I LA VIE
Comment ne pas prendre conscience que nous aimons, protégeons la vie, que nous sommes, nous-mêmes, la vie et qu'en même temps nous sommes attachés à ce qui n'est pas vivant.
Il suffit de regarder tout ce qui est vivant autour de nous, toutes ces espèces animales et végétales qui peuplent notre globe pour s'apercevoir immédiatement, sans l'ombre d'un doute, que la vie est renouvellement, changement, mort et résurrection constants. Sans cesse, nos cellules meurent et sont remplacées par des cellules neuves. La vie est mouvement, régénération, métamorphose, fluidité. Ce qui est figé n'a jamais été vivant. L'organisme mort se décompose et ses cellules se mêlent à d'autres cellules pour produire d'autres formes de vie. La vie est intéraction, échange, ouverture, fragilité et invulnérabilité en même temps, prodigalité.
On ne peut pas capturer la vie, l'enfermer, la maîtriser, en prendre possession (Quand nous "perdons" la vie, nous perdons quelque chose que nous n'avons jamais "possédé")
Ce qui n'est pas vivant peut, pourtant, servir au vivant, mais peut aussi lui nuire.
La pensée, avec ses concepts, est un bon moyen de produire de la fixité. Elle peut se donner l'impression d'arrêter le temps indéfiniment,
de n'être pas soumise au changement, à l'impermanence . UN CONCEPT EST UNE FORME QUE L'ON PEUT TRANSMETTRE TELLE QUELLE ET VENERER. (Son sens change, mais pas le mot ) S'y
attacher, c'est s'attacher à des signifiants (le sens change, seul le signifiant reste)
Il y a des concepts qui ont donné naissance à des institutions (politiques, religieuses, sociales), des concepts qui sous-tendent des lois (égalité, justice, démocratie..) et des concepts qui
font couler beaucoup d'encre chez les penseurs, les écrivains, les artistes ou beaucoup de sang parmi les hommes.
Ils sont valorisés ou objet d'opprobre. Ils définissent la culture dont ils sont issus. Les opinions, sentiments, jugements se cristallisent autour d'eux, autour du mot. Les mots suffisent à provoquer ces réactions semblables à un reflexe corporel. Ce sont des points de fixation. Otez le mot, supprimez-le vraiment. Il n'existe plus. Que se passe-t-il ?
Les mots ne changent pas, le sens qu'on leur accorde n'évolue-t-il pas sans cesse ?
II LE RAPPORT SUJET-OBJET
Nous avons conscience de nous-même et du monde comme deux éléments séparés, distincts. Nous sommes ici, le monde est autour de nous. Mais de quel monde et de quel nous-même s'agit-il ? Comment savoir si cette conscience du monde, par exemple, est authentiquement fidèle à la réalité.
Nous ne pouvons pas courir plusieurs lièvres à la fois, avoir plusieurs motivations ou centres d'intérêt simultanés. Cette motivation émane d'un centre et il ne peut y avoir qu'un seul centre. Partant de ce centre, il n'y a qu'un seul objectif.
Nous fonctionnons (presque) toujours à partir d'un centre qui détermine notre pôle d'intérêt. (Nous pouvons constater que nous faisons toujours quelque chose à tout moment, et que cette action est dirigée). Pourtant, sauf quand nous sommes complètement absorbés par quelque chose, nous restons plus ou moins conscients du monde qui nous entoure.
Il ne faut pas confondre voir (véritablement) et reconnaître. La reconnaissance est un phénomène mémoriel. La mémoire superpose immédiatement à l'objet le souvenir, l'expérience que l'on en a. Nous ne voyons pas les détails et les particularités qu'il possède sur l'instant. L'image de l'objet est largement contaminée par la mémoire (sentiment de familiarité). C'est ainsi que nous reconnaissons instantanément notre voisin, notre maison, notre voiture etc mais qu'une méprise est possible.
Si la mémoire intervient, nous ne savons pas comment, à partir de quels souvenirs puisque c'est automatique. De plus, cette image mentale ne
peut être indépendante de l'état mental dans lequel nous nous trouvons. Le résultat de cette reconnaissance est donc aléatoire, approximative, sujet à parti-pris etc
(voir aussi l'article : "Un seul " blog2
http://inconnaissance.unblog.fr/2007/03/ chap2
Dès que nous nous fions à cette perception du monde contaminée par la mémoire ou dès que nous voulons la présenter comme une vérité, les problèmes commencent.
A plus forte raison, la personne ou l'objet auxquels nous pensons, que nous nous représentons en SON ABSENCE ne peut être constitué que d'un agregat de souvenirs, d'images influencés par nos préoccupations du moment.
Mais nous avons vu dans l'article "conscience de soi" que la pensée ou l'image du monde implique un sujet, un sujet inclu dans cette pensée ou image du monde . En absence de représentation, pas de sujet. La vision d'un objet du monde réveille les souvenirs correspondants nous concernant aussi bien que la représentation intérieure ou la pensée suscite les réactions habituelles.
Combien de fois n'avons-nous pas pensé à la même chose ou ne nous retrouvons-nous pas devant un décor archi connu en retrouvant la même conscience de soi ?
L'objet, image mentale contaminée par la mémoire et le sujet, autre mémoire sensible, forment un tout indissociable.
A contrario, être attentif au monde au point d'en percevoir tous les détails, de le percevoir de façon exacte, précise, revient à couper la fonction mémorielle. Dans ce cas, nous le savons, la conscience d'un soi disparaît. La perception occupe tout l'espace de la conscience.
De même, nous avons vu dans l'article "conscience de soi" que lorsque notre perception s'élargit, devient flottante, le soi s'allège, s'estompe. Le monde, en
effet, n'est plus objet de pensée, de recognition. Le sujet n'est plus suscité. (A condition bien sûr que d'autres pensées n'interviennent pas. Mais être désimpliqué, implacable, est la meilleure
façon de voir la montée des pensées)
III RAISON D'ÊTRE OU DE VIVRE
Notre raison d'être ou de vivre, c'est de marcher, d'avancer; ou c'est notre raison de marcher ou d'avancer parce qu'il nous est impossible de ne pas avancer, de ne pas nous projeter dans le futur. Quand notre raison de marcher ne fonctionne plus, notre raison d'être est de trouver une nouvelle raison de marcher.
DUALISME : Que nous fassions des projets, que nous analysions une situation, que nous nous forgions une opinion sur une personne, que nous adoptions un mode de vie ou une éthique, nous nous basons sur un savoir qui n'est, le plus souvent , qu'une conviction ou un ensemble d'idées. Sinon, ce projet, cette situation, cette personne, cette éthique nous laisseraient indifférent.
Autrement dit, QUOI QUE NOUS FASSIONS, NOUS NOUS APPUYONS, POUR LE FAIRE, SUR UNE IDEE QUI SE TROUVE DEJA EN NOUS.
On peut s'apercevoir que notre état de conscience dépend des pensées qui hantent les profondeurs de notre esprit. Ces pensées, qui impliquent le temps, fournissent une raison et un sens à notre action.
LA PENSEE EST LA CAUSE ET L'EFFET. ELLE EST RAISON ET PERSPECTIVE.
Et l'ego ne peut se concevoir (nous ne pouvons nous concevoir) qu'en tant que projet, quête. Il ne peut
vivre sur un acquis. Il n'existe qu'à travers un futur. Notre sentiment d'être heureux ou malheureux dépend de l'image que nous nous faisons de notre futur. Nous ne pouvons nous déclarer
heureux ou malheureux sans penser à l'avenir. L'ego doit donc ajouter toujours des chapitres supplémentaires à son histoire. C'EST EN AJOUTANT CES CHAPITRES QU'IL SE PROUVE A LUI-MÊME QU'IL
EXISTE , peu importe au fond ce que disent ces chapitres.
Si nous faisons attention donc, nous pouvons constater que notre « je » est sans cesse mis en abîme par un arrière-plan de pensées.. On ne se
trouve d'identité que si on pense. (Rappelons-nous ce sentiment de vide, cette perplexité qui accompagne la disparition brutale d'une idée à laquelle on croyait très fort, parce que l'on vient de
nous prouver qu'elle était fausse).
NOTRE RAISON D'ÊTRE OU DE VIVRE EST DE TROUVER UNE RAISON D'ÊTRE OU DE VIVRE sinon, nous nous sentons perdus.
Cette raison crée l'histoire, nous crée nous-même. Notre conscience de nous-même n'est jamais neutre, indifférente, sereine. Elle est soit plus ou moins malheureuse ou insatisfaite quand la pensée qui l'a suscitée est une exigence, un jugement, un idéal; soit elle est joyeuse quand le but que nous nous étions fixé est en vue.
Mais nous sommes bien peu conscients des pensées qui nous dirigent.
Si nous avons absolument besoin de nous voir comme un ÊTRE EN DEVENIR (expression qui a fait florès) c'est que NOTRE EXISTENCE N'EST JAMAIS ACQUISE,
qu'elle est toujours à écrire. CE SONT NOS PROJETS QUI NOUS PERSUADENT QUE NOUS EXISTONS.
Mais d'un autre côté, nous savons que cette preuve ne sera jamais faite. Au moment de mourir, nous ne serons pas plus avancés. Le doute continuera à
planer. Et nous aurons travaillé toute notre vie en sachant que c'est en pure perte. Quel ridicule ! Il ne nous restera, pour nous consoler, qu'une fragile CROYANCE.
Mais pourquoi ce devoir jamais rempli ? QU'EST-CE QUI MET NOTRE ÊTRE EN DOUTE OU EN CAUSE ? Pourquoi est-ce si inconcevable de nous suffire de ce que nous sommes ? A quelle exigence obscure, insatiable, tentons-nous de répondre ?
A celle-là même qui nous a donnés naissance, qui a fait de nous un individu particulier : la demande de l'autre dans la première relation. Cette demande ou exigence, en même temps qu'elle nous constitue en tant qu'entité individuelle, nous remet sans cesse en cause ou conditionne notre légitimité à exister LA CONSCIENCE EST ONTOLOGIQUE. L'INDIVIDU EST CULTUREL.
Pouvez-vous penser à vous sans donner un sens, un contenu à ce vous ? Non, penser à soi, c'est se concevoir. Mais c'est le désir de répondre à la demande qui nous constitue en tant que sujet ou individu. Seulement il faut bien un objet au désir. La forme d'individualité sera cet objet. L'amour de l'autre est d'ailleurs soumis à certaines conditions d'ordre comportemental. Les efforts pour se conformer serviront de témoignage d'amour. Ils ne cesseront qu'avec le désir de témoigner, qu' avec la croyance en l'existence d'une demande.
Il y a tant d'actions ultérieures qui répondent au besoin de se persuader que l'on répond à une DEMANDE. L'action se justifie d'elle-même et fait plaisir puisqu'elle est la preuve d'amour qui permet au sujet d'exister.
L'EN-JE : Nous devons donc, sans cesse DONNER DES GAGES, témoigner de notre allégeance à cet autre représenté par cette exigence, EN FAISANT DES EFFORTS, en nous inventant un parcours, une progression, un objectif - l'objectif n'étant qu'un alibi, une occasion de désirer manifester notre amour - tout en sachant que cette démarche est vaine et en faisant tout pour qu'elle soit vaine, puisque l'atteindre signifierait la fin de ce dialogue virtuel avec l'autre, la fin de notre individualité.
Il faut continuer à croire à la demande et à ce qu'elle est censée signifier, sans quoi le sujet est en péril.
Car qui dit croyance, dit doute. Nous ne sommes pas sûrs que l'autre nous aime et nous ne sommes pas sûrs que l'autre ne nous aime pas. Dans le doute, nous ne voulons pas négliger la demande. Ce serait prendre l'initiative de ne plus aimer.
Le doute est indispensable au sujet-je. S'il savait ne pas être aimé, il n'aurait plus aucun désir de faire des EFFORTS, de répondre à une DEMANDE pour témoigner, en retour, de son amour. Ce serait sa fin.
S'il se savait aimé de façon certaine, la DEMANDE et la réponse à la demande ne prouveraient plus rien. Il serait serein, n'ayant plus à donner des gages de son amour. Ce serait aussi sa fin.
Le doute est aussi le meilleur moteur de la pensée. Et la pensée s'occupe de rendre vraisemblables les deux possibilités - être aimé, ne pas être aimé - en les maintenant à égalité.
En conclusion le sujet n'existe que comme désir de témoigner qu'il croit à l'amour de l'autre. Mais il est la preuve vivante du manque d'amour de l'autre.
L'amour ne suscitant pas de sujet.
(Voir aussi l'article : " En-je fatal " blog2
http://inconnaissance.unblog.fr/2006/07/
Le doute s'oppose au lâcher-prise, à l'abandon :
" S'abandonner, c'est s'en remettre à la cause originelle de son être. Ne vous faites pas d'illusions en vous imaginant que cette source est un dieu en dehors de vous. Votre source est en vous. Abandonnez-vous à elle. C'est à dire cherchez cette source et immergez vous en elle. C'est parce que vous vous imaginez être en dehors d'elle que vous soulevez la question : où est la source ? " (Ramana MAHARSHI)
IV L'INCONNAISSANCE OU LA VERTU DE L'INTERMITTENCE DU JE
Nous sommes, dans un premier temps, les témoins de nos pensées au sens où elles apparaissent à notre conscience en tant que phénomènes pourvus de sens. Notre conscience qui était conscience de tout un ensemble d'objets du monde accueille ce nouvel élément.
Mais rapidement, et même aussitôt, nous nous attribuons cette PENSEE. En effet, à travers son sens, la pensée crée un autre MONDE décalé, parallèle au premier : l'univers de la pensée. Or, de même que l'on ne remet pas en cause le fait que le MONDE est intelligible pour l'observateur séparé que nous sommes, nous ne remettons pas en cause non plus le fait que la PENSEE a un sens pour nous seuls. Ce sens, c'est une logique et une conclusion. Il exprime un dessein, un but, une destination. NOUS PRENONS A NOTRE COMPTE CES PENSEES ET LEUR PROJET. Le tour est joué.
Et pourtant, l'origine de ces pensées spontanées est inconnue. Et elles n'ont pas été soumises à l'examen. A les considérer froidement, nous ne pouvons pas dire que nous sommes elles ni même que nous y adhérons totalement. Aucune PENSEE parlant de nous ou exprimant un point de vue ne peut être confondue avec nous-mêmes ou ce que nous pensons profondément. Mais nous ne pouvons pas dire non plus ce qu'il y a en dehors d'elles. C'est ainsi que :.
NOTRE VERITABLE NATURE EST INCONNAISSANCE DE NOTRE VERITABLE NATURE
" Lorsque vous n'avez pas conscience du monde, vous n'êtes pas affecté par ses souffrances... Parce que vous vous identifiez à tort au corps, vous voyez le monde à l'extérieur et vous remarquez ses souffrances..Si vous restez libre de toute souffrance, la souffrance n'existera plus nulle part. " Ramana MAHARSHI
Si nous nous voyons comme un amas de cellules, nous verrons tous les autres hommes comme des amas de cellules. Si nous nous voyons comme un sujet associé à tous ses objets de désirs et aux déceptions qu'ils engendrent, nous verrons les autres comme des sujets également en proie à tous ces tracas et nous nous sentirons liés à eux sur ce plan.
Inversement , les attentes, désirs, croyances, dépendances des autres ne trouveront aucun écho en nous si nous en sommes dépourvus ou s'ils ne sont pas présents. Ils ne susciteront aucun sujet correspondant.
L'innocence est une INCONNAISSANCE.
Ainsi, le sujet ne peut qu'imaginer chez les autres ou de la part des autres les mêmes désirs et pensées qui existent chez lui. Nous n'avons pas accès à la conscience des autres. L'altérité est un mythe. Nous ne
faisons qu'interpréter les paroles, actes etc des autres en fonction de nos critères. Tout cela fait partie de notre conscience.
(Voir aussi l'article " Un seul " blog2
http://inconnaissance.unblog.fr/2007/03/ chap 1, 2, 3 )
Mais s'il y a INCONNAISSANCE DE SOI, il y a nécessairement INCONNAISSANCE DU MONDE.
" Le monde est le produit de votre mental. Connaissez d'abord votre mental, ensuite, voyez le monde. Vous réaliserez qu'il n'est pas différent du Soi" Ramana MAHARSHI Ed. Albin Michel
" Vous devez vraiment comprendre ce que cela veut dire de vivre complètement dans la non-connaissance. Dans ce "je ne sais pas " vous percevrez votre envergure, votre immensité, une sorte d'espace sans limites dépourvu de centre. Vous n'êtes nulle part. Quand vous direz "je ne sais pas " vous verrez que vous êtes ce que vous cherchez " Jean KLEIN in "Transmettre la lumière " Ed. du Relié
Commentaires