Il y a deux aspects dans cette question. Le premier, qui concerne le «de quoi» a été abondamment traité. Le second, qui concerne le «sommes-nous», ne l'a guère été.
Premier aspect : de quoi ?
Certainement pas de ce que les mots disent, allèguent. (Je ne prétends pas être catégoriquement sûr qu'on ne peut être sûr de ce que les mots allèguent)
Certainement pas de ce que nous appelons «nos connaissances», quelles que soient celles-ci.. Même les conclusions des sciences dites «dures» sont destinées à évoluer. Aucun savoir n'est absolu.
(Sauf, évidemment, si l'on prend une formule pour une Parole de Dieu, considérant que tout en elle (la forme, le contenu) est sacré, parfait, absolu, divin. Mais c'est du fétichisme)
Toutes nos connaissances sont relatives car humaines. Elles dépendent du savoir dont elles émanent. Et aucun savoir n'est total, absolu. Il est limité, relatif à une culture donnée.
Mais il y a des «connaissances» encore plus relatives, discutables que les autres, ce sont toutes celles qui concernent l'être humain et sa vie. Ce ne sont pas des connaissances, ce sont des commentaires de connaissances. Ce sont des opinions, des jugements de valeur sur les connaissances, puisqu'elles portent sur ce que pensent les hommes (connaissances) , sur ce qu'ils font en fonction de ce qu'ils pensent. Or penser l'homme, (ses pensées et ses actes) c'est le juger puisqu'à la différence des arbres et des atomes, il reçoit, comprend cette pensée, la prend en compte, et qu'aucune pensée n'est neutre, indifférente.
Nous avons donc là des gens qui émettent des avis (d'autorité ! d'autorité !) sur la façon dont nous comprenons, pensons le monde, la vie. Et nous comprenons, pensons le monde en fonction de ce que l'on nous a appris (en fonction de ce que ces gens, ou leurs prédécesseurs nous ont appris ).
En effet, nous avons reçu des autres tous les mots et avons dû en saisir le sens.
Connaissances des instructeurs nouveaux sur ce que nous ont enseigné les instructeurs anciens : tout ça sur notre dos.
Jamais de vérité donc à notre sujet. Des jugements infiniment partiaux, discutables, qui, si on les tient pour des vérités, nous plongent dans des difficultés sans fin. (Même «je pense donc je suis» est une plaisanterie : Descartes ne sait pas qui est ce «je» (il ne peut le définir) il ne sait pas ce qu'est «être» non plus. Il n'établit pas de lien entre ce que désigne le je et ce que désigne être) Vraiment rien de sûr dans tous ces commentaires. Rien à garder (sinon la connaissance de coutumes sans importance pour ne pas scandaliser).
Second aspect : sommes-nous
Il faut qu'il y ait un connaisseur. Il faut qu'il y ait certitude ou doute ou ignorance pour ce connaisseur. La certitude se manifeste comme une tranquilité,
un équilibre, un contentement du connaisseur.
Le doute, l'ignorance se manifestent comme un manque, une souffrance du connaisseur.
Ce sont des états vécus du connaisseur.
D'autre part toute connaissance est la connaissance du connaisseur. La connaissance est à la mesure du connaisseur, elle est fonction du connaisseur. (On ne peut mesurer une température avec un pied à coulisse).
Dans la connaissance relative, partiale, le connaisseur est relatif, partial. Il se trouve que nous sommes conscients de la relativité de cette connaissance et du
connaisseur et nous en souffrons. Comme s'il y avait une connaissance de cette connaissance.
Une conscience pleinement satisfaite, ou un connaisseur totalement tranquille, heureux représentent la connaissance parfaite. C'est la situation ou le connaisseur se connaît car se connaissant, il connait toute la connaissance dont il est capable.
Cela ne peut évidemment se faire par l'intermédiaire des concepts, des mots du savoir reçu des autres. Nous serons toujours conscients que c'est une connaissance relative, insatisfaisante, problématique.
Et puisque nous en sommes conscients c'est bien que nous dépassons, englobons cette connaissance relative. Et nous en sommes d'autant plus conscients, sensibles que cette connaissance porte sur «qui nous sommes».
Nous nous réveillons le matin. Toute notre mémoire se remet en route. Toutes nos connaissances accumulées se réveillent aussi. Ce sont nos connaissances du monde et de nous-mêmes. Un bébé ne prétend pas être un corps ou une individualité distincte des autres individus et cela ne lui pose aucun problème de ne pas se prendre pour une individualité. (Nous ne le disons pas non plus en sommeil profond) Notre façon de nous concevoir nous a été inculquée en cohérence avec les connaissances que nous avons reçues sur le monde.
Tout cela est conditionné, relatif. Ce n'est pas la vérité et cela nous pose bien des problèmes.
A suivre
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