitimé, heureux d'être ce que je suis, c'est par rapport à une idée préconçue, établie. Si je fais sans cesse des efforts pour m'améliorer,c'est bien pour essayer de me rapprocher d'un IDEAL, celui-là même qui me sert de référence.
Le monde prend un sens, pour l'enfant, à travers ce qu'on lui en dit. L'IDEAL, les valeurs morales se donnent comme une explication du monde. "Ce qui devrait être" devient, pour l'enfant, ce qui est. Il croit que le monde fonctionne comme il devrait fonctionner. Il croit que si ce n'est pas son expérience, c'est parce que, lui-même, ne fonctionne pas comme il devrait fonctionner.
Il croit que l'idéal est une réalité, la réalité. Le modèle, le but, les repères sont à l'extérieur, en dehors de lui.
LE MONDE VIRTUEL, THEORIQUE EXPRIME PAR L'IDEAL DEVIENT LE VRAI MONDE ALORS QUE LE MONDE REEL, CE QUI EST, DEVIENT LE FAUX MONDE.
L'idéal empêche l'enfant d'accepter ce qui est, de se voir tel qu'il est. Il cherche des modèles ou des exemples dans la société ou dans l'histoire qui ressemblent à son idéal. Il est sensible à tous les discours qui flattent son idéal. Il est de moins en moins vrai, authentique,
sincère.
5 RÔLE DE L'IDEAL
Je ne pense jamais le contraire de ce que je pense au sens où je ne suis jamais en désaccord avec ce que je pense au moment où je le pense. Pour être en désaccord, il me faut m'appuyer sur une autre pensée. Mais alors je suis d'accord avec cette autre pensée. PENSEE ET PENSEUR SONT DU MÊME AVIS.
DUALISME : Tel est le destin de l'être humain que son éducation , c'est à dire d'abord les réactions, les attentes, les demandes de ses parents puis, les idéaux qui lui sont inculqués le font se prendre, comme on l'a vu, pour un objet c'est à dire établissent la DUALITE en lui.
LA FONCTION DE L'IDEAL EST DE NOUS CONDUIRE A NOUS PRENDRE POUR OBJET CONFORMEMENT AU DESIR DE L'AUTRE,
l'autre n'étant plus alors une personne présente physiquement mais un ensemble de pensées normatives, exigentes, prometteuses émanant de la mémoire.
Il y a maldonne. A peine arrivé sur terre, la société n'a qu'une hâte, c'est de pouvoir me considérer comme un individu responsable, avec son identité, bref, comme une personne ( sujet conscient de lui-même et libre). C'est à cette personne qu'elle va s'adresser. C'est d'elle qu'elle va se faire une image, à elle qu'elle va exprimer de mille façons ses attentes.
C'est ainsi que prend naissance la pensée-je : comme une mobilisation pour atteindre le modèle, l'idéal.
Cette pensée-je est le fruit inéluctable de toutes les sollicitations,questions, remises en cause, confrontations, auxquelles l'enfant est soumis au fil du temps. C'est la façon normale d'éduquer, d'instruire.La pression se relâche rarement longtemps.
Deuxièmement, tout jugement négatif se réfère nécessairement à son contraire. PAS DE NOTION DU MAL SANS LA NOTION DU BIEN CORRESPONDANTE. Voilà la planche de salut, la perspective salvatrice qui est offerte à notre enfant, celle qu'il va embrasser naïvement et malheureusement. Sans cette perspective, le système de marcherait pas.
Je vis dans un monde idéal et la réalité se révèle tout à fait différente. Je souffre, je résiste, je m'insurge, j'entre en conflit, je pars en guerre, je ne veux
pas renoncer à mon rêve, au rêve de mes ancêtres, au rêve propagé par ma petite culture. Et en plus mon idéal ne correspond pas à celui des autres.
Il est étonnant de voir à quel point on peut être accroché à sa morale, être destabilisé voire agressif lorsque l'autre la remet en cause par ses actes ou ses paroles. Cela peut aller jusqu'à l'esclavage, être la cause d'un conflit et d'une souffrance permanents.
Et comme mon système de référence est un IDEAL, un RÊVE, le "je" aussi est irréel.
La fonction de l'IDEAL est de nous conduire à nous prendre pour objet conformément au désir de l'autre. Mais je ne suis pas un objet et l'autre, celui qui m'a demandé de suivre cet IDEAL n'avait aucune légitimité pour le faire. Il rêvait, lui aussi.
"Ce qui devrait être", on ne le rencontrera jamais, c'est une création de l'esprit, un RÊVE éveillé, une croyance naïve. Le rêveur
est dans la peine. Le rêveur se rêve lui-même puisque l'idéal rêve le rêveur et que l'idéal fait partie du rêveur. Autrement dit, LES PARENTS, L'ENTOURAGE, LA SOCIETE RÊVENT L'ENFANT ET CELUI-CI
N'A D'AUTRE CHOX QUE D'ENTRER DANS CE RÊVE., cette fiction.
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