Avec le pouvoir établi, institutionnalisé, légal, la situation est simple,
même quand elle n'est pas acceptable.
Il est coercitif. Le pouvoir s'exerce, emploie la force sous sa forme appropriée,
prévue, quand on s'oppose à lui.
Le pouvoir peut se dissimuler sous des prétextes et des présentations divers,
un refus le fait sortir du bois.
Le pouvoir fournit une réponse à la question : «que dois-je faire ?»
Même quand un employé prend des initiatives dans une entreprise, c'est
dans le cadre et le sens prévus par
l'entreprise.
Le véritable auteur de l'action est le pouvoir, ce n'est pas celui qui l'accomplit.
Celui qui
accomplit l'action ne fait qu'obéir aux directives, même s'il y met
un style ou une manière personnels.
Les coutumes sont des pratiques sociales symboliques, c'est à dire qu'une
certaine communauté de personnes voient dans ces pratiques une marque
de respect ou d'obédience envers leurs valeurs (valeurs sociales,
religieuses, politiques etc).
Elles ont donc été érigées en normes, en usages, en devoirs par ces personnes.
Les coutumes répondent à la question : «comment dois-je me comporter ?»
Mais on peut se comporter conformément à ces coutumes, pour ne pas scandaliser
ses tenants, sans épouser leurs valeurs. Il ne s'agit que d'un comportement
(manifestation pour être vu). Dans ce cas, celui qui accomplit l'action n'en est pas
le véritable auteur non plus.
La communauté fait pression pour obtenir le respect de ces coutumes.
Evidemment, ces valeurs sont plus ou moins discutables, reconnues, générales etc
L'éducation que l'on donne à un enfant se réfère beaucoup à ces coutumes,
ces pratiques sociales symboliques. C'est à dire qu'on lui demande de manifester
son respect pour des valeurs consensuelles, convenues mais, pour lui, arbitraires.
Il est soumis à la pression ou au pouvoir de ses éducateurs.
La loi a comme mission de dire ce qui nuit à autrui.
Tout repose finalement sur l'idée évidente : pas fais pas à autrui ce que tu ne voudrais
pas qu'on te fasse à toi-même, car alors, en effet, on ne pourrait pas le lui reprocher.
Il y a même des cas (crime, violences) où on pourrait dire : ne fais pas à autrui ce que
tu ne te fais pas à toi-même. La loi est une protection contre la loi du plus fort.
La loi, ou le respect de soi-même en autrui, répond ou devrait répondre à la question :
«qu'est-ce que le respect de l'homme ?» Cela renvoie à notre connaissance ou
conception du respect de l'homme, cela nous conduit même à nous interroger sur
ce qu'est un homme.
Interrogation la plus féconde qui soit : elle n'est ni objectivante, ni limitante, ni figée.
Elle tend à la fusion du connaisseur et du connu.
Les jugements de valeur établissent un classement de toutes les choses du monde,
des moins désirables aux plus désirables pour l'homme.
Mais le beau, le bien, le juste (et leurs différents aspects) ne sont pas des réalités auxquelles tout le monde peut se référer. Le bien, le beau, le juste
n'existent nulle part,
nous ne faisons que croire en leur existence.
Les représentations de la beauté, du bien, du juste sont particulières à chacun
et elles évoluent.
En dehors de ce qui nuit, ou non, à autrui, de quel droit nous obliger à trouver beau,
bien ou juste, ce que d'autres trouvent beau, bien ou juste ?
De quel droit imposer à l'autre ses valeurs si on ne pâtit pas des siennes ?
Les valeurs sont des concepts abstraits ou généraux pour désigner des choses non abstraites. (objets, actions, comportements) simplement parce qu'elles désignent
ces idées ou représentations que l'on se fait des coutumes, des normes en vigueur.
(Ce que tout le monde sait qu'il doit faire pour être ceci, cela et autre chose)
Ce sont ces idées qui sont prises pour des valeurs.
Qui peut prétendre être le gardien de ces idées ou de ces valeurs ?
Qui peut prétendre faire autorité en matière de beau, de bien, de juste ?
Qui peut prétendre être le porte-parole officiel de ces coutumes, normes ?
Ces coutumes, normes devraient répondre à la question : «comment dois-je me comporter ?»
Or les valeurs morales prétendent répondre à la question : «qui dois-je être ?»
Comment peut-on nous demander d'incarner ou comment peut-on espérer incarner :
des valeurs morales qui n'existent pas en tant que telles, qui ne renvoient,
(en dehors de ce qui nuit ou pas à autrui), qu'à des idées de ce que sont les normes,
les coutumes et comment peut-on nous demander de prendre pour des impératifs
absolus des normes, des coutumes qui ne peuvent pas, elles-mêmes, être fondées en droit ?
Comment peut-on nous demander d'incarner ou comment peut-on espérer incarner :
des représentations particulières, subjectives, changeantes et donc à jamais insaisissables de ces valeurs morales ?
Comment peut-on nous demander d'incarner ou comment peut-on espérer incarner :
des valeurs qui sont promues par des personnes qui n'ont aucune légitimité pour le faire mais qui voudraient être perpétuellement les juges du fait qu'on l'on
serait conforme ou
pas à ces valeurs ?
Combien de jugements de valeurs sur tout n'avons-nous pas adopté depuis notre naissance, voyant le monde à travers eux, sans nécessité aucune vis à vis d'autrui si ce n'est pour répondre aux envies, goûts, préjugés de notre entourage ?
Combien de valeurs ne cherchons-nous pas à incarner depuis notre naissance, sans nécessité aucune pour autrui, sans véritable raison, sans aucune chance d'y arriver ?
Si nous nous reconnaissons dans ces valeurs imaginaires, fausses, illusoires, changeantes, si nous voulons être ceci ou cela, ces valeurs imaginaires, fausses, illusoires, changeantes nous poursuivront jusque dans nos rêves pour nous tourmenter.
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