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La vie, le monde ont pris pour l'enfant arrivant sur terre le sens que son entourage leur a donné. Ce n'est certes pas lui qui, de lui-même, tout seul, leur a donné
un sens. Ce sens s'est formé, peu à peu, à travers les mots qui nommaient les choses, les paroles qui les expliquaient. Chaque enfant est placé par son entourage dans un cadre.
Ainsi, pour chaque enfant, les adultes connaissent le sens du monde et de la vie, ils en font un tableau et le lui enseignent. Mais ce n'est pas un tableau parmi d'autres, un sens possible, c'est
le sens, la réalité : il ne le compare pas à d'autres sens, et il ne le compare pas à une réalité de référence.
Le sujet du sens se forme en référence à ce qu'il tient pour la réalité. Il est complètement conditionné, enfermé dans ce tableau.
Tout cela, la littérature psy en a longuement parlé.
Mais au-delà de ce processus, une structure sous-jacente se met en place.
Puisque l'enfant croit que le sens qui découle du langage est le monde et la vie eux-mêmes et non une traduction possible, la remise en cause de ce sens particulier est exclue, inimaginable et la remise en cause des auteurs de ce sens, les adultes, également.
Comme dirait HAMLIN : « La représentation, contrairement à la signification étymologique du mot....ne représente pas, ne reflète pas un objet et un sujet qui
seraient sans elle : elle est l'objet et le sujet, elle est la réalité même. La représentation est l'être et l'être est la représentation. »
C'est à dire que l'enfant croit que le monde, la vie ont un sens, un sens préexistant. Et par conséquent, il dépend complètement des adultes qui le possèdent.
En réalité, c'est parce que le langage a un sens, une cohérence, une logique, que l'enfant se met à croire que le monde et la vie qu'il décrit en ont un.
C'est le langage qui lui préexiste, pas le sens du monde qui est créé à l'instant. C'est la langue, en tant que telle – peu importe laquelle - qui est un donné sacré dont l'importance et la
valeur pour l'homme ne sont pas discutables.
Comme disait NIETZSCHE : « Je crains que l'on ne puisse nous débarrasser de Dieu tant que l'on croira à la grammaire »
De quelle intention, de quelle décision, de quel choix êtes-vous capable quand vous ne vous prenez plus pour le sujet d'une phrase ?
Or, s'il est vrai que, dans le détail ou superficiellement, les propositions contenues dans les paroles semblent se vérifier, s'il est vrai qu'à un niveau pratique, certaines expériences sont possibles, il n'en reste pas moins que l'arrière-plan, les conceptions d'ensemble, le sens général de ces paroles sont des plus subjectives, partiales. C'est une construction ou une élaboration illusoire d'ailleurs fortement imprégnées d'affects, de sentiments, d'émotion, eux aussi inaccessibles à la critique.
Voir la dose d'investissement, de passion dont les hommes sont capables pour leurs convictions.
Cela signifie que les jugements de valeurs, les engouements, les détestations etc imprégnant cette conception générale seront aussi la vérité.
Quel système de pensée, même génial, n'a pas été extrêmement relativisé et démystifié ? Alors à plus forte raison celui de notre entourage. Laissons un peu le
romantisme ou la vénération.
Puisque ce sens profond, déduit, extrapolé plutôt qu'explicite, est vu comme la vérité, nous allons le chercher toute notre vie, et le chercher auprès d'autres personnes. Nous sommes
terriblement dépendants de l'idée que le monde, et surtout la vie, ont un sens. L'existence du sujet en dépend. Toute notre activité mentale ou presque consiste à le
reconstituer.
Etant donné les conditions de sa formation, ce sens est irréductible, on n'en changera pas, ou alors superficiellement. Le sujet du sens ne changera guère. C'est inscrit pour la vie. Le sujet du
sens tourne dans la cage du sens, dans l'espace par lui circonscrit. Il ne peut imaginer qu'il existe autre chose. Le sens c'est la réalité et son sujet se croit réel.
Et comme un sens est un certain nombre de conditions, de facteurs, de lois à l'oeuvre, l'existence d'un ordre, puisque cela va quelque part et que c'est accessible à la raison et à son
connaisseur, c'est une demande, une exigence qui s'impose à l'enfant. Pas d'échappatoire, il faut les satisfaire puisque c'est la vie.
Il faudrait donner à ce sens, un autre sens sans en changer, découvrir un autre statut au sujet sans en changer, accéder au non-sens en voyant les limites et la non-vérité de ce
sens.
Quand on a réalisé que l'oasis dans le désert est un mirage, on ne cesse pas pour autant de voir une oasis, l'image est inchangée, c'est le sens de l'image qui n'est pas le même.
Citations extraites de : Conscience pure et méditation véritable d'ADYASHANTI (ed. Ariane) (Chapitre : la profondeur)
La conscience peut être conscience non seulement des pensées mais aussi du vide, du silence dans lesquels elles apparaissent et disparaissent.
« Votre conscience va tout simplement au-delà de ce mur de connaissances et parvient à un état très silencieux. Dans ce silence, vous réalisez que vous ne savez rien, simplement parce que
vous ne vous référez pas au mental pour son savoir acquis. Cette quiétude demeure un mystère pour le mental »
« A mesure que vous laissez derrière le savoir acquis, vous constatez que vous délaissez votre sentiment d'identité familier. Le moi n'existait que dans l'accumulation de connaissances et
d'expériences »
« Lorsque vous comprenez que vous pouvez laisser derrière chaque définition du moi et que vous êtes toujours, vous commencez alors à voir que ces pensées ne sont dès lors pas ce que vous
êtes »
« Si ce « vous » est susceptible de disparaître ainsi, et de reparaître aussitôt que vos pensées lui donnent une existence, comment peut-il être
réel ? »
« Un mental intelligent comprend donc ses propres limites ; qu'il soit capable d'une telle prouesse est merveilleux »
Si on cherche à se connaître, à se reconnaître, à se trouver, à se savoir, on ne peut qu'utiliser le système de sens qui est le nôtre et qui est le fruit de notre conditionnement socio-culturel
particulier. Mais comme il n'y a rien à savoir, notre nature, en dehors du sujet conditionné, étant vide de concepts, il n'y a aucune vérité possible nous concernant, dans tous les repères,
références, paroles, idées, raisons, dogmes etc que l'on peut rencontrer.
Toute la société, toutes les religions, toutes les sciences humaines etc ont besoin que nous nous prenions pour des personnes pour s'adresser à elles et elles ont
besoin de personnes identifiées. Laissons-les à leur soliloque obsessionnel. Si le système de pensée religieux ou socio-culturel a des problèmes, ce n'est pas à nous de prendre sa défense et de
nous sacrifier pour lui alors qu'il ne pense qu'à ses interêts. Nous ne sommes pour lui, qu'un élément nécessaire à sa théorie.
Accepter, reconnaître que soi n'est pas un objet de savoir. Par conséquent, il n'y a pas lieu de devenir quoi que ce soit non plus. Cela n'aurait pas plus de
pertinence.
Si l'être est au-delà du sens, des concepts, si notre vie n'a pas de sens, il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais d'autorité pour nous
l'enseigner.
Ne te connais pas toi-même, c'est t'inventer un "toi".
« Lorsque vous voyez ce que vous êtes vraiment, aucun concept ne s'applique plus»
« Le véritable « je suis » est si incroyablement vide. Il est tellement libre de tout ce que vous aviez cru être. Il n'a aucune limite ni définition » C'est
: « une sagesse qui ne se manifeste pas sous forme de pensées »
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